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Reportage

La Coupe du monde, un départ timide, sur et hors du terrain, pour le Qatar

Premier pays hôte de l'histoire de la Coupe du monde de football à perdre son match d'ouverture, ni les locaux ni les supporters internationaux ne savent trop comment se comporter

Des Qataris marchent dans la rue Corniche de Doha après la défaite de leur pays en match d'ouverture contre l'Équateur, le 20 novembre 2022. (Crédit : Ash Obel/Times of Israel)
Des Qataris marchent dans la rue Corniche de Doha après la défaite de leur pays en match d'ouverture contre l'Équateur, le 20 novembre 2022. (Crédit : Ash Obel/Times of Israel)

DOHA, Qatar – Lorsque les roues du vol de dimanche après-midi en provenance d’Amman se sont posées sur le tarmac chaud de Doha, les passagers à bord ont entonné des chants joyeux. « Viva Mexico » et « Come on England », chantaient-ils, alors que le Boeing Dreamliner se dirigeait vers le terminal. Cet élan d’enthousiasme s’est avéré être assez singulier.

Dimanche, alors que la plus grande fête du monde s’est ouverte dans un coin improbable de la péninsule arabe, ni les locaux, ni les plus d’un million de supporters venus assister au spectacle, ne semblaient savoir comment se comporter.

Lors de la Coupe du monde de 2018, la rue Nikolskaya de Moscou, proche de la Place Rouge, était devenue le lieu de prédilection non officiel des supporters désireux de s’imprégner du mélange de culture internationale que seul un tournoi de Coupe du monde peut offrir. Chacune des 32 nations en compétition avait installé son camp le long de la rue piétonne commerçante, et chacune essayait de surpasser la suivante par sa créativité.

Mais plus de quatre ans plus tard, lors de la soirée d’ouverture à Doha, la Corniche, où le Qatar a tenté de créer sa propre Nikolskaya, était vide de monde et d’atmosphère, ce qui est peut-être symptomatique de l’ambiguïté morale qui entoure la Coupe du monde 2022 depuis que l’ancien président de la Fifa, Sepp Blatter, a sorti le nom du Qatar d’une enveloppe il y a 12 ans.

L’ambiance n’a pas été favorisée par la performance timide du pays hôte lors de son match d’ouverture contre l’Équateur, où il s’est incliné 2-0 – et a terminé le match devant un stade à moitié vide – faisant du Qatar le premier pays hôte de l’histoire de la Coupe du monde à perdre son match d’ouverture.

Visiblement résignés à la défaite après les buts inscrits à la 16e et à la 31e minute, de nombreux habitants ont choisi de se diriger vers les sorties dès la mi-temps pour au moins échapper aux autoroutes et aux trains bondés.

Une vue des tribunes à la fin du match du groupe A de la Coupe du monde de football 2022 entre le Qatar et l’Équateur au stade Al-Bayt à Al Khor, au nord de Doha, le 20 novembre 2022. (Crédit : Odd ANDERSEN / AFP)

Vendredi, le Qatar affrontera le Sénégal, l’une des meilleures équipes africaines, puis les Pays-Bas, mardi 26 novembre, ce qui réduit considérablement ses chances de se qualifier pour les huitièmes de finale.

Abdul, un Qatari vêtu de la traditionnelle robe blanche et du foulard rouge, a déclaré au Times of Israel après la défaite contre l’Équateur : « Nous sommes tristes. C’est le jour de l’ouverture, et le premier match pour le Qatar. Avec un peu de chance, a-t-il ajouté, ils gagneront le prochain match. »

L’Équateur célèbre son premier but marqué par Enner Valencia lors du match de football du groupe A de la Coupe du monde entre le Qatar et l’Équateur au stade Al Bayt à Al Khor, le 20 novembre 2022. (Crédit : Natacha Pisarenko/AP)

Au Royaume-Uni, la BBC a choisi de boycotter la diffusion de la cérémonie d’ouverture dimanche soir, consacrant ce précieux temps d’antenne à critiquer le Qatar pour son bilan en matière de droits de l’homme, en particulier son traitement des travailleurs migrants et la suppression des droits LGBTQ.

Le « Supreme Committee for Delivery and Legacy » (Comité suprême pour la transmission et l’héritage), organisme créé par les autorités qataries pour préparer et organiser le tournoi sportif le plus suivi au monde, a réalisé d’incroyables projets d’infrastructure à Doha. Les critiques internationales se sont concentrées sur le coût humain de cette réalisation, notamment sur les quelque 6 500 travailleurs étrangers qui auraient perdu la vie depuis que le Qatar a été sélectionné.

Les projets comprennent un système de métro efficace couvrant toute la ville, des autoroutes repavées et élargies, et un nouvel aéroport international, couronné par une ligne d’horizon pittoresque qui s’anime la nuit tombée. Les gratte-ciels sont ornés de photos des joueurs de football les plus célèbres du monde, chaque représentation s’élevant à des centaines de mètres de haut.

Les gratte-ciels de Doha, au Qatar, affichent des images des meilleurs joueurs de football du monde, le 20 novembre 2022. (Crédit : Ash Obel/Times of Israel)

Les autorités qataries n’ont pas lésiné sur les moyens pour s’assurer que ces infrastructures ne soient pas endommagées, en plaçant des agents de sécurité à chaque coin de rue à travers la ville, de nuit comme de jour.

Elles ont également accordé la priorité au traitement de la clientèle, avec un visage souriant qui accueille les clients d’un « Comment allez-vous, monsieur ? » lorsqu’ils entrent dans les magasins, et les saluent d’un « Passez une bonne soirée » lorsqu’ils en sortent (avec un portefeuille beaucoup plus léger).

Dans un supermarché de Doha que j’ai visité, un employé était posté dans chaque allée, attendant d’aider les acheteurs à choisir leurs céréales pour le petit-déjeuner et leurs boissons gazeuses.

L’objectif hors du terrain est de toute évidence de présenter le Qatar comme une destination touristique sûre et conviviale.

Une armée d’employés de l’aéroport attend patiemment d’aider les quelques passagers qui arrivent à l’aéroport international Hamad, le 20 novembre 2022. (Crédit : Ash Obel/Times of Israel)

Il est toutefois parfois difficile de profiter des vues, des lumières et du luxe quand on connaît le prix d’un tel spectacle.

Des feux d’artifice explosent dans le ciel de Doha, le 20 novembre 2022, lors de la journée d’ouverture de la Coupe du monde de football 2022. (Crédit : ADEL SENNA/AFP)

À mesure que les matchs de groupe se succèdent et que des centaines de milliers de supporters supplémentaires débarquent dans la ville, la fête internationale débridée que la plupart des gens associent aux Coupes du monde pourrait bien se concrétiser.

Mais il est clair que le bilan et les politiques inquiétants en matière de droits de l’homme, de ce pays hôte choisi par Blatter, ne seront pas occultés, quelle que soit la politesse de l’accueil ou l’intensité des matchs de football.

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