La cour accepte la demande d’anonymat d’un homme qui aurait poignardé sa femme
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La cour accepte la demande d’anonymat d’un homme qui aurait poignardé sa femme

La victime veut que le nom de l'agresseur soit rendu public pour que "tout le monde sache ce qu'il a fait" ; le juge accepte la demande du suspect de "ne pas ruiner sa réputation"

Shira et son époux accusé de l'avoir poignardée le 18 septembre 2020 (Autorisation/Capture écran)
Shira et son époux accusé de l'avoir poignardée le 18 septembre 2020 (Autorisation/Capture écran)

Des militants féministes et des internautes ont fait savoir leur colère samedi à la suite de la décision d’un juge, prise la veille, d’accorder l’anonymat à un homme accusé d’avoir poignardé sa femme à plusieurs reprises devant leur jeune fils. En réaction, des milliers d’utilisateurs des réseaux sociaux ont ainsi « liké » et retweeté les messages mentionnant son nom.

La police a fait part de son intention de faire appel de la décision de la cour.

L’homme est accusé d’avoir poignardé sa femme à vingt reprises et de l’avoir frappée avec un rouleau à pâtisserie la veille de la fête de Rosh HaShana à leur domicile, dans la ville de Mitzpe Ramon, dans le sud du pays, le tout en présence de leur enfant de deux ans.

La femme, nommée seulement « Shira », a déclaré au site d’information Ynet qu’elle voulait que le nom de son mari soit révélé « afin que tout le pays sache ce qu’il a fait ».

En outre, un porte-parole de la police a indiqué au site d’information que le fait de nommer publiquement le suspect pourrait également conduire d’autres femmes à porter plainte.

Un résident de Mitzpe Ramon soupçonné d’avoir poignardé sa femme, la blessant grièvement, alors qu’elle était en visioconférence avec ses parents pour Rosh HaShana, le 18 septembre 2020. (Capture écran / Douzième chaîne)

Cependant, le tribunal de Beer Sheva a décidé vendredi, lors d’une audience visant à prolonger la détention préventive du suspect, que son identité devait rester cachée, le juge George Amorai ayant accepté son argument selon lequel il fallait lui donner la possibilité de rester anonyme.

« C’est ce qu’il y a de plus facile pour ruiner une réputation et une carrière de 45 ans, donnez-moi cette chance », a demandé le suspect au juge.

« Merci beaucoup, vous avez dit des choses importantes », a répondu le juge Amorai.

Les avocats de Shira ont exprimé leur indignation face à cette décision.

« La décision du tribunal d’interdire la publication du nom du suspect est en totale violation des dispositions de la loi », ont dénoncé Mes Ben Maoz et Haim Shukrani.

« L’affirmation de l’agresseur selon laquelle sa réputation sera ternie par la publication de son nom est ridicule », ont réagi les avocats. « Nous lui suggérons de se créer une ‘nouvelle réputation’ qui lui servira dans l’enceinte de la prison », ont déclaré les avocats. « Les jours de grâce accordés par le tribunal au suspect prendront fin très bientôt. »

En réponse à cette décision, un certain nombre d’associations de défense des droits des femmes et d’internautes ont publié en ligne le nom et la photo de l’homme.

Une photo WhatsApp de Michal Sela, qui a été retrouvée morte, poignardée, à son domicile près de Jérusalem, le 3 octobre 2019.

« Le juge a décidé d’accepter la demande de l’agresseur et non celle de la victime ! Le juge insiste pour défendre la réputation d’un suspect qui a été pris avec un rouleau à pâtisserie et un couteau après avoir poignardé sa femme 20 fois », a écrit Lily Ben Ami, la sœur de Michal Sela, une femme tuée par son mari l’année dernière.

Lily Ben Ami a nommé le suspect dans sa publication sur les réseaux sociaux.

Bracha Barad, de l’organisation féministe Kulan, a elle aussi tweeté le nom de l’homme à plusieurs reprises.

Hagit Pe’er, responsable du groupe de défense des femmes Na’amat, a appelé la police à faire appel de la décision du juge, affirmant que cela envoyait un message dangereux aux victimes de violence domestique.

« C’est une décision déraisonnable qui envoie tous les mauvais messages. Le message du juge aux femmes qui souffrent de violences est qu’elles doivent rester tranquilles et ne pas ternir la ‘bonne réputation’ de ceux qui les maltraitent », a souligné Hagit Pe’er à la chaîne publique Kan.

Shira, 31 ans, avait subi une opération d’urgence au centre médical Soroka de Beer Sheva après avoir été poignardée par son mari le 18 septembre.

La police était arrivée sur les lieux après que des voisins ont rapporté avoir entendu des cris et l’avoir retrouvée blessée sur le sol de la maison du couple.

Son mari, un ingénieur électricien de 45 ans travaillant dans l’industrie de la défense, a été arrêté.

Le domicile de Mitzpe Ramon du couple dont l’homme est soupçonné d’avoir poignardé sa femme, la blessant grièvement, alors qu’elle était en visioconférence avec ses parents pour Rosh Hashana, le 18 septembre 2020. (Capture écran / Douzième chaîne)

Selon Ynet, Shira a remercié ses voisins d’être intervenus et de lui avoir sauvé la vie.

Un témoin avait indiqué à la Douzième chaîne avoir couru au domicile du couple après avoir entendu des cris et avoir vu le mari couvert de sang, tenant toujours son couteau.

« Je l’ai supplié. J’ai dit ‘s’il vous plaît, ne la tuez pas, s’il vous plaît, ne la tuez pas' », a-t-il témoigné.

La police a fait savoir qu’elle avait un dossier sur le couple après un précédent incident de violence domestique en 2019. Le frère de la femme a dit qu’elle avait déposé une plainte qu’elle a ensuite retirée, après que leurs familles respectives sont intervenues et les ont fait se réconcilier.

« Rétrospectivement, c’était une énorme erreur », a-t-il déploré.

La police et les services sociaux ont signalé une augmentation importante des plaintes pour violence domestique depuis le début de la crise du coronavirus.

En juin, des milliers d’Israéliens se sont réunis lors d’une manifestation à Tel Aviv pour demander au gouvernement d’agir pour mettre fin à la violence contre les femmes. C’était la deuxième mobilisation de ce type en moins d’un mois.

Des Israéliens manifestent contre les violences faites aux femmes à Tel Aviv, le 1er juin 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

La manifestation a eu lieu alors que le ministère de la Protection sociale et des services sociaux avaient publié des chiffres montrant une augmentation de 112 % du nombre de signalements de violence domestique sur sa ligne d’assistance téléphonique en mai par rapport à avril.

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