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La droite et l’extrême droite dénoncent l’entrevue Gantz/Abbas à Rosh Haayin

Le ministre Elkin a noté que le chef de l'AP "veut emprisonner le ministre de la Défense comme criminel de guerre" ; Bennett serait exaspéré ; la gauche salue

Le ministre de la Défense Benny Gantz (G) et le Premier ministre Naftali Bennett parlent pendant la cérémonie de prestation de serment du nouveau président Isaac Herzog, le 7 juillet 2021. (Crédit : YonatanSindel/Flash90)
Le ministre de la Défense Benny Gantz (G) et le Premier ministre Naftali Bennett parlent pendant la cérémonie de prestation de serment du nouveau président Isaac Herzog, le 7 juillet 2021. (Crédit : YonatanSindel/Flash90)

Les politiciens de droite, dans l’opposition comme dans la coalition, ont critiqué la rencontre entre le ministre de la Défense Benny Gantz et le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas qui a eu lieu mardi soir. Le Premier ministre Naftali Bennett lui-même se serait opposé à cette initiative et certains ministres ont noté qu’Abbas avait personnellement lancé une campagne de poursuites judiciaires contre Gantz devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre présumés.

Gantz a accueilli Abbas à son domicile de Rosh Haayin – c’est la première fois que le Palestinien rencontre un haut-responsable israélien au sein de l’État juif depuis 2010. En revanche, Gantz et Abbas se sont déjà entretenus à Ramallah à une occasion depuis la formation du nouveau gouvernement, au mois de juin. Selon le ministère de la Défense, la réunion a duré deux heures et demi et une partie s’est déroulée uniquement entre les deux hommes.

Ghassan Alian, responsable de la liaison militaire avec les Palestiniens en tant que Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), était lui aussi présent du côté israélien. Un conseiller déterminant d’Abbas, Hussein al-Sheikh, qui est en charge de la gestion des relations avec Israël, a accompagné Abbas, ainsi que le responsable des renseignements de l’Autorité palestinienne Majed Faraj.

« Le ministre de la Défense a souligné l’intérêt partagé dans le renforcement de la coopération sécuritaire, dans la préservation de la stabilité sécuritaire, et dans la prévention du terrorisme et de la violence », a fait savoir le bureau de Gantz dans un communiqué.

Il y a eu, ces dernières semaines, une augmentation du nombre d’attentats commis par des Palestiniens. Il y a eu aussi une hausse des violences des partisans du mouvement pro-implantations en direction des Palestiniens.

Pendant la réunion, Abbas a déclaré à Gantz que tant qu’il resterait à la tête de l’Autorité palestinienne, il n’autoriserait pas les violences, le terrorisme et l’usage des balles réelles à l’encontre des Israéliens indépendamment de l’état des relations entre l’État juif et l’AP à ce moment-là et des circonstances, selon la chaîne Kan.

Le ministre de la Défense Benny Gantz (à gauche) assiste à une conférence dans la région d’Eshkol, dans le sud d’Israël, le 13 juillet 2021. Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas prononce un discours au sujet de la COVID-19, au siège de l’Autorité palestinienne, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 5 mai 2020. (Crédit : Flash90)

Citant des sources palestiniennes, la chaîne Kan a indiqué que les forces de sécurité de l’AP continueraient à empêcher les actes terroristes. Selon le reportage, Gantz a remercié Abbas pour le rôle tenu par l’AP dans les secours apportés à deux Israéliens qui s’étaient perdus à Ramallah et qui s’étaient trouvés aux prises avec de jeunes voyous palestiniens. De son côté, Abbas aurait expliqué qu’il fallait que les affrontements entre résidents d’implantations et Palestiniens, en Cisjordanie, se calment.

Abbas avait apporté un cadeau à Gantz et il est reparti avec une bouteille d’huile d’olive israélienne, ont fait savoir les médias israéliens. Pendant la rencontre, le fils de Gantz est entré dans la pièce et son père a précisé qu’il était soldat. Abbas aurait alors dit que « j’espère que la paix sortira de cette maison ».

Cet entretien a été critiqué avec force par les partis d’opposition les plus belliqueux ainsi que par les membres de droite de la coalition – une alliance qui couvre tout le spectre politique israélien, des partis les plus pacifistes jusqu’aux plus va-t-en-guerre, et elle comprend également une faction islamiste. Son caractère très diversifié a souvent amené certains des membres de la coalition à s’opposer à des initiatives politiques entreprises par d’autres.

Kan a déclaré, sans citer ses sources, que Bennett avait été informé de la rencontre avant qu’elle n’ait lieu et qu’il a « critiqué l’intention de Gantz d’organiser cette réunion et exprimé son mécontentement à l’idée qu’Abbas soit accueilli au domicile de Gantz ».

Bennett est opposé à la reprise des négociations de paix avec les Palestiniens et il refuse de rencontrer Abbas. Mais son gouvernement a toutefois promis d’aider à redynamiser l’Autorité palestinienne et à renforcer son économie mise à mal et c’est Gantz qui a pris la tête de ces initiatives. Le ministre de la Défense a expliqué considérer le régime d’Abbas comme seule alternative à un Hamas qui gagnerait en puissance en Cisjordanie.

Le ministre du Logement, Zeev Elkin, qui appartient à la formation de droite Tikva Hadasha, a déclaré au micro de la station Radio 103FM que tous les ministres du cabinet n’avaient pas été avertis au préalable de cette rencontre.

« Jamais je n’aurais invité dans mon foyer un homme qui verse des salaires à ceux qui tuent des Israéliens et qui veulent aussi mettre les hauts-responsables militaires de Tsahal en prison à La Haye, y compris l’hôte lui-même », a-t-il dit, se référant à une initiative d’Abbas visant à faire traduire en justice devant la CPI et pour crimes de guerre présumés des responsables israéliens de la sécurité et notamment Gantz – qui un ancien chef d’État-major.

Zeev Elkin participe à la Conférence Katif à Yad Binyamin, le 6 août 2019. (Crédit : Flash90)

Elkin évoquait aussi à cette occasion une politique de l’AP consistant à verser des allocations mensuelles aux prisonniers palestiniens incarcérés pour terrorisme en Israël et aux familles des Palestiniens abattus par des Israéliens, y compris aux familles de ceux qui ont été tués en commettant un attentat. Une politique très critiquée par l’actuelle administration Biden.

Gantz n’a « aucune marge de manœuvre de la part du gouvernement pour mener des négociations de paix et il le sait pertinemment », a ajouté Elkin.

« Il n’y a pas de plan de paix sur la table et les Américains en sont également conscients », a précisé Elkin dans un autre entretien accordé à la chaîne Kan.

Yoaz Hendel, un autre ministre issu des rangs de Tikva Hadasha, a dit devant les caméras de Kan que si Jérusalem entretenait des liens avec Ramallah, lui-même n’aurait « jamais personnellement rencontré Abbas » qui, « à mes yeux, est encore un négationniste de la Shoah qui joue un double jeu très étrange ».

Le Palestinien a en effet de forts antécédents en termes de négationnisme de la Shoah. Sa thèse de doctorat, faite en 1982, avait affirmé que le chiffre de six millions de Juifs tués pendant le génocide avait été très exagéré et que les dirigeants du mouvement sioniste avaient coopéré avec les nazis. En 2018, il avait dit que la Shoah n’avait pas été entraînée par l’antisémitisme mais par le « comportement social des Juifs », notamment les activités d’usure.

Kan a aussi cité des ministres du cabinet qui n’ont pas été identifiés et qui ont estimé que Gantz « ne contribue pas à la stabilité du gouvernement ».

Le parti d’opposition du Likud a critiqué cette réunion, disant que « le gouvernement israélo-palestinien de Bennett est en train de replacer Abbas et les Palestiniens au centre de la scène », ajoutant que « ce n’est qu’une affaire de temps avant qu’il n’y ait des concessions dangereuses faites en faveur des Palestiniens ».

A gauche, Bezalel Smotrich après avoir été élu président de l’Union nationale, à l’hôtel Crown Plaza à Jérusalem, le 14 janvier 2019. (Yonatan Sindel/Flash90). A droite, le Premier ministre Benjamin Netanyahu rend visite à un entraînement du Corps blindé sur la base de Shizafon, dans le sud d’Israël, le 23 janvier 2019. (Flash90)

Le parti Sionisme religieux d’extrême-droite a mis en garde contre une répétition des accords d’Oslo qui avaient été conclus avec l’AP en 1990 et qui, pour la droite israélienne, auraient été à l’origine des années de terrorisme qui avaient suivi.

« Bennett et son gouvernement de gauche ramènent les accords d’Oslo sur la table et ils replacent Abbas au centre de l’échiquier », a commenté le parti, après « dix années pendant lesquelles la droite est parvenue à rendre Abbas insignifiant et persona non grata dans le monde entier, et à faire abandonner les discussions sur une division des terres et sur la formation d’un état terroriste au cœur de la terre d’Israël ».

Le Hamas, le groupe terroriste qui gouverne Gaza, a aussi fustigé Abbas pour son entretien avec Gantz, disant que l’initiative était « répréhensible et condamnable ».

« C’est une attaque contre le soulèvement qui a lieu actuellement en Cisjordanie », a déclaré Hazim Qasim, porte-parole du groupe, une référence apparente aux attaques récentes qui ont été commises contre des soldats et des civils israéliens.

Gantz a toutefois reçu le soutien des membres de gauche de la coalition.

Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz, qui dirige le parti du Meretz, a écrit sur Twitter que « renforcer les liens et chercher une solution diplomatique est dans le meilleur intérêt de nos deux nations ».

Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz dirige une réunion de faction du parti Meretz à la Knesset, le 13 décembre 2021. (Crédit : Yonatan SindelFlash90)

Pour sa part, la députée Travailliste Emilie Moatti a tweeté que « à part le Hamas et le chef de l’opposition ici, y-a-t-il quelqu’un que la réunion entre Gantz et Abbas a rendu réellement furieux ? ». Elle a salué le ministre de la Défense pour sa tentative visant à « renforcer les modérés et de rendre les extrémistes hors de propos ».

Mercredi, le bureau de Gantz a annoncé « plusieurs mesures qui permettront de construire un climat de confiance » suite à la rencontre.

Ainsi, entre autres, 6 000 résidents de Cisjordanie et 3 500 résidents de Gaza sans papiers seront inclus dans le registre des résidents de l’AP pour raison humanitaire ; la somme de 100 millions de shekels sera prêtée sur la base des recettes fiscales touchées par Israël au nom de l’AP ; 600 nouveaux laissez-passer commerciaux seront remis à des hommes d’affaires palestiniens et des dizaines d’autorisations « VIP » seront mises à la disposition des hauts-fonctionnaires palestiniens.

Les deux hommes ont également évoqué des plans de construction supplémentaires pour des maisons palestiniennes, a indiqué le bureau du ministre de la Défense.

Photo d’illustration : Yoav Mordechai (à gauche), ancien chef du bureau du Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires, parle avec Ashraf Jabari et d’autres hommes d’affaires palestiniens avant l’atelier de travail du plan « Paix pour la prospérité » à Manama, à Bahreïn, le 25 juin 2019. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Le gouvernement israélien actuel avait auparavant prêté à l’Autorité palestinienne 500 millions de shekels pour l’aider à surmonter sa crise en termes d’endettement, délivré des permis à des Palestiniens sans papiers vivant en Cisjordanie et à Gaza et augmenté le nombre d’autorisations octroyées à Palestiniens pour travailler en Israël, pour tenter de redynamiser l’économie en Cisjordanie.

Gantz s’était entretenu tout d’abord par téléphone avec Abbas, à la mi-juillet. Les deux hauts-responsables s’étaient officiellement rencontrés fin août à Ramallah – le premier entretien officiel de haut-vol entre deux responsables israélien et palestinien depuis plus d’une décennie.

La dernière venue officielle d’Abbas en Israël avait eu lieu en 2010 lorsqu’il avait rencontré le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, à la résidence de ce dernier à Jérusalem, pour des discussions de paix. Le processus de paix est largement moribond depuis dix ans, Netanyahu ayant fait en sorte de discréditer Abbas et de repousser à la marge le conflit avec les Palestiniens.

Abbas avait aussi fait le voyage jusqu’à Jérusalem pour les funérailles de l’homme d’État israélien Shimon Peres en 2016.

En fin d’après-midi, le ministre de la Défense a réagi dans un tweet : « Seul quelqu’un qui est responsable de l’envoi de soldats au combat sait à quel point l’obligation de l’empêcher est profonde. C’est comme ça que j’ai toujours agi, et c’est comme ça que je continuerai à agir. »

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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