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Opinion

La fin de partie de Netanyahu : Gaza, Tsahal, les haredim et les prochaines élections

Le Premier ministre devra bientôt se présenter à nouveau devant les électeurs, mais ce sera selon ses propres termes, en concentrant autant d'autorité que possible entre ses mains

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprimant lors de la conférence Muni Expo 2025, à Tel Aviv, le 15 juillet 2025. (Crédit: Avshalom Sassoni/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprimant lors de la conférence Muni Expo 2025, à Tel Aviv, le 15 juillet 2025. (Crédit: Avshalom Sassoni/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors de la conférence Muni Expo 2025 à Tel Aviv, le 15 juillet 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Quel est l’objectif final du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans sa guerre contre le Hamas à Gaza ?

Ses buts déclarés, répétés à l’envi, sont de détruire la puissance militaire du groupe terroriste palestinien, de l’empêcher de gouverner à nouveau, de faire libérer les 50 otages encore aux mains du groupe, et de garantir que Gaza ne représente plus jamais une menace pour Israël.

Dans la pratique, cela se traduit actuellement par l’extension du contrôle de Tsahal sur la bande de Gaza – dont elle maîtrise près de 75 %, soit la portion qu’il lui a été ordonné de sécuriser en mai. Tsahal a instauré une zone tampon de deux kilomètres autour du périmètre de la bande, où presque tous les bâtiments ont été rasés. Elle a pris le contrôle total de Rafah, la ville du sud où quelque un million de Gazaouis s’étaient réfugiés au printemps 2024. Rafah est aujourd’hui vidée de ses habitants, inhabitée et inhabitable. L’armée y démantèle les infrastructures du Hamas et élimine les derniers terroristes du groupe. Presque chaque jour, Tsahal mène des frappes aériennes contre des commandants du Hamas.

Presque chaque jour aussi, des civils palestiniens non-combattants sont tués dans ces frappes, parfois dans des circonstances controversées, notamment à proximité ou au sein de centres de distribution de l’aide humanitaire. Mercredi matin, vingt Palestiniens ont trouvé la mort sur le site de la Fondation humanitaire de Gaza (GHF) à Khan Younès, la plupart piétinés à mort dans un incident que l’organisation a imputé à des terroristes liés au Hamas. Une famille nombreuse aurait été ensevelie sous un bâtiment frappé lundi à Gaza-City, dans des circonstances que Tsahal n’a pas encore élucidées. Dimanche, six enfants auraient été tués lors d’une frappe visant un point de distribution d’eau dans le centre de Gaza, une frappe que l’armée a attribuée à une « défaillance technique » lors d’une tentative d’élimination d’un membre du Jihad islamique. Jeudi dernier, huit enfants figuraient parmi les 13 personnes tuées lors d’une frappe qui, selon l’armée, visait un terroriste du Hamas ayant participé au pogrom du 7 octobre 2023.

Le ministre de la Défense, Israel Katz, souhaite que Tsahal érige ensuite une « ville humanitaire » sur les ruines de Rafah, pour y regrouper 600 000 Gazaouis, qui pourraient y entrer, mais non en sortir, si ce n’est pour quitter définitivement la bande. L’ancien Premier ministre Ehud Olmert a mis en garde contre cette initiative qu’il a assimilé à un camp de concentration. L’idée serait de transférer dans cette ville les civils installés dans la zone côtière d’al-Mawasi, désignée par Israël comme « zone humanitaire », afin de permettre à l’armée d’y entrer à son tour et de la débarrasser du Hamas.

Le chef d’état-major de Tsahal, Eyal Zamir, serait farouchement opposé à ce projet de « ville humanitaire », doutant qu’il serve les objectifs de guerre déclarés de Netanyahu. Il y voit le prélude à une administration militaire de Gaza à long terme, une mission que le commandement militaire n’a ni reçue, ni vocation à assumer et qu’il souhaiterait éviter.

De manière plus large, Zamir semble, comme beaucoup d’autres, s’interroger sur ce qui pour le Premier ministre constituerait la fin de la guerre et quel serait le rôle assigné à Tsahal pour y parvenir. Depuis fin mai, Netanyahu a intégré dans ses déclarations la vision exprimée par Donald Trump en février : celle d’une bande de Gaza « vidée » de ses habitants, comme condition préalable à la fin des hostilités. Ses alliés d’extrême droite Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, résolus à rétablir une présence israélienne à Gaza de façon permanente, ne se satisferont de rien d’autre.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontrant le Forum de l’état-major général de Tsahal le 30 juin 2025. À gauche, le chef d’état-major de Tsahal, Eyal Zamir. À droite, le ministre de la Défense Israel Katz (Crédit : Maayan Toaf/GPO)

Trump se montre toutefois nettement moins enthousiaste à l’égard de cette idée qu’il ne l’est face à l’urgence de mettre un terme au conflit. Et bien que Netanyahu ait assuré la semaine dernière à la Maison Blanche qu’Israël et les États-Unis étaient « sur le point de trouver plusieurs pays » prêts à accueillir des Gazaouis, aucun État ne s’est jusqu’ici manifesté pour absorber un nombre important de réfugiés.

Netanyahu affirme publiquement que le Hamas peut – et sera – vaincu définitivement, contraint à la capitulation ou à une reddition de fait. Certains hauts responsables militaires partagent cette conviction. D’autres en doutent.

Si l’Iran a accepté un cessez-le-feu après 12 jours de frappes israéliennes contre son programme nucléaire, ses capacités balistiques, ses principaux commandants et les symboles du régime, ; et que le Hezbollah s’est effondré après l’élimination de l’essentiel de sa direction et de la mise hors d’état de nuire des milliers de terroristes du groupe lors de l’opération spectaculaire d’explosion de bipeurs du mois de septembre dernier, c’est aussi parce que ces deux entités avaient davantage à perdre en poursuivant les hostilités.

La question est de savoir si le Hamas – dont la quasi-totalité des chefs ont été éliminés et dont les bataillons sont en grande partie anéantis – partage cet état d’esprit. Ou si, au contraire, il reste déterminé à infliger à Israël le plus de pertes possibles, à tuer des soldats dès qu’il en a l’occasion, à tirer ses derniers missiles et obus. Tout cela dans l’espoir qu’Israël s’épuise, perde l’appui de ses alliés à mesure que les images de morts civiles s’accumulent, et que la détention des 50 otages, dont 20 seraient encore en vie, constitue encore le levier de sa survie et de sa renaissance.

Une élection à ses conditions

Alors même que Tsahal annonçait lundi soir à trois familles la mort de leurs fils tombés à Gaza, Netanyahu menait des tractations d’urgence pour empêcher les partis ultra-orthodoxes de quitter sa coalition. Comment ? En satisfaisant leur exigence déraisonnable de maintenir l’exemption généralisée de service militaire pour les jeunes hommes haredim. Et ceci à un moment où les soldats et les réservistes sont soumis à une pression sans précédent, avec de nouveaux défis à la frontière syrienne, et où Tsahal manque cruellement d’effectifs.

Le Premier ministre, comme il l’a fait à maintes reprises et de manière si efficace par le passé, joue la carte du temps : il souhaite atteindre la fin de la session de la Knesset, le 27 juillet, avec une coalition intacte ou, si elle ne l’est pas, au moins sans la menace immédiate d’être plongé dans des élections anticipées.

Il devra tôt ou tard se représenter devant les électeurs, au plus tard en octobre 2026. Mais il entend le faire selon ses propres conditions : en mettant le plus de distance possible entre lui et l’échec du 7 octobre, en rejetant autant que possible la responsabilité sur les services de sécurité, et en n’en assumant lui-même que le strict minimum. Il veut être celui qui aura permis la libération des otages et réussi à faire cesser les attaques depuis Gaza. Il souhaite aussi fixer les lignes de son projet pour « le jour d’après » – à Gaza comme en Cisjordanie –, et façonner ainsi une plateforme électorale ajustée à l’humeur de l’opinion, quitte à naviguer entre recentrage stratégique et droite dure.

Des manifestants ultra-orthodoxes résistant aux forces de police lors d’une manifestation contre la conscription des jeunes haredim, près de Bnei Brak, le 5 juin 2025. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

Étant donné l’impopularité des exemptions pour les haredim, y compris dans son propre camp, Netanyahu cherchera une formule pour ne pas froisser sa base tout en retenant ses alliés ultra-orthodoxes – l’art de résoudre la quadrature du cercle, à son rythme, sans passer par un affrontement avec la Haute Cour. D’où l’acharnement de sa coalition à faire voter des lois restreignant l’indépendance du pouvoir judiciaire.

En résumé, le jour du scrutin, Netanyahu entend avoir concentré entre ses mains le plus grand nombre possible de leviers de pouvoir. Après avoir remporté sa bataille juridique pour évincer le chef du Shin Bet, Ronen Bar, ouvrant ainsi la voie à la nomination imminente de son favori, le général de division David Zini, il est désormais en bonne voie pour limoger la procureure générale Gali Baharav-Miara. Il pourrait alors nommer un procureur à sa convenance, chargé de lui négocier un accord de peine qui lui permettrait de rester en fonction.

La procureure générale Gali Baharav-Miara assistant à une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, le 27 avril 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cette semaine, ses ministres ont soutenu un projet de loi qui permettrait à tout nouveau gouvernement, dans les 100 premiers jours de son mandat, de révoquer presque tous les hauts fonctionnaires indépendants : du procureur général au chef d’état-major de Tsahal, du patron du Shin Bet à celui du Mossad, du commissaire de police au chef de l’administration pénitentiaire israélienne, et du commissaire de la fonction publique au chef des Finances.

Combiné à une justice neutralisée, ce texte, que le gouvernement activera à sa convenance, parachèverait la transition d’Israël d’une démocratie vers un régime autoritaire, concentrant l’essentiel du pouvoir entre les mains d’un seul homme.

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