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La « Loi Métro » prise en otage par l’opposition dans le conflit sur la date du scrutin

L'opposition dirigée par le Likud a mis en suspens le projet d'infrastructure le plus ambitieux dans le cadre d'une querelle sur la date des prochaines élections

La nouvelle station de tramway Allenby à Tel Aviv, le 23 juin 2022. (Crédit :   Avshalom Sassoni/Flash90)
La nouvelle station de tramway Allenby à Tel Aviv, le 23 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Les députés de l’opposition, sous la direction du parti du Likud, semblent avoir pris en otage le projet israélien de construction de plusieurs lignes de métro – c’est le projet de transport public le plus ambitieux du pays – pour disposer d’une monnaie d’échange dans le cadre d’une querelle avec la coalition portant sur le calendrier des élections qui s’annoncent. Les Israéliens devront probablement retourner aux urnes pour la cinquième fois en l’espace de trois ans et demi après l’adoption en première lecture, à la Knesset, d’une législation qui prévoit la dissolution du Parlement – un vote qui a eu lieu mardi aux toutes premières heures de la matinée.

Le texte qui mettra un point final à l’histoire de la 24e Knesset de l’Histoire du pays devrait passer en troisième et dernière lecture mercredi à minuit.

La ministre des Transports, Merav Michaeli, a passé toute sa journée de mardi à tenter de convaincre la Liste arabe unie, qui siège également dans l’opposition, d’apporter son soutien à la « Loi Métro » et de l’adopter, selon les médias israéliens.

Le Likud avait fait savoir, dans un premier temps, qu’il voterait en faveur du texte, qui a été finalement mis de côté dans le cadre des accords conclus entre l’opposition et la coalition, mardi – journée pendant laquelle les députés ont débattu de diverses questions relatives à la dissolution du Parlement, notamment de la date des prochaines élections. L’opposition favorise, de son côté, la date du 25 octobre et la coalition avance, pour sa part, la date du 1er novembre, une semaine plus tard. Ils ont également discuté à cette occasion des législations qui seraient approuvées avant la dissolution du Parlement.

Un projet de loi interdisant à tout politicien mis en examen de former un gouvernement – qui concernerait donc l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu – a été abandonné, et le Likud a signalé qu’il se prononcerait en défaveur de deux textes pourtant déterminants pour l’intégration d’Israël dans le Programme d’exemption de visa mis en place par les États-Unis – avec pour objectif de contrecarrer clairement la tentative, par la coalition, de faire avancer cette initiative très populaire à la veille de la saison électorale.

Le Programme d’exemption de visa permet aux citoyens des pays qui y participent d’entrer aux États-Unis sans avoir à se porter candidat et à présenter un visa, ce qui coûte du temps, de l’argent en plus d’être une demande sans résultat garanti.

Le Likud aurait ainsi également mis cette législation en suspens en raison du conflit sur le calendrier électoral.

La salle vide de la Knesset israélienne, à Jérusalem, le 27 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Selon Kan, l’opposition accorde sa préférence à la date du 25 octobre – quand les étudiants en yeshiva, qui sont des électeurs déterminants du bloc du Likud qui est partiellement formé de partis ultra-orthodoxes, sont en vacances. Mais, mardi soir, une majorité de membres de la Knesset favorisaient néanmoins le 1er novembre, a ajouté la chaîne. .

Mardi matin, les États-Unis ont lancé au appel rare aux députés israéliens, les invitant à soutenir le texte relatif aux visas et il se sont tournés vers Yariv Levin, un membre éminent du Likud, demandant au parti d’opposition de ne pas voter contre le projet de loi.

Indication la plus claire que le Likud utilise aussi la mise en suspens de la Loi Métro pour obtenir la mise en place du calendrier électoral qu’il favorise, Yoav Kish, qui appartient au parti, a déclaré mardi à la Knesset que « je vais vous le dire de la manière la plus simple : la date des élections est importante. Nous voulons obtenir des résultats là-dessus. Si vous voulez le métro, alors je saurai convaincre le Likud [de le soutenir] et je dis qu’en échange de la date électorale, nous finaliserons le projet de métro ».

La Loi Métro prévoit le financement et la construction de nouvelles lignes dans le centre d’Israël. La moitié de ce réseau a d’ores et déjà été approuvée.

Ce projet de métro est le plan de transport le plus ambitieux du pays, visant à assurer une liaison entre différentes zones et banlieues de Tel Aviv pour réduire la circulation automobile. Mais dans la mesure où il traversera largement des secteurs qui sont déjà densément construits, il pourrait s’avérer être un projet d’ingénierie particulièrement complexe à mener à terme. D’autres systèmes similaires ont, dans le passé, été installés, mais avant la construction des zones urbaines et non après.

Selon les plans, ce sont environ 45 kilomètres de voies qui relieront Tel Aviv, Rehovot, Ness Ziona, Lod, Beer Yaakov, Rishon Lezion, Holon et Ramat Hasharon sur la dite « Ligne 1 sud ». Sur une autre ligne, la « Ligne M 3 », 39 kilomètres de voies desserviront 25 stations, assurant une connexion entre Bat Yam, Holon, Tel Aviv, Ramat Gan, Petah Tikva et Or Yehuda.

L’ouverture de ces lignes n’est pas prévue avant 2032 au plus tôt.

La ministre des Transports, Merav Michaeli, visite la station Allenby de la « Ligne Rouge » à Tel Aviv, le 23 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Et, comme le Times of Israel l’avait fait savoir, il y a quelques temps, la construction de la section nord de la ligne « M 1 » est à nouveau envisagée malgré de fortes objections au plan qui avaient retardé la liaison entre Tel Aviv et Modiin, Raanana, Kfar Saba, et Hod Hasharon. Cette ligne ne devrait pas être ouverte aux passagers avant 2040.

Jusqu’à cette semaine, les membres de la Knesset étaient relativement dans leur soutien au projet, dont l’objectif est de régler les problèmes de circulation automobile à long-terme en décourageant l’utilisation de la voiture et en aidant les voyageurs à pouvoir se déplacer en ayant recours aux transports publics.

Selon Kan, Michaeli a promis à la Liste arabe unie, mardi, qu’elle soutiendrait le projet de construction d’une ligne de métro dans la région à majorité arabe du Triangle, qui comprend des villes comme Taybe, Tira et Kafr Qasim. Mais le Likud, le plus important parti de l’opposition, refuse, de son côté, de présenter la législation au débat.

Michaeli a écrit sur Twitter que l’opposition devra expliquer son raisonnement et qu’elle « devra rendre des comptes pour expliquer pourquoi un projet national qui peut tous nous aider à échapper aux embouteillages a été arrêté pour de basses considérations de politique politicienne ».

Le Premier ministre Naftali Bennett s’est, lui aussi, tourné vers Twitter, lundi, pour implorer l’opposition de ne pas mettre au rebut la loi sur le métro. « Ne refusez pas à Israël un métro qui est si essentiel pour le pays. Israël est un pays moderne qui ne dispose pas de lignes de métro comme à New York, à Paris ou à Londres. C’est la raison pour laquelle nous devons subir d’interminables embouteillages. »

« Il n’y a pas de droite et de gauche ici », a-t-il continué.

« Si le texte n’est pas adopté, alors il sera reporté pendant de nombreuses années encore et ce sont tous nos enfants qui en paieront le prix », a-t-il continué.

Le Premier ministre Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid pendant la discussion sur la dissolution de la Knesset au parlement israélien de Jérusalem, le 27 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Jusqu’à cette semaine, il semblait que la législation bénéficiait d’un soutien trans-partisan, le métro étant perçu comme un élément déterminant dans le développement d’un système efficace de transports publics.

Jusqu’à présent, le budget national a alloué la somme de six milliards de shekels. Mais les municipalités devraient apporter une contribution financière à partir de l’année prochaine, et les propriétaires qui se trouvent à proximité des lignes de métro devraient payer des impôts élevés. La facture totale du projet est estimée par la Banque d’Israël à 150 milliards de shekels. La moitié du total devrait provenir du budget gouvernemental habituel et l’autre moitié de « sources non-budgétisées » – la majorité des fonds seront nécessaires entre les années 2026 et 2036.

Carrie Keller-Lynn, Jacob Magid, et Lazar Berman ont contribué à cet article.

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