La pharmacie offre aux Arabes un coup de pouce dans leurs carrières
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La pharmacie offre aux Arabes un coup de pouce dans leurs carrières

Plus d'un tiers des pharmaciens israéliens sont des Arabes, qui se fraient une voie – un peu cahoteuse – vers la classe moyenne

David Shamah édite notre section « Start-Up Israel ». Spécialiste depuis plus de dix ans en technologies et en informatique, il est un expert reconnu des start-up israéliennes, de la high-tech, des biotechnologies et des solutions environnementales.

Une employée dans une pharmacie à Jérusalem (Crédit : Abir Sultan/Flash90)
Une employée dans une pharmacie à Jérusalem (Crédit : Abir Sultan/Flash90)

Au cours de la dernière décennie, la pharmacie s’est révélée un tremplin pour les Arabes israéliens de la classe moyenne du pays – mais davantage doit être fait pour intégrer les pharmaciennes arabes dans la profession, selon un rapport du Centre Taub d’études politiques et sociales.

Malgré cela, le rapport, basé sur des recherches et des entrevues menées par Pr Noah Lewin-Epstein, Pr Alexandra Kalev, Erez Marantz, et Shimrit Slonim, montre que les pharmaciens juifs et arabes sont satisfaits de leur carrière, et que la pharmacie est un moyen important pour améliorer les relations entre Juifs et Arabes en Israël et la tolérance et l’acceptation des deux côtés.

Les Arabes, musulmans et chrétiens représentent environ 20 % de la population israélienne, ainsi, il est intéressant, dit le rapport, que 35 % des pharmaciens du pays soient originaires de communautés arabes. C’est le résultat, le croient les chercheurs, du traité de paix entre Israël et la Jordanie.

Déjà en 2000, 20 % des pharmaciens du pays étaient arabes, et un facteur clé dans l’augmentation du nombre des pharmaciens arabes « se rapporte à des changements dans les opportunités d’enseignement supérieur dans la population arabe israélienne », disent les auteurs de l’étude.

« Après la signature du traité de paix entre Israël et la Jordanie en 1994, les Arabes israéliens ont pu intégrer les établissements d’enseignement supérieur de Jordanie », indiquent les chercheurs.

« Plusieurs groupes ont profité de cette occasion : ceux qui n’ont pas passé les examens psychométriques en Israël ; ceux qui ne pouvaient répondre aux exigences d’admission de l’université ; et en particulier les femmes, qui préféraient étudier dans un environnement correspondant à leur mode de vie. Ces diplômés étrangers sont ensuite revenus rejoindre le marché du travail israélien. En fait, plus d’un tiers des permis délivrés depuis 2005 (pour les Juifs et les Arabes israéliens) étaient des diplômés d’institutions jordaniennes ».

Comme pour beaucoup d’autres professions en Israël, les novices dans le domaine de la pharmacie doivent trouver un stage afin d’obtenir une licence – et c’est là que les Arabes rencontrent les plus grands obstacles. Les auteurs de l’étude disent que le processus de recherche d’un stage est plus difficile pour les étudiants arabes, qui, souvent, y passent six mois ou plus, par rapport à la moyenne d’un maximum de deux mois pour les Juifs.

Ce n’est pas nécessairement à cause du racisme, indique le rapport, attribuant l’écart à la formation obtenue par les pharmaciens arabes ayant étudié en Jordanie.

« Le processus de stage, » disent les chercheurs, « est particulièrement difficile pour les diplômés des universités jordaniennes pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ils ne peuvent pas acquérir de l’expérience durant leurs études en étant l’assistant d’un pharmacien, ce qui ouvre la voie à un stage. Une autre raison est que de nombreux employeurs juifs sont préoccupés par la qualité et le niveau d’études en pharmacie en Jordanie. Ces difficultés conduisent les diplômés en pharmacie israéliens arabes à faire des compromis sur leur stage, souvent commençant à travailler sans salaire (ce qui est illégal), ou même à travailler comme assistant – une position habituellement réservée aux étudiants. »

En revanche, comme le montre l’enquête, les Arabes qui ont étudié pharmacie en Europe ont pu trouver une place beaucoup plus rapidement que leurs collègues ayant étudié en Jordanie.

Une fois le stage terminé, les pharmaciens cherchent du travail à temps plein, et trouver un emploi pour les Juifs et les Arabes est un processus beaucoup plus rapide.

Les pharmaciens arabes masculins, montre le rapport, gagnent à peu près les mêmes salaires que leurs collègues juifs (entre 10 000 et 14 000 sh. par mois), tandis que les pharmaciennes arabes gagnent beaucoup moins que leurs homologues juives. Mais là aussi, le racisme n’était pas en cause, et « il est très probable que les différences observées étaient dues à l’ancienneté professionnelle, puisque la majorité des pharmaciennes arabes israéliennes ne sont entrées dans la profession qu’au cours des dernières années », disent les auteurs du rapport.

Et bien que les pharmaciens arabes masculins gagnaient des salaires comparables à ceux des Juifs, ils avaient tendance à travailler de longues heures pour cet argent, dit le rapport – encore une fois, en fonction de l’expérience.

Comme presque tous les pharmaciens arabes compris dans l’étude (en tant que représentants de la composition démographique de l’industrie) avaient moins de quarante ans, cela signifie que les postes de direction mieux rémunérés ne leur sont pas encore ouverts.

Une autre raison du niveau de rémunération inférieur chez les femmes arabes peut avoir à faire avec leur lieu de travail. Alors que les Juifs (mâles et femelles) et les Arabes mâles ont tendance à travailler dans des pharmacies privées, des chaînes et des caisses de santé (Kupot Holim), la grande majorité des pharmaciennes arabes ont tendance à travailler dans des chaînes pharmaceutiques, telles que Super-Pharm et d’autres, où le salaire est inférieur.

L’on peut expliquer pourquoi ils se sont retrouvés sur les chaînes par leur méthode de recherche d’emploi ; alors que les hommes juifs et arabes avaient tendance à utiliser tous les moyens disponibles (en ligne, par les annonces dans les journaux, des programmes de recherche d’emploi parrainés par le gouvernement, etc.), presque toutes les femmes arabes incluses dans l’étude ont trouvé leur emploi par l’intermédiaire de liens personnels – postulant pour des emplois dans des chaînes pharmaceutiques où des parents ou amis travaillaient déjà.

Malgré les différences de salaire et d’ancienneté, les pharmaciens arabes étaient généralement très enthousiastes et heureux de leur travail – et les Juifs et les Arabes considéraient leurs lieux de travail non seulement comme des sources de revenus, mais comme une sorte de « melting-pot » où les deux groupes peuvent mieux se connaître.

« En général, certaines questions ethniques ont émergé dans les entrevues, comme les habitudes vestimentaires ou l’utilisation de la langue arabe entre collègues de travail », dit le rapport. « Le contact direct au travail entre les pharmaciens juifs et arabes les conduit à se connaître et à se respecter mutuellement. »

S’il y avait une tension, c’était entre les pharmaciens arabes et les clients juifs : « il apparaît que l’insatisfaction des clients est souvent exprimée en termes de groupe ethnique des pharmaciens, » dit le rapport, certains clients mentionnant l’origine arabe d’un pharmacien comme la raison du problème avec leur prescription, la disponibilité d’un médicament, etc.

« Souvent, les pharmaciens ne jouissent pas du plein soutien de leur employeur », ajoute le rapport.

Néanmoins, l’afflux d’Arabes dans le monde pharmaceutique israélien a été un développement positif pour les deux parties, dit le rapport.

« Dans l’ensemble, les relations personnelles et les interactions quotidiennes entre les pharmaciens juifs et arabes ont été qualifiées de positives, et même d’expérience éducative pour les pharmaciens juifs qui ont eu l’occasion d’apprendre à connaître leurs collègues arabes. »

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