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La plateforme israélienne GenAI donne un coup de pouce aux psychiatres

Développée par l'hôpital Sheba après le 7 octobre, cette plateforme innovante gère efficacement l’admission des patients en soins de santé mentale

Image illustrative d'un ex-soldat français à la maison « Athos » - lieu d'accueil pour militaires souffrant de traumatismes - à Toulon, dans le sud de la France, le 26 mai 2021. (Nicolas Tucat / AFP)
Image illustrative d'un ex-soldat français à la maison « Athos » - lieu d'accueil pour militaires souffrant de traumatismes - à Toulon, dans le sud de la France, le 26 mai 2021. (Nicolas Tucat / AFP)

Le nombre d’Israéliens anxieux à cause de la guerre ne cesse d’augmenter, mais cette toute nouvelle plateforme d’intelligence artificielle générative (GenAI) promet un dépistage à la fois plus rapide et plus efficace des problèmes de santé mentale.

La plateforme, appelée LIV, effectue un travail de triage psychiatrique. Elle permet de parler avec « quelqu’un » de ses sentiments et de ses préoccupations. Elle contribue aussi à décharger un peu les médecins en établissant des diagnostics possibles et des recommandations de traitement.

Le médecin reste celui qui pose le diagnostic clinique et propose un traitement, mais LIV l’assiste dans la prise de décisions cliniques grâce aux « échanges » avec les patients.

L’auteure de cet article a essayé LIV et a trouvé que cela s’apparentait beaucoup à une véritable conversation avec une personne. Comme un psychiatre, la plateforme conduit l’échange avec douceur, en posant les questions permettant de poser le diagnostic.

LIV et l’auteure de cet article ont échangé durant près d’une demi-heure sur les effets de la guerre, et notamment l’attaque iranienne du 13 avril. LIV a réfléchi et réagi à ce que ce la journaliste a exprimé et dit ressentir, donnant la sensation de s’identifier à elle, ce qui a facilité l’échange dans un contexte de sécurité.

LIV propose au médecin un rapport détaillé avec des informations de haute qualité qui lui permettent de gagner du temps avec le patient au moment de l’admission. Au lieu de prendre une heure, le premier rendez-vous prend la moitié du temps voire moins, le temps pour le médecin de vérifier que les informations fournies par LIV sont correctes.

Iris Shtein, directrice des partenariats stratégiques à l’ARC/ Hôpital Sheba (Avec l’aimable autorisation de l’auteur)

LIV est le fruit d’une collaboration entre l’ARC Innovation Center du Sheba Medical Center, KPMG et Microsoft.

« J’ai eu l’idée de LIV il y a de cela des années, mais la technologie n’était pas prête. Ce n’était pas le bon moment et nous n’avions pas les bons partenaires », explique Iris Shtein, directrice des partenariats stratégiques de l’ARC, à la tête de l’initiative LIV.

« Depuis la guerre, tout a changé : il a fallu faire les choses très vite, le besoin était là. Nous n’avions pas d’autre choix. Heureusement, la technologie GenAI s’est considérablement développée ces deux dernières années, et ce que nous voulions est devenu possible », ajoute-t-elle

La plate-forme, qui porte le même nom que la fille de Shtein, a été élaborée en à peine un mois et demi. En décembre, un test de faisabilité impliquant 100 acteurs a eu lieu.

« Nous avons suivi une formation de deux jours avec notre équipe clinique afin que les acteurs apprennent à simuler l’anxiété, la dépression, la manie ou le stress post-traumatique. Nous leur avons également appris à moduler les symptômes de gravité des pathologies. Il y avait aussi un groupe témoin », précise Shtein.

Le test a consisté à comparer les performances du LIV à celles des médecins. Les résultats présentés par Shtein au Times of Israel attestent que LIV a fait un diagnostic correct dans 94% des cas. La plate-forme était même plus précise que les médecins dans l’évaluation de la gravité des pathologies, LIV faisant mouche dans 81 % des cas, contre 79 % pour les médecins.

« LIV s’est également montrée meilleure que les médecins pour choisir le médicament le plus approprié », ajoute Shtein.

L’IA, notre nouvelle meilleure amie

LIV a été présenté en mars à HIMSS, la principale conférence mondiale consacrée à la médecine numérique. Elle fonctionne sur la base de LLM, un type de programme d’IA entraîné grâce à des métadonnées, et s’améliore progressivement grâce à l’apprentissage automatique, capable de reconnaître et générer du texte. Elle utilise également des informations du DSM-5, répertoire des troubles mentaux publié par l’American Psychiatric Association. Plus LIV sera utilisé, plus elle deviendra précise.

Shtein explique que les participants à une étude clinique LIV en cours à Sheba disent apprécier l’interface de la plate-forme.

« Il s’agit d’une expérience totalement personnalisée. La personne peut choisir de parler ou d’écrire. D’avoir ou non un avatar, de parler en anglais ou en hébreu », ajoute Shtein.

« Des participants à l’étude clinique ont passé 60 minutes à parler avec le LIV, au lieu des 30 minutes moyennes, parce qu’ils se sont sentis en confiance et ont pu s’exprimer librement, sans avoir l’impression d’être jugés. Pour certains, LIV se montre plus empathique qu’un vrai
thérapeute », précise Shtein.

Le professeur Eyal Fruchter, directeur du centre de santé mentale Maale HaCarmel et président du Comité national de conseil pour le SSPT, a vu fonctionner le LIV et a examiné les données issues de la recherche sur ce point.

« Il y a là un très fort potentiel parce que nous manquons de psychiatres, de psychologues et de travailleurs sociaux, bref de toutes sortes de thérapeutes. Le LIV prend les antécédents médicaux [du patient], aide à établir un diagnostic et fait des propositions de prise en charge. Cela nous fait gagner beaucoup de temps, un temps dont nous, thérapeutes, manquons cruellement », explique Fruchter.

Il dit aimer la nature robotique du LIV, même s’il sait se montrer chaleureux et amical.

« J’ai vu d’autres outils qui tentent de faire croire que l’on a affaire à une vraie personne, à un thérapeute, ce qui n’est pas souhaitable », estime-t-il.

Santé mentale pour tous

Le professeur Yoav Kohn, directeur du département de l’enfance et de la jeunesse au centre médical psychiatrique d’Eitanim, n’a pas encore pu essayer le LIV. Après une présentation de l’outil par le Times of Israel, il pense que cela présente de l’intérêt, ne serait-ce que pour décharger un peu un système de santé mentale israélien qui fait face à une très forte hausse du nombre de cas, un phénomène qu’il estime devoir se prolonger sur plusieurs années.

« J’aimerais savoir si la plate-forme va être abordable et si elle est correctement sécurisée, de manière à éviter que des personnes non autorisées puissent mettre la main sur les informations personnelles et médicales des patients », pointe Kohn.

Le directeur du département des enfants et des adolescents du centre médical psychiatrique d’Eitanim, le professeur Yoav Kohn, dans son bureau, le 2 avril 2024. (Crédit : Renee Ghert-Zand/TOI)

Shtein explique que LIV n’est pas une application autonome que l’on pourrait télécharger sur son téléphone.

« Nos clients ne sont pas des patients. Nos clients sont des hôpitaux et organismes d’assurance maladie ainsi que l’armée israélienne – avec laquelle nous sommes en train de mettre en place un essai », ajoute-t-elle.

Une fois le LIV acheté par un de ces clients, le patient y a accès par l’intermédiaire de l’interface sécurisée basée sur le cloud que le client utilise pour communiquer avec ses patients dûment enregistrés. Cela se fait presque toujours par le biais d’un processus d’authentification à deux facteurs.

Par ailleurs, seuls les employés autorisés par le client auront accès aux données de LIV.

Le fait que LIV « soit déployé » au sein d’un hôpital ou d’un organisme d’assurance maladie est essentiel au bon fonctionnement de la plateforme, par exemple dans le cas où une personne dit vouloir se faire du mal, blesser quelqu’un, ou présente des idées suicidaires. En pareil cas, LIV s’interrompt pour donner l’alerte au personnel médical, lequel peut reprendre la main et contacter la personne en situation de grande détresse.

« Il y a toujours un humain dans la boucle », précise Shtein.

Shtein et toute l’équipe de LIV espèrent un déploiement à l’hôpital Sheba dès cet été, et l’outil est en ce moment même examiné par la FDA. Il sera suivi d’un essai clinique multicentrique [qui implique plusieurs institutions médicales indépendantes pour recruter et suivre les participants à l’essai] vers la fin de l’année puis d’un déploiement à l’échelle nationale et internationale d’ici la mi-2025.

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