La police, critiquée par Moshe Yaalon, défend son enquête sur les sous-marins
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Yaalon : un effort délibéré pour ne pas découvrir la vérité

La police, critiquée par Moshe Yaalon, défend son enquête sur les sous-marins

Le Likud a accusé les dirigeants travaillistes et ceux de Yesh Atid de répandre de "fausses accusations"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à bord du sous-marin "Rahav" sur la base de la marine à Haïfa, le 12 janvier 2012. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à bord du sous-marin "Rahav" sur la base de la marine à Haïfa, le 12 janvier 2012. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

La police israélienne a défendu dimanche son enquête dans un dossier de corruption présumée concernant l’achat de sous-marins. Un ancien ministre de la Défense a laissé entendre que la police a cherché à empêcher la publication des détails de l’affaire, peut-être en raison de liens avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Netanyahu, qui n’est pas suspect dans ce dossier, a été âprement critiqué ces derniers jours par des personnalités de l’opposition qui ont mis en doute le fait qu’il ignorait les activités pénalement répréhensibles d’un certain nombre de ses proches, et notamment de son avocat.

« Nous souhaitons établir clairement que l’enquête a été menée de manière à la fois minutieuse et professionnelle, avec pour seul objectif de trouver la vérité. Les affirmations qui disent que l’Affaire 3000 a été limitée et restreinte par un responsable de l’application de la loi, quel qu’il soit, sont mensongères et ne se fondent sur aucun fait », a fait savoir la police dans une déclaration.

Cette déclaration a été faite peu de temps après que l’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon, qui a accusé Netanyahu de corruption en lien avec ce dossier, a écrit un courrier au procureur-général Avichai Mandeblit mettant en doute la rigueur de l’enquête.

« La manière dont l’enquête a été conduite soulève des questions – difficiles pour moi – portant sur un éventuel effort délibéré de ne pas dévoiler la vérité dans ce dossier qui traite du saint des saints de la sécurité de l’Etat », a écrit Yaalon dans sa lettre.

Le Likud a riposté jeudi aux députés de l’opposition qui avaient établi un lien entre Netanyahu et son avocat personnel David Shimron ainsi qu’avec d’autres conseillers de haut niveau, qui pourraient être inculpés dans cette affaire de conflit d’intérêts qui implique l’acquisition de sous-marins allemands pour un montant de deux milliards de dollars.

Deux chefs de formations de l’opposition avaient vivement recommandé au Premier ministre de présenter sa démission, et l’un deux, Avi Gabbay (Union sioniste), avait déclaré que les allégations contre les conseillers de Netanyahu s’apparentaient à une « trahison ».

« Les tentatives de la gauche d’attribuer la responsabilité de ‘l’Affaire des sous-marins’ au Premier ministre Netanyahu se sont effondrées face à la réalité », a commenté le Likud dans un communiqué. « Nous présentons nos condoléances au leader de Yesh Atid, Yair Lapid et au dirigeant travailliste, Avi Gabbay, qui voient encore une fois leurs espoirs de remplacer le Premier ministre Netanyahu en utilisant de fausses accusations, anéantis ».

Yaalon a indiqué après que la police a fait part de ses recommandations qu’il « est impossible que Netanyahu n’ait pas été au courant ». Il a affirmé que le fait que la police ne considère pas Netanyahu comme suspect malgré l’implication de son avocat et homme de confiance David Shimron remettait en question la rigueur de l’enquête.

Le chef d’État-major Gadi Eizenkot, Moshe Yaalon, alors ministre de la Défense, le président Reuven Rivlin et le Premier ministre Benjmain Netanyahu à l’inauguration du nouveau sous-marin « Rahav » à Haïfa le 12 janvier 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Dans la matinée de jeudi, la police avait fait savoir qu’il y avait suffisamment de preuves pour accuser Shimron de pots-de-vin et de blanchiment d’argent pour le rôle qu’il a tenu dans ce qui pourrait être l’une des plus importantes affaires de corruption de l’histoire du pays.

Shimron, qui est également le cousin de Netanyahu, a représenté le fabricant naval allemand ThyssenKrupp dans la vente, et il est soupçonné d’avoir usé de son influence sur le Premier ministre en échange d’une forte commission lors de la signature de l’accord.

Netanyahu a été interrogé en tant que témoin et non en tant que suspect dans l’affaire. Les députés de l’opposition ont immédiatement demandé la démission du Premier ministre.

Dans une vidéo publiée en ligne, le chef du parti travailliste, Avi Gabbay, a déclaré que les soupçons dirigés contre plusieurs hommes de confiance du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans le dossier des sous-marins constituent une « trahison », et que les milliards de dollars qui ont financé cette acquisition auraient dû être utilisés pour moderniser les équipements de l’armée israélienne.

Le président de Yesh Atid, Yair Lapid, dirige sa réunion hebdomadaire de faction à la Knesset, le 4 juin 2018. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Avec cet argent, nous aurions pu acheter des véhicules blindés de transport de troupes pour remplacer les véhicules vieillissants que nos soldats ont utilisé pour entrer dans Gaza il y a quatre ans », a-t-il dit dans la vidéo. « Si le Premier ministre savait que ces hommes étaient impliqués, alors il doit démissionner. Et s’il ne le savait pas, il doit également quitter ses fonctions, car il montre alors qu’il est inapte à diriger notre défense ».

Le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, a également estimé que Netanyahu était incapable de diriger le pays au vu du dossier, même s’il en ignorait l’existence.

Le président de l’Union sioniste Avi Gabbay dirige une réunion de faction à la Knesset le 7 mai 2018. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Netanyahu doit une explication au public », a écrit Lapid sur Twitter. « Qu’y a-t-il d’autre qu’il ne sache pas ? Comment est-il possible que ceux qui sont le plus proches de lui soient parvenus à saisir des dizaines de millions de dollars en dessous-de-table grâce à des accords d’armement sensibles [que le Premier ministre] était supposé gérer personnellement ? »

En plus de Shimron, la police a fait savoir qu’il y avait également suffisamment de preuves pour inculper l’ancien chef-adjoint du conseil de sécurité nationale, le général de brigade (réserviste) Avriel Bar-Yosef; l’ancien dirigeant de la marine, Eliezer Marom ; David Sharan, ancien chef de cabinet de Netanyahu ; le général de brigade Shay Brosh ainsi que l’ancien ministre Eliezer Sandberg.

La police a estimé qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour recommander l’inculpation de l’ancien conseiller et confident de Netanyahu, Yitzhak Molcho, le partenaire de Shimron, qui est également lié au dossier.

(De gauche à droite) L’avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, David Shimron, son ancien envoyé diplomatique Yitzhak Molcho, son ancien chef de bureau David Sharan, l’ancien vice-président à la sécurité nationale Avriel Bar-Yosef et l’ancien commandant de la marine israélienne Eliezer Marom (Crédit : Flash90)

Cette annonce de la police est survenue alors qu’elle vient de conclure une enquête de longue haleine consacrée à l’acquisition par Israël de ces sous-marins fabriqués par le géant industriel allemand ThyssenKrupp.

Autre personnalité de haut rang dans ce dossier, Miki Ganor, qui représentait au moment de l’accord le géant ThyssenKrupp en Israël et qui a accepté de devenir témoin de l’accusation au mois de juin 2017. Ganor devrait écoper d’une peine de 12 mois de prison et d’une amende de 10 millions de shekels pour délits fiscaux dans le cadre d’un arrangement avec l’Etat, ont fait savoir les enquêteurs.

Les conclusions de la police ont été remises au procureur-général Avichai Mandelblit, qui décidera de l’éventuelle inculpation des suspects. Lors d’une conférence juridique qui a eu lieu jeudi à Haïfa, Mandelblit a refusé de donner un calendrier pour rendre sa décision, mais il a qualifié de « grave » l’affaire et indiqué que les preuves seraient minutieusement étudiées.

Netanyahu n’a pas commenté les conclusions de l’enquête. Même s’il n’est pas suspect dans ce dossier, la police a recommandé son inculpation pour pots-de-vin, fraude et abus de confiance dans d’autres dossiers pour corruption.

L’équipe du Times of Israel et l’AFP ont contribué à cet article.

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