La relation germano-israélienne au plus bas (média)
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La relation germano-israélienne au plus bas (média)

Berlin prend du recul face à l'Etat juif en raison des inquiétudes sur les implantations de Cisjordanie et de la frustration causée par l'administration Trump

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et la chancelière allemande Angela Merkel pendant une conférence de presse commune à Berlin; le 21 octobre 2015. (Crédit : Tobias Schwarz/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et la chancelière allemande Angela Merkel pendant une conférence de presse commune à Berlin; le 21 octobre 2015. (Crédit : Tobias Schwarz/AFP)

La relation entre Israël et l’Allemagne, pays longtemps considéré comme l’un de ses alliés les plus proches, serait à son point le plus bas en raison de la position pro-implantation israélienne et des frustrations endurées par l’Allemagne face à l’administration Trump.

Les politiciens allemands, dont la chancelière Angela Merkel, qui se montraient auparavant très amicaux envers Israël, font marche arrière alors que les pressions induites par une année électorale en Allemagne rendent de plus en plus difficiles les justifications de la politique israélienne, rapporte Reuters.

« [Le Premier ministre Benjamin] Netanyahu ne nous écoute pas, et la situation ne peut qu’empirer avec [le président américain Donald] Trump », a expliqué un responsable allemand à l’agence de presse. Le président américain pourrait donner plus de latitude à Israël pour étendre les implantations de Cisjordanie que ne le faisaient les administrations précédentes.

Le même responsable a reconnu que la nouvelle administration de Washington était plus problématique que ne le sont les politiques mises en œuvre par l’état juif.

« L’Allemagne est vraiment furieuse contre Trump mais on ne peut pas se permettre de le dire ou de l’exprimer directement parce qu’il est trop fort », a-t-il ajouté.

La chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse conjointe à l'hôtel King David à Jérusalem, le 25 février 2014. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
La chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une conférence de presse conjointe à l’hôtel King David à Jérusalem, le 25 février 2014. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Les liens historiquement étroits entre Israël et l’Allemagne, qui se sont formés durant les décennies qui ont suivi l’Holocauste, se sont également dégradés avec, le temps passant, la diminution du souvenir de cette tragédie.

Yakov Hadas-Handelsman, ambassadeur israélien en Allemagne, a dit à Reuters que « plus le temps passe, plus il sera difficile de maintenir cette relation unique même s’il y a pas de désaccords politiques. »

Et pourtant, les liens restent fort, a poursuivi l’ambassadeur, soulignant le nombre croissant de touristes israéliens en visite en Allemagne et le voyage récent de plusieurs députés allemands en Israël, parmi lesquels le ministre de la Justice Heiko Maas et le président du Bundestag Norbert Lammer.

Kerstin Mueller, de la Fondation Heinrich Boell, think-tank affilié au parti de gauche des Verts allemands, a également fait part de son inquiétude sur le danger qui pourrait peser sur la « relation particulière » entretenue par les deux pays.

« Le sentiment de responsabilité est toujours là mais je ne sais pas combien de temps cela sera encore le cas, a-t-elle estimé. La relation particulière entre l’Allemagne et Israël n’est pas gravée dans le marbre. Et il semblerait en fait qu’aujourd’hui, elle puisse être en danger. »

Elle a expliqué que la plus grande menace pour cette relation était le sentiment, chez certains politiciens israéliens de droite, qu’ils seront en mesure de faire passer une législation susceptible d’affecter le statut de la Cisjordanie sans opposition des Etats-Unis.

« Israël savait avec les gouvernements américains précédents que ça ne pouvait pas aller jusque là, a-t-elle dit. Maintenant avec Trump, les éléments les plus radicaux en Israël se sentent encouragés ». Ce qui pourrait mener, a-t-elle expliqué, à une grave détérioration de la relation allemande avec l’Etat juif.

Un diplomate qui a conservé l’anonymat a indiqué à Reuters qu’il était de plus en plus difficile de vendre la relation étroite entretenue par le pays avec Israël à l’opinion publique. « Etablir un équilibre avec Israël ne cesse de devenir plus compliqué. Si vous ne critiquez pas, les médias seront sans pitié. Et si vous critiquez, vous éloignerez l’un de vos partenaires essentiels. »

Historiquement, l’Allemagne a toujours considéré Israël comme un allié particulièrement proche mais le pays a âprement critiqué l’adoption le mois dernier d’une loi légalisant les habitations dans les implantations construites sur des terrains privés palestiniens.

« La confiance que nous avions dans l’engagement israélien envers une solution à deux états a été profondément ébranlée », avait déclaré dans un communiqué le ministère des Affaires étrangères à Berlin.

Suite à cette loi, un sommet qui était prévu entre Merkel et Netanyahu a été annulé. Cette rencontre devait avoir lieu à Jérusalem au mois de mai et aurait inclus des réunions avec un certain nombre de ministres des gouvernements des deux pays.

Les responsables allemands ont informé le bureau du Premier ministre à ce moment-là que le sommet était annulé en raison des exigences de la campagne en vue des élections nationales du mois de septembre, au cours desquelles Merkel sera candidate à sa propre succession.

« Nous comprenons ces contraintes de calendrier du côté allemand », a expliqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon, en évoquant l’annulation.

Toutefois, des responsables anonymes allemands et israéliens ont indiqué au quotidien Haaretz que l’annulation de cette rencontre avait été motivée par la frustration de Merkel face à l’adoption de la loi pro-implantation ainsi que par l’annonce de la construction de 6 000 nouveaux logements en Cisjordanie et à Jérusalem Est depuis l’investiture de Trump, en janvier dernier.

Alexander Fulbright a contribué cet article.

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