La retenue des revenus fiscaux par Israël est une « escalade » – ministre de l’AP
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La retenue des revenus fiscaux par Israël est une « escalade » – ministre de l’AP

Pour Hussein al-Sheikh, Ramallah continuera les paiements aux "martyrs", quel qu'en soit le prix. Le Shin Bet avertit que l'initiative peut entraîner des agitations en Cisjordanie

Illustration : des membres palestiniens des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, l'aile terroriste du Fatah, lèvent les armes lors d'un rassemblement en soutien au président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et à son gouvernement, le 1er mars 2016, dans le camp de réfugiés de Balata, en Cisjordanie, près de Naplouse. (Crédit : AFP / Jaafar Ashtiyeh)
Illustration : des membres palestiniens des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, l'aile terroriste du Fatah, lèvent les armes lors d'un rassemblement en soutien au président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et à son gouvernement, le 1er mars 2016, dans le camp de réfugiés de Balata, en Cisjordanie, près de Naplouse. (Crédit : AFP / Jaafar Ashtiyeh)

Un haut-responsable palestinien a vivement critiqué, lundi, la décision prise par le cabinet de sécurité israélien de retenir des dizaines de millions de dollars sur l’argent issu des revenus fiscaux habituellement versés à l’Autorité palestinienne par l’Etat juif en raison des paiements par Ramallah d’allocations aux terroristes et à leurs familles.

« C’est une autre avancée vers une escalade qui vise, en fin de compte, à nous imposer un blocus financier », a dit le ministre des Affaires civiles de l’Autorité palestinienne, Hussein al-Sheikh, dans un communiqué.

« Nous continuerons à payer des salaires aux martyrs et aux familles des blessés, quel qu’en soit le prix », a-t-il martelé, ajoutant que l’AP réfléchissait à des mesures de rétorsion à adopter à l’encontre de Jérusalem.

Israël a fait savoir dimanche que le pays retiendrait environ 149 millions de shekels (un peu plus de 37 millions d’euros) sur les fonds qu’il collecte au nom de l’Autorité palestinienne.

Ce chiffre est fondé sur l’estimation du montant que Ramallah a versé aux Palestiniens tués ou blessés lors d’activités terroristes en 2018, en plus des 500 millions de shekels (125 millions d’euros) déjà retenus au cours de l’année écoulée.

Hussein al-Sheikh, proche de Mahmoud Abbas, a donne une interview à Palestine TV, la chaîne officielle de l’Autorité palestinienne. (Crédit : capture d’écran Palestine TV)

Une source de la Défense a déclaré au Times of Israel que le gouvernement commencerait à discuter de la retenue des fonds fiscaux basée sur les paiements de l’AP pour le terrorisme de 2019 au début de la nouvelle année.

Alors qu’une loi adoptée en juillet 2018 prévoyait la retenue d’un montant égal aux paiements versés aux prisonniers et aux familles des terroristes tués, elle n’a été que partiellement appliquée en 2019, ce qui a entraîné un recul de la droite.

Avant le vote qui a eu lieu au cabinet de sécurité, le chef du Shin Bet, Nadav Argaman, a mis en garde les ministres présents contre une initiative qui, selon lui, est susceptible d’entraîner des agitations en Cisjordanie, a fait savoir la Treizième chaîne.

Argaman a reconnu que la récente loi approuvée devant la Knesset exigeait la retenue des revenus fiscaux mais il a toutefois vivement recommandé aux ministres de réfléchir à la nature des relations qu’ils désirent mettre en place avec l’AP et sur l’impact de leur initiative sur ces dernières.

La décision de dimanche pourrait accroître les tensions entre Israël et les Palestiniens et survient peu de temps après que l’AP a accepté, en octobre, de recommencer à accepter les taxes perçues par Israël après les avoir refusées pendant des mois en signe de protestation contre la retenue d’argent par Jérusalem sur les paiements.

Ramallah avait refusé d’accepter les recettes fiscales parce qu’Israël retenait une partie de la somme, mais s’était ravisée face à une crise économique naissante en Cisjordanie.

Au mois d’octobre, les transferts de recettes fiscales s’élevaient à quelque 600 millions de shekels (environ 150 millions d’euros) par mois – une source de financement essentielle pour l’AP.

Israël dit que le Fonds des martyrs récompense et encourage la violence, tandis que les Palestiniens disent que c’est un moyen de subvenir aux besoins des familles nécessiteuses touchées par le conflit qui dure depuis des décennies.

Des proches de Palestiniens détenus dans des prisons israéliennes brandissent leur portrait lors d’une manifestation pour marquer la « Journée des prisonniers » à Ramallah, en Cisjordanie, le mercredi 7 avril 2019. (AP Photo/Majdi Mohammed)

Mais tandis que Jérusalem a fait preuve de dureté envers l’AP – dont le président de l’AP Mahmoud Abbas est un partisan de la solution à deux Etats et qui, tout en payant les auteurs des attentats, a vivement recommandé de ne pas recourir à la violence – l’Etat juif a œuvré, ces dernières semaines, à conclure un accord de cessez-le-feu avec le groupe terroriste du Hamas, dans la bande de Gaza.

Ce conseiller à la sécurité nationale, Meir Ben Shabbat, a présenté une proposition de trêve lors de la réunion du cabinet, dimanche, et les ministres devraient voter sur le projet dans la semaine.

Parmi les concessions israéliennes qui seront débattues, un accord permettant de revoir à la hausse le nombre de permis accordés aux Gazaouis pour entrer en Israël pour y faire du commerce, un élargissement supplémentaire de la zone de pêche autorisée au large de l’enclave côtière, l’avancée de la construction d’un gazoduc et une augmentation de l’aide médicale et des équipements fournis aux hôpitaux de la bande.

La possibilité de l’octroi de nouveaux permis pour permettre aux Gazaouis de pénétrer en Israël pour y travailler – le Shin Bet a dit s’opposer à une telle mesure – est également prise en considération.

Le Hamas, en échange, renforcerait ses initiatives visant à mettre un terme aux tirs de roquettes émanant de l’enclave côtière et s’engagerait à freiner les manifestations à la frontière – même si les responsables militaires israéliens doutent des capacités du groupe terroriste à contrôler complètement les mouvements de protestation et les attaques à l’obus.

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