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La tombe de Philippe Pétain vandalisée à l’île d’Yeu

Le matin du 11 novembre la gendarmerie a retrouvé l'inscription 'Pour mon père' peinte en noir sur la tombe dont la croix a été brisée. La tombe est régulièrement dégradée

La tombe du maréchal Pétain à l’île d'Yeu (Crédit: Mathardy/Wikimedia Comons)
La tombe du maréchal Pétain à l’île d'Yeu (Crédit: Mathardy/Wikimedia Comons)

La tombe du maréchal Pétain a été retrouvée vandalisée une nouvelle fois au matin du 11 novembre, a-t-on appris le 12 auprès du parquet des Sables-d’Olonne qui a ouvert une enquête concernant ces dégradations, fréquentes contre la sépulture installée sur l’île d’Yeu au large de la Vendée.

« Le matin du 11 novembre, vers 7 heures, raconte Le Parisien, les gendarmes interviennent après qu’un rôdeur a été aperçu dans le cimetière. Les militaires n’ont vu personne mais ils ont constaté que la tombe […] avait été une nouvelle fois vandalisée ».

« Les mots ‘Pour mon père’ étaient inscrits à la peinture noire sur la tombe et la croix de bois était brisée », précise une source proche de l’affaire. La brigade de gendarmerie de l’île d’Yeu diligente l’enquête avec l’appui de la section de recherches d’Angers.

Pour l’instant, l’enquête n’a mené à aucune piste et il est impossible d’établir un parallèle avec la polémique survenue durant les commémorations du centenaire de la guerre de 1914-1918 autour des propos tenus par Emmanuel Macron sur le maréchal Pétain.

Le maréchal Pétain, vice-président du Conseil, dans son bureau en mai 1940. (Domaine public)

Le président français avait dans un premier temps jugé « légitime » d’inclure le maréchal Pétain dans un hommage aux Invalides aux chefs militaires de la Grande Guerre, des propos qui avaient déclenché l’indignation de l’opposition.

Le maréchal Pétain a été complice de la déportation de 13 000 juifs de France, en 1942, lors de la rafle du Vel d’Hiv pendant la Shoah.

Selon Emmanuel Macron, Pétain avait été « Un grand soldat » en 1914-18, mais aux « choix funestes » en 1940-45.

Pour de nombreux historiens dont Henry Rousso et Serge Klarsfeld, si c’est le rôle de l’Histoire de prendre en compte le rôle de Philippe Pétain dans la Bataille de Verdun, rappeler son souvenir lors de la commémoration nationale de la fin de la Première Guerre mondiale serait une erreur.

C’est d’ailleurs Serge Klarsfeld qui avait rendu public en 2010 le document original établissant le statut des juifs annoté par Philippe Pétain, dans lequel il endurcit de texte de loin et l’élargit aux « descendants de juifs nés français ou naturalisés avant 1860 » qui étaient originellement épargnés, mettant à mal la thèse d’un Pétain « défenseur des Juifs français » – vivement défendue par le journaliste Eric Zemmour (qui n’est pas historien).

Serge Klarsfeld et sa femme Beate, les Français « chasseurs de nazis », regardent des photos de jeunes juifs déportés de France, au Mémorial de la Shoah à Paris, le 5 décembre 2017 (Photo AP / Michel Euler)

Ces déclarations ont ému en la communauté juive France et jusqu’en Israël, où le ministre de l’Education Naftali Bennett a rappelé que « le maréchal Pétain a facilité l’expulsion et l’assassinat en masse de juifs ».

« La seule chose que nous retiendrons de Pétain, c’est qu’il a été, au nom du Peuple français, frappé d’indignité nationale lors de son procès en juillet 45 », avait déclaré de son côté le président du Crif, Francis Kalifat, cité dans un communiqué.

Sur la tombe de Philippe Pétain à l’île d’Yeu, « il y a régulièrement des dégradations, qui peuvent prendre plusieurs types de formes, soit de la peinture, la croix souvent est cassée, soit des pots de fleurs ou des poubelles qui sont déversés », a indiqué la procureure des Sables-d’Olonne, Carine Halley.

Selon elle, la tombe est dégradée une à deux fois par an, et ce « n’est pas forcément toujours lié à un événement historique particulier ».

« Tout peut être interprété d’une manière ou d’une autre donc pour l’instant, il n’y pas trop d’éléments et pas trop de pistes à exploiter » dans l’enquête en cours, a-t-elle précisé, ajoutant qu’il n’y a « pas d’élément particulier qui nous orienterait vers un auteur ».

Débarqué le 15 novembre 1945 sur l’île d’Yeu pour purger une peine de détention perpétuelle, Philippe Pétain est mort sur l’île, le 23 juillet 1951 à 95 ans, à Port-Joinville où il est enterré dans le cimetière communal.

Il avait été condamné à la suite d’un procès conclu le 15 août 1945 pour intelligence avec l’ennemi et haute trahison à la dégradation nationale et à la peine de mort, commuée par le général de Gaulle, alors chef du gouvernement provisoire de la République en peine de réclusion à perpétuité.

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