La tour de David regarde vers l’avenir, mais les fouilles réécrivent l’Histoire
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La tour de David regarde vers l’avenir, mais les fouilles réécrivent l’Histoire

Une inscription récemment découverte oblige les archéologues à réévaluer la datation d'une fortification, et une analyse high-tech donne une image du site plus claire que jamais

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Amit Re’em, archéologue du district de Jérusalem à l’Autorité israélienne des antiquités, dirige les archéologues du musée de la Tour de David. (IAA)
    Amit Re’em, archéologue du district de Jérusalem à l’Autorité israélienne des antiquités, dirige les archéologues du musée de la Tour de David. (IAA)
  • Fouilles au musée de la Tour de David de Jérusalem, novembre 2020. (Ricky Rachman)
    Fouilles au musée de la Tour de David de Jérusalem, novembre 2020. (Ricky Rachman)
  • Fouilles au musée de la Tour de David de Jérusalem, novembre 2020. (Ricky Rachman)
    Fouilles au musée de la Tour de David de Jérusalem, novembre 2020. (Ricky Rachman)
  • Un centre d’accueil des visiteurs souterrain sera construit à la place de ces fouilles au pied du musée de la Tour de David de Jérusalem, novembre 2020. (Ricky Rachman)
    Un centre d’accueil des visiteurs souterrain sera construit à la place de ces fouilles au pied du musée de la Tour de David de Jérusalem, novembre 2020. (Ricky Rachman)
  • Des travailleurs creusent un sondage archéologique au musée de la Tour de David dans l'ancienne citadelle de Jérusalem, près de l'entrée de la porte de Jaffa dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 28 octobre 2020. (MENAHEM KAHANA / AFP)
    Des travailleurs creusent un sondage archéologique au musée de la Tour de David dans l'ancienne citadelle de Jérusalem, près de l'entrée de la porte de Jaffa dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 28 octobre 2020. (MENAHEM KAHANA / AFP)
  • Représentation 3D d'un nouvel ascenseur au Musée de la Tour de David de Jérusalem. (Autorisation : les architectes Kimmel Eshkolot)
    Représentation 3D d'un nouvel ascenseur au Musée de la Tour de David de Jérusalem. (Autorisation : les architectes Kimmel Eshkolot)

L’histoire est en cours de réécriture au Musée de la Tour de David de Jérusalem. La découverte récente d’une inscription datée du 13e siècle de notre ère a révisé la datation de la construction d’au moins une partie des murs extérieurs de la citadelle de la Vieille Ville.

Debout dans l’ombre de l’imposante forteresse des Croisés près de la porte de Jaffa, par une journée ensoleillée de novembre, le directeur des fouilles Amit Re’em a décrit au Times of Israel cette occasion unique de plonger dans les mystères enfouis dans et sous la forteresse.

Dans le cadre d’un vaste réaménagement, l’entrée du musée est déplacée de son site actuel à un nouvel emplacement à l’extérieur de la citadelle, plus proche des remparts de la Vieille Ville. Re’em, le chef du district de Jérusalem de l’Autorité israélienne des antiquités, observe les travailleurs prendre des mesures au laser haute technologie afin de retirer une plateforme à canons de l’époque ottomane construite au-dessus d’un fossé comblé de l’époque des Croisés. « C’est comme un vaisseau spatial », a-t-il plaisanté.

Cette interaction insolite entre l’histoire et les gadgets futuristes est précisément la raison de notre visite ce jour-là.

Sous l’ombre de la tour ronde emblématique de la forteresse, Re’em a raconté la découverte passionnante d’une inscription datée trouvée dans le remblai des fondations d’un mur occidental extérieur, ce qui signifie du matériel recyclé à partir d’une utilisation antérieure. (L’inscription n’a pas encore fait l’objet d’une publication scientifique et le Times of Israel n’a pas été autorisé à en publier une photo.)

https://soundcloud.com/the-times-of-israel/toi-2-12-20

« Nous pensions tous que ça datait de l’époque des Croisés, au 12e siècle. C’est inscrit dans les livres ! Mais à présent, depuis que nous avons mené cette fouille, il y a un grand point d’interrogation. Parce qu’ici, nous avons découvert une inscription arabe dans du remblai réutilisé, qui appartenait à l’un des grands dirigeants ayyoubides de Jérusalem nommé El-Melek El-Muatem Isa », a expliqué Re’em.

Jérusalem a été conquise par les Croisés en 1099 et reprise par une dynastie musulmane, les Ayyubides, en 1187. En 1212, la ville était dirigée par le neveu de Saladin, El-Melek El-Muatem Isa, également connu en anglais sous le nom de Al-Mu’azzam Isa.

Selon Re’em, Al-Mu’azzam Isa a érigé les fortifications de Jérusalem vers 1212, « et sur chaque tour il a mis un grand panneau en arabe, “Je suis le grand dirigeant El-Melek El-Muatem Isa” ». À côté de son nom sur cette pierre, il y avait l’année 1212.

Amit Re’em, archéologue du district de Jérusalem, Autorité israélienne des antiquités, au musée de la Tour de David. (IAA)

Il est rare que des archéologues remportent le jackpot d’une inscription datée avec fiabilité. Celle-ci, explique Re’em, révèle également l’état d’esprit du dirigeant musulman, alors qu’il faisait face à l’invasion des forces croisées, qui ont marché sur la ville en 1217.

Re’em raconte que lorsque les Croisés se sont dirigés vers la Terre Sainte, le sultan n’avait pas d’armée permanente disponible à Jérusalem, il a donc décidé de démolir les fortifications de la ville, pensant qu’il serait plus facile de la reprendre après si les Croisés s’en emparaient.

« Alors il a démoli tous ses murs et leurs inscriptions », raconte Re’em, « mais les Croisés ne sont jamais venus à Jérusalem. »

Finalement, les murs ont été reconstruits et la pierre avec son nom et sa date a été réutilisée dans la fondation des murs de fortification occidentale de la citadelle. Elle y est restée depuis des siècles, jusqu’à ce que Re’em et son équipe la trouvent, ce qui permet de réécrire ce que nous pensions savoir sur la citadelle.

« Donc, comme nous avons une date sur l’inscription – 1212 – et que nous l’avons trouvée dans le remblai de fondation de la fortification, cela signifie que la fortification date du 13e siècle, et non du 12e siècle. Nous révisons donc l’Histoire », a déclaré Re’em.

Un centre d’accueil des visiteurs souterrain sera construit à la place de ces fouilles au pied du musée de la Tour de David de Jérusalem, novembre 2020. (Ricky Rachman)

Une technologie de pointe pour exhumer la terre de la citadelle

La découverte de l’inscription n’est qu’une des anecdotes qui font l’originalité de cette structure de pierre grise qui depuis une trentaine d’années sert de musée dédié à l’histoire plurimillénaire de Jérusalem – un projet envisagé par Teddy Kollek, maire de longue date de Jérusalem.

Le projet de rénovation de 40 millions de dollars permettra au musée, situé sur un site archéologique de 2,5 acres, de mettre à jour ses installations. En collaboration avec des conservateurs et des archéologues, deux ascenseurs seront installés, rendant enfin la forteresse à plusieurs étages accessible à tous les visiteurs. Avant la crise du coronavirus, le musée accueillait chaque année plus de 500 000 visiteurs du monde entier. Avec la rénovation, il espère doubler ce chiffre.

Représentation 3D d’un nouvel ascenseur au Musée de la Tour de David de Jérusalem. (Autorisation : les architectes Kimmel Eshkolot)

Au cours des fouilles archéologiques de grande échelle actuellement menées dans le cadre du vaste projet de rénovation de la citadelle, les archéologues utilisent une combinaison de méthodes de fouilles à l’ancienne et de méthodologie ultra-moderne pour découvrir de nouveaux éléments pour préciser la datation de l’ensemble de ses murs – un patchwork historique qui s’étend du règne du roi Ézéchias au 8e siècle avant notre ère jusqu’à la période ottomane.

Bien que les éléments les plus visibles à l’œil nu de la forteresse soient les ajouts médiévaux ultérieurs – par les armées croisées et musulmanes – le site contient des strates archéologiques remontant à l’ère biblique, qui couvrent toutes les époques importantes de la vie de Jérusalem. Dans la cour intérieure, une pile intacte de projectiles balistiques ronds en pierre indique la présence des Hasmonéens. Les vestiges du palais du grand bâtisseur de l’Antiquité, le roi Hérode, seront conservés dans une nouvelle aile hérodienne, abritant le site archéologique excavé du « Kishle ».

Amit Re’em, archéologue du district de Jérusalem, Autorité israélienne des antiquités (à gauche), dirige des archéologues au musée de la Tour de David. (IAA)

Le site a été en grande partie rasé après que les moines de la période byzantine eurent quitté leurs cellules, puis reconstruit et transformé en forteresse au début de la période musulmane. Les Croisés ont apporté plusieurs caractéristiques à ce fort – notamment un fossé sec, dont un côté est actuellement en cours de fouille – puis les Mamelouks lui ont ajouté leurs propres passages secrets et fortifications. Les Ottomans, qui ont gouverné Jérusalem du 16e siècle à l’arrivée de Lord Allenby aux portes de la citadelle en 1917 qui a inauguré la période du mandat britannique, ont continué la construction de la citadelle – dont le remplissage des douves qui sont en train d’être dégagées.

Re’em met à profit l’opportunité de tester de nouvelles méthodes archéologiques de haute technologie pour résoudre les énigmes qui se profilent, notamment la photogrammétrie pour produire une documentation approfondie de la citadelle. Une fois que les archéologues ont effectué une série de mesures et de photographies, la photogrammétrie permet d’obtenir des cartes topographiques précises – et des rendus parfaits en 3D d’objets et d’éléments architecturaux.

L’archéologue de l’Autorité des antiquités d’Israël, Noam Zilberberg, montre certains artefacts découverts lors de récentes fouilles au Musée de la Tour de David de Jérusalem, novembre 2020. (Ricky Rachman)

La datation des différentes parties de la structure est également effectuée par une autre nouvelle technique : la datation au carbone 14 du plâtre de remplissage entre les énormes blocs de construction. Cette méthode de pointe a été récemment utilisée pour dater la construction de l’Arche de Wilson, mais elle n’a jamais été utilisée de manière aussi systématique, a expliqué Re’em.

L’objectif de Re’em est d’analyser tous les murs de la citadelle par datation du mortier au carbone 14.

« Nous ne sommes qu’au début de notre collaboration avec le prestigieux Institut Weizmann », a-t-il déclaré.

« Nous utilisons les sciences exactes », a-t-il déclaré. « Chaque mortier a son propre ADN, une identification spécifique. Chaque période a un ADN différent. »

En analysant le carbone à l’intérieur du mortier et en lui attribuant son propre ADN, « nous créons une nouvelle technologie de datation pour les archéologues », a-t-il déclaré. « Cela n’a jamais été fait sur le bâtiment médiéval de Jérusalem… Ici, dans la citadelle, nous avons cette opportunité et c’est un projet révolutionnaire. »

Au cours de longues discussions avec le Times of Israel, Re’em, dont l’expertise est l’archéologie médiévale de Jérusalem, a l’allure d’un homme dont le « bébé » obtient enfin la reconnaissance.

Rénovation et conservation du musée de la Tour de David de Jérusalem, novembre 2020. (Ricky Rachman)

« Dans le passé, l’archéologie de la période biblique avait davantage de prestige », a-t-il dit. Ce n’est qu’au cours de la dernière décennie que l’Autorité israélienne des antiquités et d’autres archéologues de Jérusalem ont commencé à se pencher en profondeur sur l’histoire médiévale de Jérusalem.

« Dans une certaine mesure, la période médiévale de Jérusalem a été négligée », a-t-il déclaré. « Mais plus maintenant. Et l’exploration de la citadelle sera l’apogée des recherches sur la Jérusalem médiévale – avec des outils technologiques avancés. »

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