Labour : les juifs divisés sur l’adoption de la définition de l’antisémitisme
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Labour : les juifs divisés sur l’adoption de la définition de l’antisémitisme

Le Labour Friends of Israel et le Labour Against Anti-Semitism fustigent l'ajout de la clause ; le Board of Deputies salue une "bonne" décision

Le parti travailliste, principale formation d’opposition au Royaume-Uni, a complété mardi la définition de l’antisémitisme qu’il avait adoptée en juillet, et qui avait valu à sa direction, jusqu’à son chef Jeremy Corbyn, de multiples accusations.

Mi-juillet, le Comité exécutif national (NEC), l’organe dirigeant du parti, avait adopté la définition de l’antisémitisme élaborée par l’Alliance internationale pour le souvenir de l’Holocauste (IHRA), mais avait rejeté quatre critères sur onze qui accompagnent cette définition et établissent les comportements considérés comme discriminatoires.

Le NEC craignait que l’adoption de tous ces exemples ne limitent la liberté de critiquer l’État d’Israël.

« Le NEC a adopté aujourd’hui tous les exemples de l’antisémitisme, qui s’ajoutent à la définition de l’IHRA », a annoncé un porte-parole du Labour.

Parmi ces exemples de comportements jugés antisémites par l’IHRA, et désormais partagés par le Parti travailliste, figurent le fait « d’accuser un citoyen juif d’être plus loyal à Israël qu’à son pays », de « nier au peuple juif son droit à l’autodétermination » ou encore « d’établir des comparaisons entre la politique israélienne contemporaine et celle des nazis ».

Le NEC a également adopté « une déclaration qui garantit que cela ne pourra en aucune manière limiter la liberté d’expression sur Israël et les droits des Palestiniens », a précisé le porte-parole.

« Deux pas en avant, un pas en arrière », a commenté la députée travailliste juive Margaret Hodge. « Pourquoi diluer l’adoption bienvenue de la définition de l’IHRA de l’antisémitisme avec une réserve superflue », s’est-elle interrogée sur Twitter, en référence à la déclaration additionnelle sur la liberté d’expression.

Un député du parti conservateur, James Cleverly a accusé Corbyn de faire partie du problème de l’antisémitisme du Labour, et non de la solution.

Le groupe Labour Friends of Israel a fustigé le parti et Corbyn pour la clause ajoutée.

« C’est scandaleux que le parti du Labour ait, une fois de plus, ignoré clairement les positions maintes fois réaffirmées par la communauté juive : il doit adopter la pleine définition de l’IHRA, sans ajouts, ni omissions ni mises en garde », a déclaré la directrice Jennifer Gerber dans un communiqué.

« Une clause sur la « liberté d’expression sur Israël » est inutile et sape les autres exemples que le parti aurait tout juste adoptés. Le Labour semble déterminé à créer un espace de parole pour les antisémites. Cette décision est le triste reflet de la direction de Jeremy Corbyn et de la culture qu’il a instillée dans le parti », a-t-elle ajouté.

Le groupe Labour Against Anti-Semitism a fait part de sa déception et a ajouté que la clause ajoutée « donnait aux racistes du parti une carte ‘sortie de prison' » et qu’il « ne peut y avoir ni mises en garde, ni conditions ni compromis avec le racisme ».

LAAS Comment on Today's NEC Meeting: “There can be no caveats, no conditions and no compromises with racism”We are…

Posted by Labour Against Antisemitism on Tuesday, 4 September 2018

Le Jewish Leadership Council a également condamné l’ajout de la clause, qu’il a qualifié de tentative visant à « saper honteusement » la définition exhaustive de l’IHRA.

« Le Labour considère qu’il est autrement plus important de protéger la liberté d’expression de ceux qui haïssent Israël que de protéger la communauté juive des vraies menaces qui pèsent sur elle », a déclaré le groupe dans un communiqué.

Pour sa part, le Board of Deputies of British Jews a réagi positivement à cette décision mais a tout de même demandé à Corbyn d’adopter des mesures strictes et de présenter des excuses pour ses agissements passés.

« La décision du NEC est la bonne », a réagi Marie van der Zyl, présidente du Board of Deputies of British Jews, une des principales organisations représentant la communauté juive au Royaume-Uni.

« Il est regrettable que les Travaillistes aient perdu tout un été à essayer de dicter aux juifs ce qui constitue un délit contre eux », a-t-elle ajouté.

L’adoption de la définition « est un bon début », et « nous devons voir que des mesures strictes soient prises contre les antisémites et ceux qui discréditent le parti en niant le problème de l’antisémitisme ».

« Le Labour doit résoudre deux affaires : faire preuve de transparence dans ses méthodes disciplinaires d’une part, et d’autre part, s’attaquer à la culture du problème de l’antisémitisme et introduire une éducation et une formation », poursuit le communiqué.

Le Congrès juif mondial a estimé que cette décision était « un pas dans la bonne direction », tout en soulignant que « cela ne suffira pas à gérer les cas d’antisémitisme qui ont porté atteinte au cœur de sa relation avec la communauté juive britannique ».

L’adoption partielle par le Labour des exemples de l’IHRA avait valu au parti de multiples attaques d’antisémitisme au cours de l’été.

Trois journaux juifs britanniques, le Jewish Chronicle, le Jewish News et le Jewish Telegraph, avaient notamment accusé Jeremy Corbyn de poser « une menace existentielle » à la communauté juive.

Jeremy Corbyn avait reconnu que sa formation avait un « réel problème » d’antisémitisme en son sein tout en assurant que « restaurer la confiance » avec la communauté juive était sa priorité.

Cette polémique a encore accentué les divisions au sein du parti entre les partisans de Corbyn, chantre de la gauche radicale, et les tenants d’une ligne plus centriste.

Mardi matin, une cinquantaine de personnes ont manifesté devant le siège du Labour pour demander à la direction du parti de ne pas adopter dans son intégralité la définition de l’antisémitisme de l’IHRA.

Manifestation devant les quartiers généraux du Labour, à Londres, le 4 septembre 2018. (Crédit : AFP PHOTO / Daniel LEAL-OLIVAS)

Face à ce rassemblement, une contre-manifestation avait réuni une dizaine de personnes dont certaines brandissaient des drapeaux israéliens.

Manifestation devant les quartiers généraux du Labour, à Londres, le 4 septembre 2018. (Crédit : AFP PHOTO / Daniel LEAL-OLIVAS)
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