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L’administration Biden aurait poussé Abbas à renoncer à la poursuite à la CPI

L' AP a jusqu'à présent refusé d'abandonner l'idée d'une enquête internationale sur Israël, disant que c'est un des rares moyens non-violents dont elle dispose

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, rencontre le secrétaire d'État américain Antony Blinken, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 25 mai 2021. (AP Photo/Majdi Mohammed, Pool)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, rencontre le secrétaire d'État américain Antony Blinken, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 25 mai 2021. (AP Photo/Majdi Mohammed, Pool)

De hauts-responsables de l’administration Biden ont, en privé, demandé au président de l’Autorité palestinienne et notamment à son président Mahmoud Abbas de renoncer à l’initiative prise par Ramallah de faire juger Israël pour crimes de guerre devant la Cour pénale internationale, a déclaré un responsable de la diplomatie moyen-oriental au Times of Israël, jeudi.

En public, les États-Unis ont émis des communiqués s’opposant « fermement » à la décision prise par la CPI, au mois de mars, d’ouvrir une enquête sur les actions commises par l’État juif et par les groupes terroristes palestiniens en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est depuis 2014.

L’administration Biden – tout comme la précédente, celle du président américain Donald Trump – affirme que la cour n’a pas la compétence nécessaire pour juger ce dossier parce qu’Israël, comme les États-Unis, ne sont pas signataires du Statut de Rome qui avait créé la CPI.

De plus, Washington soutient qu’il n’y a pas d’État palestinien souverain et que les Palestiniens ne peuvent pas devenir adhérents de la CPI, pas plus qu’ils ne peuvent déléguer une compétence en leur nom au tribunal de La Haye. La CPI enquête aussi sur des crimes de guerre présumés en Afghanistan, qui ont été commis par les forces afghanes, les Talibans et les militaires américains.

Toutefois, l’administration Biden a révoqué, au mois d’avril, les sanctions appliquées par l’administration Trump à l’encontre de Fatou Bensouda, la procureure de la CPI à l’origine de l’enquête sur « la situation en Palestine », ainsi qu’à l’encontre de l’un de ses conseillers.

Les États-Unis se sont abstenus d’appeler publiquement Abbas à enlever sa plainte contre Israël, une plainte qui avait été déposée en 2015. Il est toutefois difficile de savoir de quelle autorité dispose le président de l’AP pour stopper la procédure, la décision de lancer des investigations ayant d’ores et déjà été prise par la cour.

Fatou Bensouda, procureur générale de la Cour pénale internationale, à l’ouverture de l’année judiciaire de la Cour avec une session extraordinaire au siège de la Cour à La Haye, le 23 janvier 2020. (Autorisation : CPI)

Néanmoins, des responsables de l’administration Biden ont à plusieurs reprises poussé Abbas et d’autres éminentes personnalités de l’AP à renoncer à l’enquête de la CPI, affirmant qu’elle nuira à la perspective d’un processus de paix à deux États et qu’elle singularise Israël, a continué le diplomate moyen-oriental.

Abbas, de son côté, a refusé jusqu’à présent, affirmant qu’il a le droit de poursuivre cette enquête et que cette dernière est l’une des rares cartes non-violentes dont il dispose contre l’État juif, a noté le diplomate. Renoncer à ces investigations de la CPI serait aussi une initiative très impopulaire auprès des Palestiniens à un moment où le président de l’AP affronte déjà une crise de légitimité sévère.

Le Premier ministre Naftali Bennett a expliqué, la semaine dernière, qu’il ne rencontrerait pas Abbas en raison de la décision prise par ce dernier de traduire le pays devant les juges de la Haye. Il a ajouté qu’il s’opposait également à toute négociation avec le leader de l’Autorité palestinienne concernant un potentiel état palestinien.

Mahmoud Abbas, (à gauche), et Joe Biden après leur rencontre dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, mercredi 10 mars 2010. (AP/Bernat Armangue)

Une source palestinienne bien placée a confirmé que les responsables de l’administration Biden avaient évoqué la possibilité du retrait de la plainte au début de l’année, ajoutant que les pressions ont beaucoup diminué plus récemment – les États-Unis attendant l’adoption par le nouveau gouvernement israélien d’un budget au début du mois de novembre. S’il devait échouer à faire approuver ce budget, le parlement serait immédiatement dissous et de nouvelles élections seraient organisées.

« Ils ne peuvent pas seulement demander des choses aux Palestiniens sans rien demander aux Israéliens », a expliqué la source.

Cette source a semblé faire référence à la volonté affichée par l’administration Biden de mettre en suspens son projet de réouverture d’un consulat américain à Jérusalem – qui servira de mission de facto pour les Palestiniens – jusqu’à l’adoption du budget par la coalition naissante de Bennett.

La Maison Blanche a aussi reconnu devant ses homologues israéliens qu’elle ne pouvait pas demander de gestes trop forts à l’égard des Palestiniens pour ne pas risquer de renverser le gouvernement politiquement diversifié à Jérusalem, ont déclaré des officiels américains et israéliens au Times of Israël.

Par ailleurs, l’administration Biden a vivement recommandé à l’AP de réviser son système d’aide sociale qui comprend des allocations versées aux détenus palestiniens qui ont tué des Israéliens, ainsi qu’aux familles des terroristes tués pendant qu’ils commettaient un attentat.

Mais sur cette question également, l’administration Biden a réduit la pression exercée sur l’AP dans l’attente de l’approbation du budget, a continué la source palestinienne bien placée.

Le département d’État américain n’avait pas répondu à la demande de réaction du Times of Israël au moment de l’écriture de cet article.

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