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ArchéologieLutter contre la désertification avec une technique disparue

L’agriculture sur sable serait née sur les côtes de Césarée il y a plus de 1 000 ans

Un système pionnier de culture agricole sur le sable a vu le jour vers l’an 900, à base de parcelles et de bermes, construits en recyclant des déchets

Un rendu de ce à quoi les archéologues pensent que la ferme de sable ressemblait pendant sa production il y a environ 1 000 ans (Crédit : Autorisation Yaakov Shmidov/Autorité israélienne des Antiquités)
Un rendu de ce à quoi les archéologues pensent que la ferme de sable ressemblait pendant sa production il y a environ 1 000 ans (Crédit : Autorisation Yaakov Shmidov/Autorité israélienne des Antiquités)

Les rives de Césarée sont aujourd’hui connues pour leurs terrains de golf verdoyants et leurs hôtels de luxe. Mais d’après les archéologues, un système complexe d’exploitation maraîchère aurait été mis en place, il y a plus de 1 000 ans, sur les plages sablonneuses de la côte de Césarée.

Selon des chercheurs de l’université Bar-Ilan et de l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA), cette exploitation agricole de 1,5 kilomètre carré, située au sud de Césarée, est sans doute la première au monde à avoir été aménagée en milieu aride, après plus d’un million de jours de travail.

Les « Jardins de Césarée » se présentaient sous la forme d’un gigantesque damier de bermes faits de sable et de déchets industriels.

Selon le professeur Joel Roskin, géomorphologue et archéologue paysagiste à l’université Bar Ilan, elle est riche d’enseignements pour les agriculteurs modernes, confrontés à la désertification, sur la culture par climat chaud dans des environnements sablonneux.

Roskin a effectué des fouilles sur le site de Césarée avec le Dr. Itamar Taxel, chef du service des poteries à l’IAA.

Créée au Xe siècle de notre ère, l’exploitation a été abandonnée en 1140, au moment du déferlement des Croisés, explique Roskin.

Roskin et Taxel ont effectué des fouilles dans le système de bermes en damier, qui mesuraient en moyenne 4 mètres de haut et 20 mètres de long, et formaient un réseau de quelque 370 parcelles agricoles séparées.

Chacune de ces parcelles comportait de la terre enrichie, et non du sable. Les bermes ont été construites avec les déchets de l’époque, à savoir du marbre cassé, des pièces de monnaie et des détritus, des pierres fissurées ou des morceaux de poterie et de verre provenant de Césarée.

Le tracé de la « parcelle et de la berme » est encore visible aujourd’hui, près de 1 000 ans plus tard.

« Il est tout à fait remarquable que quelqu’un ait construit quelque chose sur la plage et que cela ait tenu 1 000 ans », confie Roskin.

« Il s’agit là d’une méthode ingénieuse qui permettait de recycler les déchets des décharges de la ville voisine, d’enrichir le sol, développer l’ingénierie du sol et des bermes, et exploiter les eaux souterraines », ajoute-t-il.

Un million de jours de travail pour construire la ferme

Les jardins de Césarée ont été découverts dans les années 1940 et partiellement fouillés en 1973 et 1974 par Yosef Porat, de l’Autorité israélienne des Antiquités.

Il existe des fermes semblables près de la plage de Palmachim, mais elles ont presque toutes été détruites par les activités militaires de la base de Palmachim située à proximité. Un autre site de parcelles et de talus, près de la plage de Zikim, à proximité d’Ashkelon, n’a pas encore fait l’objet de recherches approfondies.

La base de ce que les archéologues pensent être une tour de garde sur le site archéologique de Caesarea Gardens. (Crédit : Autorisation d’Itamar Taxel/IAA)

Entre 2020 et 2023, l’équipe de Roskin et Taxel a fouillé les jardins de Césarée, et notamment un certain nombre de structures sur le site, parmi lesquelles une tour de garde, un entrepôt et des résidences pour les travailleurs agricoles saisonniers. Des chercheurs de l’Université de Haifa et du Service géologique d’Israël ont participé aux fouilles, financées par la Fondation Gerda Henkel et la Israel Science Foundation.

Le système de parcelles et de bermes a nécessité un remaniement complet des dunes basses sur une surface importante, et la quantité de sable déplacée lors de la construction de la parcelle agricole a nécessité des milliers de travailleurs. Roskin et Taxel estiment qu’il a fallu environ un million de journées de travail pour créer les jardins de Césarée.

Un gros plan de ce à quoi les archéologues pensent que la ferme de sable ressemblait lors de sa production il y a environ 1 000 ans (Crédit : Autorisation de Yaakov Shmidov/Autorité israélienne des Antiquités)

« Comme nous n’avons trouvé aucune preuve de l’existence de cultures importantes dans le sable, où que ce soit dans le monde, avant ce système, il s’agit, à notre avis, du premier projet important de culture et production agricole en milieu aride dans toute l’histoire de l’humanité », déclare Roskin.

Un projet d’infrastructure d’une telle ampleur a vraisemblablement été initié par le gouvernement, mais les archéologues ne savent toujours pas pourquoi les autorités ont choisi de créer une exploitation agricole dans le sable, ni ce qui y était alors cultivé.

« Une des hypothèses est qu’il existait un type de culture adapté à ce type d’environnement, mais jusqu’à présent, nous n’avons rien trouvé dans les textes islamiques et arabes », explique Roskin.

D’autres communautés établies sur les terres de l’ancien Israël, parmi lesquelles les Bédouins, cultivaient des vignes et des arbres fruitiers dans des environnements sablonneux, mais sans enrichir le sol ni construire de bermes.

Roskin et Taxel n’ont pas découvert de résidus archéobotaniques ou de restes des cultures, et ne sont donc pas sûrs de ce qui était cultivé sur cette exploitation.

Il est peu probable de trouver des vestiges botaniques en raison de l’environnement sablonneux, précise Roskin.

Ils n’ont pas non plus trouvé de racines d’arbres ou de vignes, plus susceptibles d’avoir traversé le temps. Ils pensent donc que la ferme était utilisée pour la production de légumes plutôt que comme un verger ou vignoble.

Pourquoi cultiver ici ?

En février, Roskin et Taxel ont accueilli à l’université Bar-Ilan des dizaines d’archéologues qui étudient les débuts de l’agriculture dans le Levant, afin de tenter de comprendre pourquoi les jardins de Césarée ont été construits et ce qui aurait pu y être cultivé.

Un rendu de ce à quoi les archéologues pensent que la ferme de sable ressemblait pendant sa production il y a environ 1 000 ans (Crédit : Autorisation Yaakov Shmidov/Autorité israélienne des Antiquités)

Bien que la construction de l’agrosystème de parcelles et de bermes ait demandé un effort herculéen, il existe plusieurs raisons expliquant les avantages de l’agriculture sur la plage.

La nappe d’eau douce ne se trouve qu’à environ un mètre sous la surface et reste relativement stable tout au long de l’année. Cet accès constant à l’eau aurait permis d’allonger la période de végétation des cultures.

La plupart des autres exploitations agricoles à grande échelle de l’époque dépendaient de l’eau de surface provenant des cours d’eau hivernaux ou des pluies recueillies, ce qui était problématique pour l’agriculture lors des mois les plus chauds.

L’agriculture dans des régions comme les collines de Jérusalem, qui disposent de plus d’eau de surface, a nécessité des efforts sur plusieurs générations pour débarrasser le sol des roches et créer des terrasses, et la topographie n’a pas facilité l’exploitation de grandes fermes.

Un four sur le site de Caesarea Garden était probablement utilisé pour chauffer le calcaire et créer de la chaux, qui était utilisée pour améliorer le sol. (Crédit : Autorisation de l’université Bar-Ilan)

Selon Roskin, le tracé entrecroisé des bermes de sable a permis de réduire l’érosion éolienne et a peut-être même contribué à élever légèrement la température des parcelles, créant ainsi un effet de serre, salutaire en hiver.

Selon Roskin, Césarée, aux Xe et XIe siècles, n’était pas en difficulté et ne cherchait pas désespérément d’autres sources de revenus. A la connaissance des historiens, il n’y a pas eu d’événement particulier susceptible d’avoir forcé le gouvernement à chercher une méthode d’agriculture pionnière et entreprendre un projet d’infrastructure d’une telle envergure.

Ils pensent plutôt que les agriculteurs de l’époque ont dû trouver des avantages à cultiver dans le sable, comme par exemple la prévention des champignons végétaux ou d’autres parasites, grâce à un meilleur drainage que dans un sol normal.

Les agriculteurs des jardins de Césarée ont enrichi le sable avec des matériaux tels que du fumier, de la chaux et des déchets organiques pour créer un « anthrosol », c’est-à-dire un sol fortement modifié par l’activité humaine.

Le parc national de Césarée, situé à quatre kilomètres au nord des jardins de Césarée, est le parc national le plus visité d’Israël, selon l’Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA).

Plus de 670 000 personnes s’y sont rendues en 2022, soit une hausse de 76 % par rapport à 2021. Le site a accueilli 200 000 visiteurs étrangers et près d’un demi-million d’Israéliens l’an dernier.

Faire fleurir le sable

La pratique de l’agriculture en terrasses dans le sable a commencé en Israël mais s’est répandue avec l’expansion islamique dans la Bande de Gaza, la péninsule du Sinaï le long de la côte méditerranéenne, le Sahara, et plus tard la côte atlantique de la péninsule ibérique.

L’agroécosystème des parcelles et des talus, qui remonte aux XVe et XVIIIe siècles en Espagne et au Portugal, est encore utilisé aujourd’hui à petite échelle dans le nord-ouest du Portugal. La pratique des fermes de sable de type masseira ou gamela au Portugal est en voie de disparition.

Cependant, ces fermes, où l’on cultive notamment des pastèques et des courges, peuvent aider les archéologues à comprendre quels légumes poussent bien et quelle quantité une exploitation comme celle-ci peut produire, explique Roskin.

Le professeur Joel Roskin, géomorphologue et archéologue paysagiste à l’université de Bar Ilan. (Crédit : Université de Bar Ilan)

Il espère qu’un jour, les gens reviendront cultiver les jardins de Césarée, afin d’en apprendre davantage sur les techniques agricoles anciennes et sur les différentes façons de produire des aliments dans les environnements désertiques difficiles.

« L’année prochaine, nous travaillerons avec des agronomes car nous voulons voir s’il existe un potentiel de rentabilité pour l’agriculture écologique sur ce site », dit-il.

Les chercheurs veulent savoir si la ferme était rentable au Xe siècle et si elle pourrait encore produire des récoltes importantes aujourd’hui.

Roskin pense que la plage de Césarée pourra un jour accueillir un jardin communautaire, à l’instar de la ferme pédagogique du site de Sataf, dans les collines de Jérusalem, qui recrée les pratiques de l’agriculture de montagne antique.

« Nous devons continuer à faire connaître ces systèmes traditionnels et réfléchir à la manière dont ils peuvent s’adapter à la situation actuelle ou future [liée au dérèglement climatique] », ajoute-t-il.

Itamar Taxel, de l’Autorité israélienne des Antiquités, sur le site archéologique des jardins de Caesara. (Crédit : Université Bar Ilan)

Tout le monde peut visiter les jardins de Césarée, situés juste derrière la station-service Yellow Paz à Césarée.

Les principales structures excavées ces dernières années ont été recouvertes de sable pour les préserver et les protéger, mais les bermes sont toujours visibles.

Il espère que ceux qui verront cette ferme millénaire creusée dans les dunes de sable s’inspireront de cet exemple d’agriculture dans un lieu improbable et de la façon dont les humains transforment les lieux où ils vivent et travaillent depuis des milliers d’années.

Bien que les jardins de Césarée aient été l’un des premiers exemples d’aménagement du front de mer, Roskin souhaite inciter les gens à « tout faire pour préserver les paysages locaux et la végétation, et les protéger du développement », conclut-il.

« Cela montre ce qu’il est possible de faire avec ce qui était considéré comme un paysage stérile. »

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