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L’albâtre des baignoires de Hérode le Grand provenait d’Israël

Une étude scientifique a exclu les carrières égyptiennes et montre que l'industrie de l'époque, en Terre sainte, était potentiellement plus développée que cela a pu être présumé

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • La baignoire en albâtre calcaire du roi Hérode dans la forteresse de Kypros. (Crédit : Prof. Amos Frumkin, The Hebrew University of Jerusalem)
    La baignoire en albâtre calcaire du roi Hérode dans la forteresse de Kypros. (Crédit : Prof. Amos Frumkin, The Hebrew University of Jerusalem)
  • Ayala Amir dans la grotte de Teomim, avec des traces d'activités d'extraction visibles sur le murs et sur le sol. (Crédit : Prof. Boaz Zissu, Bar-Ilan University)
    Ayala Amir dans la grotte de Teomim, avec des traces d'activités d'extraction visibles sur le murs et sur le sol. (Crédit : Prof. Boaz Zissu, Bar-Ilan University)
  • La grotte de Teomim et la carrière à droite. (Crédit : Ayala Amir, Bar-Ilan University)
    La grotte de Teomim et la carrière à droite. (Crédit : Ayala Amir, Bar-Ilan University)

Hérode le Grand était un constructeur connu pour ses projets colossaux et pour son exigence. Et s’il avait aménagé ses palais, il y a 2 000 ans, avec les matériaux les plus raffinés qui existaient dans l’ancien monde, il était aussi un homme pragmatique, comme le montre une nouvelle étude qui a été publiée dans le journal Scientific Reports.

Au cours des dernières décennies, deux baignoires en albâtre luxueuses avaient été découvertes lors de fouilles réalisées dans les palais de Hérode en Israël – la forteresse de Kypros, à côté de Jéricho et le palais de Hérodion, situé au sud de Jérusalem. D’un poids qui serait de 1,5 tonne métrique chacune, selon les estimations, les scientifiques avaient cru, jusqu’à présent, que ces baignoires provenaient d’Égypte – le pays qui était largement considéré comme la meilleure source d’albâtre calcaire à l’époque.

Toutefois, des recherches dirigées par Ayala Amir, étudiante en doctorat, pour sa thèse de maîtrise démontrent dorénavant que Hérode avait une carrière digne d’un souverain dans son propre royaume – dans la grotte Teomim d’Israël.

Dans l’étude, intitulée « Étude de la provenance des baignoires en albâtre calcaire de Hérode le Grand grâce à une approche multianalytique », Amir a analysé la décomposition chimique de la pierre utilisée et le type de roche qui était trouvée dans les carrières israélienne et égyptienne dans l’ancien temps. Elle a ensuite fait une comparaison avec les baignoires.

Il a été découvert récemment que la grotte de Teomim, située sur les versants occidentaux des collines de Jérusalem, à côté de la ville qui est aujourd’hui Beit Shemesh, avait été une carrière d’albâtre calcaire dont l’activité avait remonté à l’an 1500 avant l’ère commune au minimum.

Les études ont révélé des traces d’activités d’extraction sur les murs et sur le sol de la grotte et de la carrière : « Parmi les éléments découverts, des ‘clichés’ après l’extraction de bloc d’albâtre calcaire, des blocs d’albâtre calcaire qui ont été laissés en place en raison de fissures ou de défauts dans la roche, et des rainures parfois peu profondes laissées dans l’albâtre après le prélèvement d’un bloc », ont écrit les auteurs.

Ayala Amir dans la grotte de Teomim, avec des traces d’activités d’extraction visibles sur le murs et sur le sol. (Crédit : Prof. Boaz Zissu, Bar-Ilan University)

Amir, qui termine actuellement son doctorat à l’université de Tel Aviv, a écrit sa thèse de maîtrise au département d’études et d’archéologie des terres d’Israël Martin (Szusz) de l’université Bar Ilan, sous la supervision des professeurs Boaz Zissu et Prof. Aren M. Maeir, et sous l’autorité également du professeur Amos Frumkin, du département des Sciences de la terre de l’université hébraïque.

Toutefois, Amir a réalisé que personne, parmi ses illustres mentors, ne pratiquait la chimie pour l’aider à terminer la série de tests analytiques qu’elle avait alors à l’esprit. Et elle s’est rapidement tournée vers son père, le professeur Amnon Albeck, qui travaille au département de chimie de l’université Bar-Ilan, profitant de son expérience – et de son laboratoire – pour mener à bien ses recherches.

Amir a raconté au Times of Israel que son père, tout comme elle, est fasciné par l’histoire et l’archéologie et qu’il s’est réjoui d’avoir l’opportunité de peut-être trouver l’origine de l’albâtre utilisé pour les baignoires en Terre sainte.

Vue aérienne de Herodium, site de l’ancien palais du roi Hérode et qui accueille aussi le tombeau de ce dernier, dans le désert de Judée, près de Bethléem, le 24 novembre 2020. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

L’étude a impliqué quatre méthodes d’analyse pour déterminer la provenance des fragments de roche : ainsi, Amir a utilisé l’analyse par spectrométrie à plasma à couplage inductif (ICP) et la spectroscopie infrarouge (IR) ; elle a mené des expériences de spectroscopie RMN à l’état solide de rotation à l’angle magique (SSNMR) et a procédé à une analyse de rapport isotopique stable pour déterminer leur composition et leur structure cristalline. « Les quatre méthodes analytiques utilisées dans cette étude ont apporté des résultats cohérents, des résultats qui distinguent très clairement l’albâtre calcaire israélien de l’albâtre calcaire égyptien », ont écrit les auteurs.

« Nous avons reçu deux échantillons des baignoires de Hérode et il s’est avéré qu’ils étaient ‘Israéliens’ sans aucun doute possible », dit Amir.

Les archéologues, jusqu’à présent, pensaient que la provenance principale de l’albâtre calcaire le plus raffiné à cette période-là était l’Égypte, même s’il y avait aussi des carrières connues en Algérie et en Turquie, explique Amir.

« Nous savons que les artéfacts fabriqués en Égypte étaient importés en Israël et nous pensions que la principale source d’albâtre calcaire, dans le pays, était l’Égypte… Dans notre étude, nous avons voulu vérifier pour la toute première fois si les deux baignoires étaient bien égyptiennes », indique-t-elle.

Alors qu’il lui est demandé si le poids des deux baignoires – qui font 1,5 tonne métrique chacune – peut faire penser à une fabrication locale, elle explique que, si c’est peut-être le cas, « nous savons aussi que des choses très lourdes pouvaient être importées en Israël. » Et pour Hérode, il semble que la qualité de la pierre ait pu être déterminante.

Hérode (Wikimedia Commons)

Alors la pierre « israélienne » est-elle parmi les meilleures ?

« Je pense qu’elle est de bonne qualité », dit Amir en riant. « On n’a pas vraiment regardé beaucoup d’autres objets de ce type, mais il semble qu’ils soient d’excellente qualité et si Hérode le Grand les a utilisés et que cela lui a paru suffisamment bon pour lui et pour ses palais, c’est que la pierre devait être presque aussi raffinée – ou aussi raffinée – que l’albâtre égyptien ».

Parmi les prochaines étapes, l’analyse d’autres artéfacts archéologiques issus de l’albâtre calcaire « pour pouvoir avoir une image plus large et plus importante de l’industrie locale dans les temps anciens », déclare-t-elle. « L’idée de cette recherche, c’est de l’élargir dans un second temps à d’autres artéfacts archéologiques. »

Amir dit que « l’approche multidisciplinaire qui a été adoptée dans cette étude fournit des informations à la fois sur la composition et sur la structure cristalline de l’albâtre calcaire, et elle est importante pour mieux comprendre et interpréter les découvertes archéologiques ».

Et la conclusion portant sur l’existence d’une industrie d’une telle qualité dans le royaume de Hérode change déjà tout ce qui avait pu être pensé auparavant par les chercheurs.

« Le fait que les deux baignoires proviennent d’une carrière israélienne et non égyptienne, comme on aurait pu malgré tout le croire en raison de la grande qualité de la pierre, est une surprise spectaculaire parce que cela signifie que Hérode le Grand avait utilisé une production locale et que l’industrie de l’albâtre calcaire, en Judée, dans la seconde moitié du premier siècle avant l’ère commune, était suffisamment développée et d’une qualité suffisamment élevée pour servir les goûts luxueux de Hérode, l’un des constructeurs les plus exigeants parmi les rois de cette période », explique Maeir.

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