L’appel au réveil d’Itzik Saidyan à Israël
Rechercher
Opinion

L’appel au réveil d’Itzik Saidyan à Israël

Le passage radical de Yom HaZikaron à Yom HaAtsmaout n'est pas automatique. Il requiert respect, attention et considération pour ceux dont la vie a été brisée pour nous protéger

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Itzik Saidyan, vétéran de l'armée israélienne souffrant de troubles du stress post-traumatique. (Facebook)
Itzik Saidyan, vétéran de l'armée israélienne souffrant de troubles du stress post-traumatique. (Facebook)

Israël ne peut pas avoir l’un sans l’autre.

Nous marquons Yom HaZikaron, en rendant hommage aux êtres chers qui ont perdu la vie pour que ce pays survive, et puis, avec un bouleversement indescriptible de nos mécanismes nationaux, nous passons en un instant à Yom HaAtsmaout, célébrant le fait extraordinaire de notre survie, de notre épanouissement, dans cette région ensanglantée.

Nous ne pouvons pas avoir l’un sans l’autre. Mais cette année, alors que notre nation juive ressuscitée fête ses 73 ans, nous sommes confrontés à l’incapacité d’honorer, d’aider et de protéger comme il se doit la vie de nos proches qui ne sont pas morts en nous défendant, mais qui l’ont quand même perdue.

Lundi, Itzik Saidyan, 26 ans, vétéran de la guerre de 2014 contre le Hamas, s’est immolé devant un bureau du ministère de la Défense chargé de la réhabilitation des soldats blessés. Il est toujours hospitalisé dans un état critique.

Saidyan, qui a déclaré que sept de ses frères d’armes ont été tués autour de lui alors qu’il combattait avec la brigade Golani dans la féroce bataille de Shuja’iyya – une « forteresse terroriste » du Hamas dans la ville de Gaza où convergeaient des tunnels et d’où étaient concentrés les tirs de roquettes sur Israël – avait été diagnostiqué comme souffrant de SSPT [Trouble de stress post-traumatique] et reconnu handicapé. Mais il a passé des années à affronter le ministère de la Défense, qui insistait, pour des raisons financières, sur le fait qu’une partie de son état était due à son enfance plutôt qu’à un traumatisme militaire. Les bureaucrates du ministère « l’ont traité comme un escroc qui essaie de tromper le pays », a déploré un ami proche lundi soir.

L’ami a raconté à la télévision israélienne les difficultés de Saidyan à s’adapter à la vie civile et a déclaré qu’il avait « des accès de rage et des querelles, un passé rempli de [divers] emplois et d’appartements » mais qu’il « trouvait du réconfort dans le surf ».

Au lendemain de l’acte de désespoir de Saidyan, le groupe de soutien Natal pour les vétérans de l’armée israélienne luttant contre les traumatismes a vu une explosion de 300 % des appels à l’aide, la plupart provenant de soldats ayant participé à l’opération Bordure protectrice de 2014.

Le terrible geste de Saidyan, qui a consisté à s’asperger de liquide inflammable et à s’immoler par le feu, a poussé les hauts gradés à reconnaître tardivement que l’armée l’avait laissé tomber. « C’est notre responsabilité », a déclaré à maintes reprises le directeur général du ministère de la Défense, affirmant que Saidyan avait lancé « un appel au réveil » qui serait entendu, promettant des commissions d’enquête, des changements de politique, des leçons qui seront tirées. Le chef d’état-major de Tsahal a rendu visite à Saidyan à l’hôpital, a rencontré sa famille et a cherché à la réconforter. Le président, le Premier ministre et le ministre de la Défense ont chacun exprimé leur choc et ont prié pour son rétablissement.

Au lendemain de l’acte de désespoir de Saidyan, le groupe de soutien Natal pour les vétérans de l’armée israélienne luttant contre les traumatismes a enregistré une augmentation de 300 % des appels à l’aide, la plupart provenant de soldats ayant participé à l’opération Bordure protectrice de 2014, un conflit meurtrier de sept semaines qui comprenait une vaste opération terrestre de l’armée israélienne dans les ruelles et tunnels traîtres de Gaza, contrôlés par le Hamas. Seuls quelque 200 Israéliens ayant participé à cette guerre ont été officiellement reconnus comme souffrant de SSPT, a indiqué mardi soir un reportage de la télévision israélienne ; le nombre de personnes réellement touchées serait beaucoup, beaucoup plus élevé.

L’ampleur de l’échec de l’establishment israélien de la sécurité, et du défi qu’il a longtemps négligé, est cependant encore plus vaste.

À la fin de leur service obligatoire, nos jeunes hommes et femmes, y compris ceux qui ont directement risqué leur vie au combat, sont régulièrement renvoyés à leur vie civile sans diagnostic ni traitement des dommages psychologiques qu’ils ont pu subir, c’est-à-dire sans évaluation obligatoire de fin de service, sans contrôles ultérieurs et sans soutien approprié.

Israël, pays innovant et prospère, leader mondial extraordinaire dans de nombreux domaines, arrache la plupart de ses jeunes hommes et femmes à leur vie, suspendant de force leur éducation, leur carrière et leur interaction sociale, pour les soumettre au service militaire obligatoire, où leur destin est contrôlé par d’autres et où leur vie est souvent en danger. C’est une nécessité inévitable pour un petit pays dont l’existence même est encore rejetée et combattue par nombre de ses voisins les plus proches.

Ce qui est évitable, en revanche, c’est une situation dans laquelle, à la fin de leur service obligatoire, nos jeunes hommes et femmes, y compris ceux qui ont directement risqué leur vie au combat, sont régulièrement renvoyés à leur vie civile sans diagnostic ni traitement des dommages psychologiques qu’ils ont pu subir – sans évaluation obligatoire à la fin du service, sans contrôles ultérieurs et sans soutien approprié. J’écris ces lignes en tant que parent qui sait.

La prise de conscience au sein de l’establishment de la défense de l’impératif de s’attaquer au SSPT peut progressivement s’accroître, mais le tsunami d’angoisse déclenché par l’action d’Itzik Saidyan est la conséquence non pas d’un choc face à un acte aussi extrême, mais de la reconnaissance du fait que tant d’autres personnes souffrent terriblement, sans qu’on le sache, depuis si longtemps.

Notre capacité à faire toutes les choses merveilleuses qu’Israël fait, à maintenir cette nation glorieusement résiliente et novatrice, est fonction de nos jeunes générations énergiques et motivées – ces mêmes personnes dont Israël emprunte la vie pendant deux ou trois années formatrices pour garantir la sécurité du pays.

Le passage radical de Yom HaZikaron à Yom HaAtsmaout n’est pas automatique. Nous ne pouvons pas le considérer comme acquis. Il exige non seulement de faire le deuil de ceux qui ont perdu la vie pour nous défendre, mais aussi de respecter, de soigner et d’accorder l’attention nécessaire à ceux dont la vie a été brisée ou gâchée pour nous défendre. C’est l’essence de l’appel au réveil d’Itzik Saidyan. Il est essentiel d’y répondre pour qu’Israël puisse effectuer cette transition annuelle presque impossible du deuil national à la fête nationale.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...