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Las de la bureaucratie, les Israéliens espèrent que Washington supprimera les visas

L'acceptation du programme d'exemption de visa ajouterait les États-Unis à la liste des 126 pays où les Israéliens peuvent entrer sans visa

L'ambassade des États-Unis, à Jérusalem, le 27 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
L'ambassade des États-Unis, à Jérusalem, le 27 octobre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

JTA – Bar Shelly espère que la quatrième fois sera la bonne pour entrer aux États-Unis. Le jeune homme de 24 ans a déposé sa première demande de visa en 2019, peu après en avoir fini avec son service militaire au sein de l’armée israélienne. Il a réessayé en 2021 et en 2022, mais sa demande a été rejetée à chaque fois.

Les ressortissants de 40 différents pays peuvent entrer aux États-Unis sans visa. En revanche, les Israéliens qui n’ont pas d’autre passeport doivent faire une demande de visa en ligne, puis passer un entretien au consulat de Tel Aviv. L’un des objectifs de ces entretiens est de permettre aux fonctionnaires consulaires de s’assurer qu’ils n’admettent pas des personnes qui ont l’intention de rester illégalement sur le territoire une fois leur visa expiré.

Shelly a apporté de nombreuses preuves lors de son entretien, montrant qu’il avait l’intention de retourner en Israël : sa lettre d’acceptation dans un établissement d’enseignement supérieur israélien, une invitation au mariage d’un proche parent et les fiches de paie de son emploi d’entraîneur de tennis. Malgré cela, il a reçu une lettre de refus indiquant qu’il n’avait pas démontré « des liens solides à l’étranger qui indiquent [son] retour » des États-Unis en Israël.

« J’ai apporté tous les documents et ils n’ont même pas voulu les regarder », a déclaré Shelly lors d’une interview accordée le mois dernier à la Jewish Telegraphic Agency.

Nullement découragé, Shelly a déposé une nouvelle demande et espère toujours pouvoir assister à l’US Open au début du mois de septembre. Il fait partie d’un groupe Facebook (en hébreu) comptant plusieurs milliers de membres qui ont fait part de leurs frustrations face à la procédure longue et ardue qu’ils ont dû suivre pour se rendre aux États-Unis.

Comme beaucoup d’autres Israéliens, ils espèrent que le processus sera bientôt facilité, si les États-Unis décident d’approuver la demande d’Israël d’adhérer au Visa Waiver Program (VWP), le programme d’exemption de visa américain. L’acceptation de ce programme ajouterait les États-Unis à la liste des 126 pays dans lesquels les Israéliens peuvent entrer sans visa. Israël pourrait obtenir le feu vert s’il remplit toutes les conditions requises d’ici au 30 septembre.

« Cela simplifiera la bureaucratie et rendra le processus plus accessible », a déclaré Yaacov Amsalem, dont l’entreprise de tourisme facilite l’obtention de visas américains pour les clients israéliens. Environ 70 % de ces demandes de visa concernent des touristes souhaitant se rendre aux États-Unis.

Si Shelly et des milliers d’autres se sont plaints de refus au consulat américain, ils ne constituent qu’une petite minorité. Quelque 97 % des Israéliens qui demandent un visa américain l’obtiennent.

Bar Shelly en est à sa quatrième série de demandes de visa. (Crédit : Shelly via JTA)

Néanmoins, le gouvernement israélien a fait de l’entrée dans le programme une priorité, s’efforçant de satisfaire aux exigences du Département d’État américain selon lesquelles les Américains d’origine palestinienne qui se rendent en Israël pourront entrer dans le pays avec la même facilité que les autres citoyens américains.

L’entrée dans le VWP pourrait également être une aubaine pour les Israéliens de la classe moyenne qui se sont plaints des frais de demande de visa d’au moins 160 dollars et des mois d’attente et d’incertitude qu’ils doivent souvent endurer. Certains affirment que l’entrée dans le programme – et l’élimination de la procédure de demande de visa – servira de symbole d’une relation solide entre les États-Unis et Israël, en plus d’éliminer un casse-tête bureaucratique.

« Dire que je n’ai pas de visa est une chose, mais dire qu’on m’a refusé un visa en est une autre », a déclaré Or Amran, un vendeur de pierres précieuses qui s’est abstenu de demander un visa parce qu’il craint d’être stigmatisé par un refus.

« J’ai vu toute l’Asie. C’est drôle que je n’aie jamais vu l’Amérique, qui est censée être le plus grand ami d’Israël. »

Selon Amsalem, le taux d’approbation des visas de 97 % laisse de côté certaines personnes qui n’ont même pas essayé d’obtenir un visa pour les États-Unis. « Dans le passé, de nombreuses personnes avaient peur de passer par la procédure d’obtention de visa, qui comprend des entretiens personnels », a-t-il déclaré.

Certains Israéliens dont les demandes ont été rejetées se sont plaints d’avoir été traités de manière humiliante au consulat. Une demandeuse de visa qui a demandé à être identifiée par le nom de Veronika, craignant des représailles de la part des autorités américaines si elle utilisait son vrai nom, a payé plus de 400 dollars à une société de traitement des visas, en plus des 160 dollars de frais, pour obtenir un rendez-vous accéléré. Elle espérait ainsi réaliser le rêve de sa fille adolescente, qui souhaitait suivre des cours d’été aux États-Unis.

La mère et sa fille se sont réveillées à 4h du matin pour faire le long trajet de Nahariya, ville côtière du nord, jusqu’à Tel Aviv, à temps pour le rendez-vous. Une fois sur place, elles ont rencontré un agent de l’ambassade qui semblait déjà agacé avant même qu’elles ne pénètrent dans son bureau, a raconté Veronika. Déconcertée par son attitude, cette mère de famille raconte qu’elle a confondu les dates de voyage de sa fille et s’est retrouvée soumise à un contre-interrogatoire par l’agent.

« Je pleurais et j’avais vraiment peur de lui », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’on lui avait dit que la demande de visa était refusée. « Nous n’avons pas compris pourquoi. J’ai supplié quelqu’un de m’expliquer, mais ils nous ont expulsés du consulat comme des chiens. »

Veronika a ensuite reçu une lettre expliquant qu’elle n’avait pas fourni suffisamment de preuves que sa fille avait l’intention de revenir en Israël, malgré une lettre de l’école de sa fille.

« C’est mon seul enfant, pourquoi l’enverrais-je là-bas pour toujours ? « Après ce qui s’est passé, je ne veux plus aller en Amérique. Je ne veux plus jamais rencontrer des gens comme ça. »

Un porte-parole de l’ambassade des États-Unis en Israël a refusé de commenter le cas de Veronika, ou des déclarations d’autres Israéliens concernant leurs expériences au consulat, les qualifiant d’interactions privées.

Or Amran, qui affirme que le rejet d’une demande de visa s’accompagne d’un stigmate. (Crédit : Amran via JTA)

La quête d’Israël pour rejoindre le VWP a été au premier plan des relations américano-israéliennes. L’un des derniers points d’achoppement a été la facilitation de l’entrée et de la sortie des Américains d’origine palestinienne en Israël. Israël a lancé un programme pilote qui mettra à l’épreuve sa capacité à permettre aux Américano-palestiniens de voyager plus librement en Israël en entrant dans le pays par l’aéroport Ben Gurion, plutôt que de passer par la Jordanie et la Cisjordanie, comme c’est le cas actuellement.

Des groupes de législateurs américains ont envoyé des courriers contradictoires sur la question. L’un d’eux exhorte les États-Unis à trouver un compromis qui permettrait à Israël de participer au programme avant la date limite du 30 septembre, tandis que l’autre demande au gouvernement de maintenir Israël en dehors du programme.

À ce jour, Israël n’a pas rempli les conditions requises et a encore « beaucoup de travail » pour les remplir dans un court délai, a déclaré un porte-parole de l’ambassade des États-Unis à la JTA.

Dans les semaines à venir, Israël devra prouver qu’il est en mesure d’accorder « des privilèges réciproques à tous les citoyens et ressortissants américains, y compris en autorisant les Américains d’origine palestinienne à se rendre en Israël et à passer par ce pays ».

« Nous recherchons l’égalité de traitement et la liberté de voyager pour tous les citoyens américains, indépendamment de leur origine nationale, de leur religion ou de leur appartenance ethnique », a déclaré le porte-parole.

Des passagers dans le hall d’arrivée de l’aéroport international Ben Gurion près de Tel Aviv, le 6 février 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

La situation restant incertaine, Amran, le négociant en pierres précieuses, s’est donné beaucoup de mal pour aider Israël à entrer dans le VWP. Il a décidé de retourner en Israël pour voter aux élections législatives de novembre 2022 pour le parti Yamina, dirigé par Ayelet Shaked, parce qu’elle avait travaillé sur une législation visant à répondre aux critères du programme de visas.

Mais le parti d’Ayelet Shaked n’a pas obtenu suffisamment de voix pour entrer au Parlement israélien. Selon Amran, sa famille se moque encore de lui pour avoir « gaspillé son vote ».

Les espoirs de Rubi Segal de se rendre aux États-Unis en tant que sandak – parrain en hébreu – lors de la cérémonie de circoncision de son neveu américain ont été anéantis par la réception, le mois dernier, d’une lettre déclarant que le consulat américain avait « statué sur sa demande de visa et l’avait refusée », sans fournir d’explication.

« Je n’arrive pas à me sortir de cette dépression. Je ne comprends pas non plus pourquoi cela s’est produit. Je suis tellement triste de manquer le bris du fils de mon frère », a déclaré Segal. « Je suis la personne la plus normale du monde – il est impossible qu’ils pensent que je veuille rester là-bas. J’ai des affaires ici, je suis propriétaire d’une maison, j’ai une femme et des enfants, je n’ai pas de dettes, je n’ai pas de casier judiciaire, je ne comprends pas pourquoi. »

Même si Israël est accepté dans le VWP, Segal aura toujours besoin d’un visa et d’un entretien. L’exemption de visa ne s’appliquera pas aux personnes qui se sont vues refuser l’entrée sur le territoire.

D’autres Israéliens sont dans l’expectative, espérant que d’ici quelques mois, ils seront autorisés à éviter l’expérience désagréable du bureau consulaire américain sur leur chemin vers l’Amérique.

Shay Rimo, 39 ans, n’a jamais pris la peine de demander un visa. « Je veux y aller depuis de nombreuses années, mais cela n’a jamais eu de sens de payer l’argent – une somme non-négligeable de surcroît – et de suivre toute la procédure. J’ai donc toujours repoussé l’échéance. »

La sœur de Rimo a vécu avec son mari aux États-Unis pendant trois ans lorsqu’ils étaient étudiants, mais à cause de la procédure d’obtention du visa, aucun membre de la famille n’est jamais allé leur rendre visite.

« Dès que la possibilité se présentera, j’irai », a déclaré Rimo. « En attendant, il vaut mieux aller en Thaïlande. »

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