Le bouclage des zones « rouges », crucial pour réussir le déconfinement – experts
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Le bouclage des zones « rouges », crucial pour réussir le déconfinement – experts

Les responsables estiment que cibler les mesures spécifiquement pour chaque communauté est la méthode la plus efficace pour permettre à Israël de lutter contre le virus

Un technicien procède à un test de diagnostic du coronavirus dans un laboratoire de l'hôpital Rambam à Haïfa, le 17 mars 2020. (Yossi Aloni/Flash90)
Un technicien procède à un test de diagnostic du coronavirus dans un laboratoire de l'hôpital Rambam à Haïfa, le 17 mars 2020. (Yossi Aloni/Flash90)

Le gouvernement israélien a décidé jeudi de lever certaines restrictions induites par le confinement mais ne s’est pas prononcé sur le point, qui selon les experts, permettra à Israël de venir à bout de la pandémie : imposer des restrictions à l’échelle locale, en fonction du niveau de contamination.

Avec la baisse du nombre de contaminations, le cabinet chargé de la lutte contre le coronavirus a voté la suppression de la limitation de déplacement, le réouverture des crèches et écoles maternelles et de certains commerces. Le Premier ministre a toutefois averti que ces décisions pourraient être annulées si le nombre de cas venait à augmenter pendant le week-end.

Les ministres auraient discuté d’un déconfinement localisé mais n’ont pas statué sur la question. Peu après la réunion, plusieurs villes ont été retirées de la liste des villes au taux de mortalité élevées, où de nombreuses restrictions devraient rester en vigueur.

Selon des reportages non confirmés diffusés par la Douzième chaîne et Walla vendredi, Ronni Gamzu envisagerait de lever les restrictions dans les villes à la mortalité élevées également, évoquant une baisse significative du nombre de cas, même dans ces localités.

Une réunion des ministres est prévue ce vendredi à 14 heures pour discuter de la politique des villes classées « rouge ». La décision finale d’inclure ou d’exclure ces villes du déconfinement sera prise samedi soir.

La communauté médicale a été consternée d’apprendre que, lors des discussions de jeudi, le cabinet dit « du coronavirus », un forum limité de ministres dont les portefeuilles sont directement liés à la lutte contre la pandémie, ait exclu la question des restrictions localisées de ses principales délibérations. Les responsables estiment que cibler les mesures spécifiquement pour chaque communauté est la méthode la plus efficace pour permettre à Israël de lutter contre le virus.

« Si nous ne parvenons pas à mettre en place des restrictions localisées à ce stade, la première étape de la réouverture, nous manquerons d’options à l’avenir », a déclaré Ronit Calderon-Margalit, épidémiologiste et conseillère du leader de la lutte contre le coronavirus en Israël, le professeur Ronni Gamzu, au Times of Israël jeudi.

Les mesures de confinement localisées sont fortement soutenues par les chercheurs en santé, mais elles sont devenues un problème politique de taille car la plupart des zones rouges sont des secteurs ultra-orthodoxes, et de nombreux dirigeants de la communauté haredi affirment que les mesures locales donnent à la communauté le sentiment d’être ciblée.

Les responsables de la lutte contre le virus avaient prévu telle approche localisée le mois dernier, comme alternative à un confinement national généralisé, mais elle a été abandonnée suite aux pressions politiques ultra-orthodoxes.

Un garde-frontière israélien installe une barrière alors que des Juifs ultra-orthodoxes avec des masques attendent de traverser la rue pendant un couvre-feu nocturne à Beit Shemesh, le 8 septembre 2020. (AP Photo / Ariel Schalit)

Calderon-Margalit, professeur d’université hébraïque, a déclaré que le fait de ne pas avoir ordonné de restrictions sur les zones rouges dans la décision du cabinet de jeudi était « un oubli vraiment inquiétant ».

Elle soupçonne que cela signifie que certaines zones durement touchées rouvriront partiellement comme le reste d’Israël dimanche, ou que les restrictions supplémentaires dans les localités à forte infection seront très minimes.

Si cela se produit, cela voudra dire, selon elle, que les pressions politiques auront pris le pas sur les préoccupations sanitaires.

« Ma crainte est que, comme nous le voyons maintenant, le gouvernement ne veuille pas ou ne puisse pas imposer des restrictions aux communautés qui sont résolues à ne pas obéir », a-t-elle déclaré.

Certaines parties de la communauté ultra-orthodoxe ont ignoré les mesures de confinement ces dernières semaines, malgré des taux d’infection élevés, suscitant une colère générale du public.

Prof. Ronit Calderon-Margalit. (Autorisation de l’Université hébraïque)

Le professeur Tomer Hertz, chercheur sur le système immunitaire à l’université Ben Gourion du Néguev, estime également que le fait de ne pas prendre de décisions au niveau régional pourrait avoir un coût élevé.

« Si les restrictions locales n’ont pas lieu, en réalité, nous allons très bientôt avoir des conversations très similaires sur les taux élevés de virus », a-t-il déclaré au Times of Israël.

Le professeur Ronit Sarid, virologue à l’université de Bar Ilan, pense que les responsables de la santé ont tiré les leçons de certaines de leurs erreurs à la sortie du dernier confinement, mais la question des restrictions locales est leur talon d’Achille. Israël a réussi à réprimer sa première vague d’épidémie au printemps, mais le pays a connu une deuxième vague d’épidémie sévère après la levée des restrictions, probablement causée par une réouverture trop rapide.

Sarid a évoqué les dangers de ne pas mettre en œuvre les mesures locales peu avant la réunion du cabinet chargé du coronavirus, jeudi.

« Ils essaient d’être plus prudents par rapport à la première vague, mais à mon avis, la stratégie de sortie ne peut pas être générale », a-t-elle déclaré au sujet du cabinet. « Vous ne pouvez pas traiter tout le pays comme une seule zone, il faut évaluer les risques dans différents endroits. Pour parler en termes scientifiques, il faut évaluer les risques et prendre des décisions. »

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