Le cerveau scanne les visages et les catégorise comme amis ou ennemis – étude
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Le cerveau scanne les visages et les catégorise comme amis ou ennemis – étude

L'université hébraïque et des chercheurs espèrent maintenant voir s'ils peuvent aider les personnes souffrant d'autisme, de dépression et d'état post-traumatique

Gros plan sur l'oeil d'une femme (Crédit : iStock)
Gros plan sur l'oeil d'une femme (Crédit : iStock)

Sans le savoir, chaque fois que nous rencontrons d’autres personnes, que ce soit dans la rue ou lors d’une fête, notre cerveau étudie inconsciemment les visages qu’il voit, en les scannant et en les catégorisant comme étant des personnes menaçantes ou dignes de confiance.

C’est ce qu’a découvert un groupe de chercheurs dirigé par le professeur Ran Hassin de l’université hébraïque de Jérusalem, dans une nouvelle étude dont les conclusions ont été publiées cette semaine dans la revue Nature Human Behavior. Ils vont maintenant chercher à découvrir pourquoi. Comment notre cerveau détermine-t-il les visages qu’il « choisit » de voir et ceux qu’il laisse passer en arrière-plan ? Et pouvons-nous influencer la façon dont notre cerveau perçoit les autres ?

L’étude décrit comment, inconsciemment, l’esprit traite les visages humains, et identifie les deux types de visages que le cerveau choisit de voir consciemment : les visages associés à la domination et à la menace et, dans une moindre mesure, les visages associés à la fiabilité.

« Des recherches antérieures nous ont déjà montré quelles sont les caractéristiques qui rendent un visage plus menaçant ou plus digne de confiance », a déclaré Hassin au cours d’une interview téléphonique. « Les visages avec des yeux plus grands sont perçus comme plus fiables. Les traits plus féminins dans un visage sont moins menaçants. »

Hassin et son équipe de recherche ont mené six expériences dans lesquelles 174 participants ont vu 300 séries d’images changeant rapidement. Un œil a été exposé à des images de visages humains, et l’autre à des formes géométriques. Les participants devaient appuyer sur une touche d’ordinateur dès qu’ils voyaient un visage humain.

Avec l’assaut rapide des stimuli, il a fallu quelques secondes au cerveau pour comprendre qu’il voyait un visage et encore quelques secondes pour transférer l’image au cerveau conscient pour être traité. Les chercheurs ont observé que les caractéristiques faciales les plus rapidement identifiées par les participants étaient celles, qui selon les études précédentes, étaient associées au pouvoir et à la domination, telles que la masculinité et la largeur.

« Lorsque nous nous déplaçons autour du monde, nos esprits inconscients sont confrontés à une tâche énorme : décider quels stimuli ‘méritent’ d’être conscients et ceux qui ne le sont pas », a déclaré Hassin dans un communiqué publié cette semaine par l’université hébraïque de Jérusalem.

« L’algorithme mental que nous avons découvert donne la priorité à la domination et à la menace potentielle », a-t-il noté. « Nous avons littéralement vu la vitesse avec laquelle ces images ont traversé l’inconscient et se sont inscrites à un niveau conscient à chaque pression sur la touche. »

« Pourquoi notre cerveau a-t-il tendance à percevoir davantage la menace par rapport à d’autres caractéristiques ? On pourrait supposer que c’est parce qu’il veut qu’une personne évite les situations dangereuses, mais il n’y a pas de données pour le prouver. Nous travaillons pour voir si cela est vrai », a déclaré Hassin dans l’interview.

« Ces processus sont dynamiques et souvent basés sur une motivation personnelle », a-t-il poursuivi. « Hypothétiquement, si vous cherchez un partenaire romantique, votre cerveau va ‘voir’ les gens différemment que si vous êtes déjà en couple. »

Inconsciemment, votre cerveau va « prioriser » les visages des partenaires potentiels et minimiser les autres visages. De même, la même chose pourrait être vraie pour d’autres motivations, comme éviter le danger. Vos yeux pourraient distinguer certains visages « menaçants » dans une foule et les éviter.

Au cours de la dernière décennie, Hassin a concentré ses recherches sur l’inconscient humain, en particulier sur la prise de décision, la mémoire, la motivation et la formation d’opinions. « Cette étude donne un aperçu des processus inconscients qui façonnent notre conscience », a expliqué Hassin.

Un algorithme du cerveau qui traite l’information

« Il y a un algorithme dans notre cerveau qui traite l’information », a-t-il précisé. « Si nous découvrons comment jouer avec cet algorithme mental et comment le suivre, nous pouvons peut-être aussi le modifier, afin de conditionner l’esprit. Mais nous n’avons pas encore compris comment le faire ».

Hassin espère que ces résultats peuvent ouvrir la voie vers une meilleure compréhension de l’autisme, l’état de stress post-traumatique et d’autres troubles mentaux comme la dépression. « Il pourrait être possible d’entrainer et de ‘désentrainer’ les gens à percevoir certaines dimensions du visage ».

Cela pourrait être utile, par exemple, pour aider les personnes souffrant de dépression ou d’autisme, a-t-il expliqué.

« Les personnes déprimées ont tendance à voir d’autres visages déprimés, et cela joue un rôle du maintien de la personne dans un état déprimé », a-t-il expliqué. « Si vous pouvez former le cerveau des gens à ne pas voir seulement les visages déprimés, cela pourrait aider, mais il y a encore des années de recherche. »

De même, les personnes atteintes d’autisme ont du mal à lire les indices faciaux qui les aideraient à déterminer si la personne qui leur parle est heureuse ou en colère. « Donc, il serait utile si vous pouvez changer l’algorithme pour rendre les indices moins subtiles pour cette personne », a-t-il indiqué. « Mais c’est encore de la science-fiction, malheureusement. Mais cela serait formidable si nous y arrivions. »

L’étude a été réalisée par Hassin, titulaire de la chaire James Marshall de l’université hébraïque de Jérusalem (HUJI) en psychologie sociale et membre du Centre Federmann pour l’étude sur la rationalité, avec Yaniv Abir, étudiant diplômé de HUJI et avec ses collègues Alexander Todorov, professeur à l’université de Princeton et le professeur Ron Dotsch, anciennement de l’université d’Utrecht aux Pays-Bas.

Le travail a été financé par une subvention de la United States–Israel Binational Science Foundation.

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