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Le dernier spectacle de la légende klezmer Frank London avant de livrer bataille contre le cancer

Une session d'enregistrement réunissant des musiciens de premier plan, le 22 mai, a cherché à faire de sept nouvelles compositions juives des classiques contemporains alors que le musicien s'apprête à se lancer dans une course thérapeutique contre le cancer

Frank London (debout), travaille avec une équipe de musiciens au Beth El Synagogue Center, à New Rochelle (New York), le 22 mai 2024. (Crédit : Aaron Bendich via la JTA)
Frank London (debout), travaille avec une équipe de musiciens au Beth El Synagogue Center, à New Rochelle (New York), le 22 mai 2024. (Crédit : Aaron Bendich via la JTA)

New York Jewish Week – C’est la veille d’un jour très important pour lui, mais Frank London reste résolument ancré dans l’instant présent.

Nous sommes le 22 mai et la légende de la musique klezmer a réuni autour de lui des musiciens juifs, dans une synagogue de la banlieue de New York, pour s’attaquer à une tâche de taille : enregistrer sept nouveaux morceaux dont London aimerait faire des classiques contemporains de la liturgie juive. Mais il y a une difficulté : jamais ils n’ont joué ensemble auparavant.

Habituellement, un projet de cette ampleur implique un grand nombre de répétitions pour atteindre l’harmonie parfaite entre la musique et les chants, cette perfection qui est indispensable au moment de l’enregistrement.

Mais London et ses comparses n’ont plus de temps devant eux. L’oncologue du légendaire musicien lui a ordonné de venir à l’hôpital pour commencer le traitement destiné à guérir la leucémie dont il souffre.

« J’espère vraiment, vraiment, vraiment que ça va marcher. J’espère que cela va me guérir », confie ce soir-là London, âgé de 66 ans. « Mais cela va être un moment très désagréable, je le sais. »

Ces six mois de traitement – avec greffe de moelle osseuse – seront, à n’en pas douter, la plus longue pause professionnelle faite par London, qui a une riche carrière d’auteur, compositeur et interprète de musique juive.

Il a notamment manqué le concert qui était donné pour rendre hommage à toutes ses œuvres et qui a eu lieu à Brooklyn, le 3 juin dernier.

Par ailleurs, London savait qu’il ne serait pas en mesure d’organiser le festival yiddish de New York, au mois de décembre prochain, et qu’il lui faudrait abandonner son projet de concert autour de ses tout nouveaux morceaux, cet automne, au Beth El Synagogue Center de New Rochelle.

London et ses complices ont donc décidé de tourner une vidéo de ces nouveaux titres – sept compositions utilisant les psaumes juifs traditionnels pour chacun des jours de la semaine. Ils seront chantés, cet automne, pour Simchat Torah, lorsque les congrégations font sept fois le tour de la bima en dansant avec les rouleaux de Torah.

« Ce n’est pas forcément mon sujet de prédilection », confie London. « Mais pour ce sujet-là, j’ai énormément travaillé avec eux pour que les mélodies soient chantables et pour qu’elles restent fidèles à la tradition. »

Si la soirée va passer en un claquement de doigts, le projet, lui, aura pris des années.

Jack Klebanow, qui dirige le Centre Shoresh Halev pour la musique juive de Beth El, fait régulièrement appel à des musiciens juifs de tout premier plan pour écrire des compositions religieuses. Mais jusqu’à ce jour, London, qu’il connaît depuis des années, était insaisissable. Son emploi du temps était trop chargé pour épouser les contours du projet de Klebanow, qui était désireux d’établir une collaboration autour de Simchat Torah.

Cette année, les grandes fêtes ne commenceront pas avant octobre – laissant le temps nécessaire à l’organisation d’un concert à la fin de l’été et avant les fêtes.

L’automne dernier, Klebanow et London ont enfin pris la décision de travailler ensemble sur ce projet.

Mais, ce printemps, les médecins de London lui ont dit que sa myélofibrose – une forme de cancer rare et agressif qui avait été détecté chez lui en 2020 – était devenue active. Et qu’il allait avoir besoin d’un traitement intensif pour lutter contre sa progression et pour guérir.

Le musicien klezmer Frank London. (Crédit : Anya Roz)

« Quand il a appris la nouvelle, il a dit : ‘Il faut faire vite. Je ne pourrais pas le faire en septembre, ce sera sans moi, mais composons les morceaux », se souvient Klebanow.

Les deux hommes ont fait au plus vite pour écrire des compositions qui soient à la fois novatrices sur le plan musical et capables de s’imposer comme de nouveaux classiques juifs, des compositions interprétées, entre autres, par Shlomo Carlebach et Debbie Friedman.

Ils ont gardé à l’esprit que ce Simhat Torah sera l’occasion du premier anniversaire du massacre du 7 octobre, dans lequel 1 200 personnes ont été massacrées par des terroristes dirigés par le Hamas dans le sud d’Israël et 252 enlevées dans la bande de Gaza. Ils ont donc opté pour des airs plaintifs, pour le psaume axé sur le châtiment, sur fond de mélodie joyeuse.

Ils ont lancé un appel à candidatures qui a reçu un fabuleux accueil. Don Godwin, l’un des ingénieurs du son les plus demandés du monde de la musique juive, est venu de Washington pour la soirée. « Quand j’ai su que Frank n’allait pas bien, j’ai évidemment revu mes priorités », a-t-il confié.

Les musiciens sont arrivés le 22 mai en fin d’après-midi, peu de temps après l’arrivée de London et de sa femme, l’artiste Tine Kindermann, de Manhattan. Le couple a été rapidement suivi par Lorin Sklamberg et Lisa Gutkin, les membres du groupe londonien The Klezmatics, Basya Schechter, la fondatrice du groupe Pharaoh’s Daughter qui, jusqu’à récemment, était une hazzan à Romemu, congrégation juive de Manhattan.

Plusieurs musiciens sont venus du « klezmer shtetl » de Brooklyn, parmi lesquels Yoshie Fruchter et Éléonore Weill. Le rabbin Yosef Goldman, amateur de la combinaison des musiques sacrées ashkénaze et séfarade, est venu du Maryland, juste après un concert donné pour le Mois du patrimoine juif américain au Kennedy Center de Washington, auquel London avait participé.

La star klezmer Frank London (de dos) dirige les participants du concert « Shalom » au Festival de la culture juive de Cracovie, en Pologne, en juin 2012. (Crédit : Ruth Ellen Gruber/JTA)

London a présidé cette grande tablée, dressée avec chandeliers, verres et chemins de table colorés. Les micros enregistraient et les vidéastes filmaient – mais lui est resté concentré sur la musique et sur les musiciens.

L’ensemble a passé en revue chacun des morceaux, s’arrêtant parfois pour une mauvaise note ou un tempo à modifier, une intonation de voix à moduler ou au contraire à renforcer.

À un moment, London a demandé plus d’énergie avant de recommencer, soucieux du moindre détail. Lorsque tout lui a paru en place, le calme s’est fait et l’enregistrement a pu commencer.

« C’était tout de même impressionnant », confie Aaron Bendich, un opérateur de label yiddish, le lendemain matin. Bendich est l’un des rares à avoir eu le privilège d’assister à l’enregistrement, assis sur une chaise.

« Cette soirée-là, Frank a fait ce qu’il sait faire de mieux… Cela aurait été exceptionnel, quels qu’aient été les morceaux enregistrés. Et ceux qui étaient là savent très bien qu’en plus, les morceaux étaient très bons », explique Bendich, qui présidera aux destinées du festival yiddish de New York le temps que London suive son traitement. « Personne ne savait à quel point c’était bien avant que les morceaux ne soient interprétés comme ça. »

Frank London. (Crédit : Adrian Buckmaster)

C’est finalement peu après minuit que l’enregistrement s’est terminé. Quelques hommes ont démonté le plateau, London est rentré chez lui à Manhattan avant, quelques heures plus tard, de se rendre au Memorial Sloan Kettering Cancer Center.

Il a prévu de mettre à profit le temps de son traitement pour écouter des morceaux et découvrir de nouvelles musiques, mais il sait qu’il pourrait ne pas en avoir la force. L’énergie de cet enregistrement va, dit-il, l’accompagner et l’aider lors des prochains mois, qui seront exténuants.

« C’est un peu comme un cadeau avant cette nouvelle phase », confie London. « Je garde toute la bonne énergie de ces bons moments pour pouvoir y puiser un peu plus tard. »

Avant de se séparer, l’orchestre a chanté et dansé et s’est donné de longues accolades.

« Nous nous sommes amusés, nous avons chuchoté, nous avons prié, nous avons tapé des pieds et nous avons célébré chaque note et chaque phrase », a écrit Klebanow au reste de la troupe le vendredi qui a suivi l’enregistrement, dans la matinée.

« Je crois que le ciel s’est un peu ouvert et que notre musique y est montée tout droit. Quel bel au revoir – chazak chazak – force et guérison. »

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