Le Drian: « C’est la faute du Hamas. Le Hamas, c’est une organisation terroriste »
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Le Drian: « C’est la faute du Hamas. Le Hamas, c’est une organisation terroriste »

Le ministre des Affaires étrangères français a fait part de son inquiétude suite aux violences entre Juifs et Arabes et mis en garde contre un risque d'apartheid

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian lors d'un débat du Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI, le 23 mai 2021. (Crédit : capture d'écran)
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian lors d'un débat du Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI, le 23 mai 2021. (Crédit : capture d'écran)

A la question d’Adrien Gindre, rédacteur en chef du service politique du Groupe TF1 et représentant LCI, de savoir si suite au cessez-le-feu qui a été décrété en fin de semaine entre Israéliens et le groupe terroriste palestinien du Hamas, « l’escalade était terminée et évitée et que le conflit est derrière nous en tout cas pour les jours, les semaines, et les mois à venir », le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères français répond dimanche : « j’espère que la cessation des hostilités va se poursuivre. La France a été à l’initiative hier d’une résolution aux Nations unies, une déclaration aux Nations unies qui a été adoptée à l’unanimité [mais après un léger remaniement des États-Unis] et qui intègre ce constat de cessation des actes des hostilités et qui intègre aussi la nécessité d’avoir un acheminement humanitaire urgent et indispensable. »

Le ministère des Affaires étrangères israélien avait critiqué le Conseil de sécurité de l’ONU pour ne pas avoir mentionné les tirs de roquettes du Hamas sur la population israélienne pendant les combats entre Tsahal et le groupe terroriste au pouvoir à Gaza. « L’entière responsabilité de l’escalade incombe au groupe terroriste Hamas, qui a choisi d’ouvrir le feu avec des roquettes sur la capitale d’Israël, Jérusalem, la périphérie de Gaza et d’autres villes israéliennes », indiquait le ministère, qui accusait le Conseil de sécurité « d’ignorer » les plus de 4 000 roquettes tirées vers Israël pendant les 11 jours de l’opération Gardien des murs.

« Le Hamas a utilisé les habitants de la bande de Gaza comme boucliers humains, profitant cyniquement de leur désespoir, ouvrant le feu à la jonction et empêchant l’entrée de l’aide humanitaire, de la nourriture, des médicaments et l’électricité en provenance d’Israël dans la bande de
Gaza », indiquait le ministère. « Nous attendons de la communauté internationale qu’elle condamne le Hamas, le désarme et assure la réhabilitation de la bande de Gaza tout en empêchant l’écoulement d’argent et d’armes servant à la terreur.» « Israël continuera de s’engager sur le sort des personnes capturées et disparues et insistera pour leur retour. »

« Je dois dire d’ailleurs à cet égard, je voudrais saluer les efforts menés par l’Égypte qui a déployé beaucoup de passion et d’engagement pour aboutir à ce résultat. Le président de la République [Emmanuel Macron] s’était d’ailleurs entretenu à ce sujet en début de semaine avec le président Sissi et le roi de Jordanie. Bref on a une situation de cessation des hostilités, » a continué le ministre français lors de l’émission Le Grand jury RTL/Le Figaro/LCI.

Interrompu par le journaliste qui lui dit : « mais vous restez prudent ». Le Drian continue : « voilà une grande leçon que je tire de cette crise dramatique c’est que, ceux qui pensaient – et ils étaient finalement assez nombreux, que le conflit israélo-palestinien, historique, des dizaines d’années, que ce conflit-là allait progressivement s’éteindre, puisque c’était pas dans le radar, puisque il y avait d’autres grands sujets de conflictualité. Il y avait la question iranienne, en particulier dans la région, la question irakienne, la crise en Syrie… Bref tout cela passait un peu en dehors des préoccupations et que finalement, on allait pouvoir aboutir à un règlement de fait de cette crise majeure. Bah tous ceux-là se sont trompés. »

« Et ce qui est frappant depuis les événements récents, c’est que l’histoire et la géographie se sont réinvitées avec fracas et avec violence et donc on ne peut pas considérer aujourd’hui que c’est fini. Ça a montré l’urgence de trouver un processus politique parce que s’il y a eu cette crise, c’est en grande partie parce qu’il n’y avait pas de processus politique, » a-t-il jugé, de nouveau interrompu par le journaliste qui attribue ça en partie à « l’impuissance de l’Europe ».

Le Drian, ministre de l’Europe, visiblement agacé : « pourquoi vous parlez toujours de l’impuissance de l’Europe ? Sans arrêt depuis le début ? » Ce à quoi le journaliste Benjamin Sportouch, rédacteur en chef du service politique de RTL, lui demande concrètement : « en quoi l’Europe est-elle intervenue positivement ? »

« Parce que les ministres des Affaires étrangères européens se sont réunis lundi dernier, les 27 et que le porte-parole a déclaré toute une série de points sur lesquels l’Union européenne demandait d’avancer.

Péter Szijjártó (Crédit : Wikipédia)

Or la Hongrie avait refusé le 18 mai d’apporter son soutien à une déclaration de l’Union européenne. « J’ai un problème général avec les déclarations européennes sur Israël (…) Elles ne sont pas d’une grande aide, en particulier dans les circonstances actuelles, quand les tensions sont si fortes », avait déclaré le ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto, dans une interview accordée à l’AFP en marge d’un déplacement à Paris.

Benjamin Sportouch évoque de son côté l’intervention de Joe Biden plutôt. « À un moment donné oui, mais pourquoi l’intervention de Joe Biden signifie dans votre esprit l’impuissance de l’Europe. Vous avez déjà parlé de l’impuissance de l’Europe pour le Covid. Non ! »

« La nouveauté, c’est que pendant quatre ans l’Europe a bougé, l’Europe a changé, parce que pendant quatre ans l’Europe a dû assumer à elle seule, toute seule, le multi-latéralisme. Elle a dû engager toute seule les engagements internationaux , c’est maintenant que les États-Unis reviennent. Donc l’Europe a fait preuve de sa force et au niveau du Poche Orient, elle joue sa partition. Ça veut dire concrètement que demain il faut engager des politiques de petits pas, » a justifié Le Drian.

« Ce qui m’a frappé aussi dans les événements de ces jours derniers, c’est que le président Biden a réaffirmé son engagement sur la nécessité d’avoir deux États, et juste pendant un certain temps, on commençait à faire disparaître cette hypothèse, mais là, elle revient et donc il faut maintenant faire en sorte qu’il y ait une logique de confiance qui puisse s’instaurer pour que cette référence essentielle, qui est le fait que l’on aboutira à une solution de paix lorsqu’on aura deux États avec des frontières définies et sécurisées. Il faudra du chemin. »

« Mais ce qui m’a frappé le plus dans cette crise, c’est qu’il y a eu des conflits en Israël. Dans les villes israéliennes [mixtes], les communautés se sont affrontées. » « Là où il y a des Arabes, » précise Gindre.

Une voiture de police israélienne en feu après une émeute d’Arabes israéliens à Lod, le 12 mai 2021. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

« Et ça monte, et ça monte. En Israël, c’est la première fois. C’est la première fois. Et ça montre bien que si d’aventure, on avait une autre solution que la solution à deux États, on aurait alors les ingrédients d’un apartheid qui durerait longtemps donc il faut essayer d’éviter cette situation. » « C’est la faute de Netanyahu ? » interrompt le journaliste du Figaro Guillaume Roquette…  » Je vais pas accuser, je pense qu’il faut dire d’abord, c’est la faute du Hamas. Le Hamas, c’est une organisation terroriste. »

« Non je parle des tensions à l’intérieur même d’Israël, » précise Roquette.

Quelque peu perplexe devant la question, Le Drian répond : « c’est la réalité du fait que des communautés vivent l’une à côté de l’autre sans perspectives politiques réelles. »

« Mais vous employez le mot d’apartheid, » coupe Gindre. « Non, j’ai dit que le risque d’apartheid était fort si on continuait à aller dans une logique d’un seul État ou du statu quo, même le statu quo produit ça. »

« Mais d’apartheid, il n’y a pas aujourd’hui en Israël c’est ce que dit une démocrate aujourd’hui aux États-Unis, » indique Sportouch sans indiquer le nom de la représentante et en donnant l’impression que les autres représentants démocrates le pensent, alors que Biden a bien réaffirmé le soutien des Démocrates à l’égard d’Israël, hormis l’aile ultra-progressiste, notamment représentée par « la Brigade ». « Oui, mais le risque est celui-là. C’est la première fois que l’on a pu constater des situations de conflictualité dans les villes et je parle pas de la Cisjordanie, » insiste Le Drian.

A LIRE – Biden : Pas de paix, sans la reconnaissance du droit d’Israël à exister

La cohabitation entre Juifs et Arabes a volé en éclats dans plusieurs villes mixtes israéliennes, théâtre de violences comme à Lod, au moment où Israël affrontait le mouvement terroriste islamiste Hamas dans l’enclave palestinienne de Gaza.

« J’ai fait savoir aux Israéliens que j’estimais très important qu’ils mettent fin à ces affrontements à Jérusalem entre communautés qui sont le fait d’extrémistes des deux bords », a d’ailleurs déclaré vendredi Joe Biden

L’armée israélienne et le Hamas, au pouvoir à Gaza, observent depuis vendredi un cessez-le-feu après plusieurs jours de raids israéliens menés en représailles au quelque 4 300 tirs de roquettes lancés par les groupes terroriste palestiniens de la bande de Gaza vers le territoire israélien.

Des roquettes (à droite) tirées vers Israël depuis Beit Lahia dans le nord de la bande de Gaza, illuminent le ciel nocturne le 14 mai 2021, tandis que les missiles du Dôme de Fer sont tirés pour les intercepter. (Photo par ANAS BABA / AFP)

À la suite du cessez-le-feu conclu principalement sous l’égide du Caire, Le Drian avait émis le 22 mai ce communiqué mais sans prononcer le mot « Hamas », pourtant à l’origine des tirs de roquettes sur Jérusalem le 10 mai et qui ont initié le dernier cycle de violences :

« Je salue la cessation des hostilités intervenue cette nuit, qui interrompt un cycle de violences dont le bilan humain est lourd pour les populations civiles. Cette cessation des hostilités sans condition et d’effet immédiat est le fruit des efforts diplomatiques collectifs des Européens, des Américains et de plusieurs pays arabes. Nous y avons pris toute notre part, en coordonnant nos efforts bilatéraux, notamment avec les Etats-Unis, l’Egypte et la Jordanie, et en contribuant aux pressions pour parvenir à ce résultat, notamment au Conseil de sécurité. Je salue en particulier le rôle fondamental de l’Egypte pour permettre aux armes de se taire. La cessation des hostilités était, comme nous l’avons dit publiquement et dans toutes nos démarches diplomatiques des derniers jours, la priorité absolue pour protéger les populations civiles et pour éviter une aggravation et un élargissement du conflit. La trêve, pour l’heure respectée, doit être pérennisée à travers des arrangements durables de cessez-le-feu. Elle doit permettre un réengagement humanitaire pour répondre aux besoins de la population, notamment à Gaza. Et elle doit s’accompagner d’un apaisement des tensions dans l’ensemble des Territoires palestiniens et en Israël. Enfin, l’escalade des derniers jours souligne la nécessité d’une relance d’un véritable processus politique entre les Parties avec le soutien international approprié, sans laquelle nous savons que les cycles de violences se répèteront. La France est déterminée à jouer pleinement son rôle dans ces efforts, en lien avec ses partenaires internationaux. »

Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, lors d’une conférence de presse à Berlin, le 10 mars 2021. (Kay Nietfeld/Pool/AFP)

Le 11 mai après s’être entretenu avec son homologue jordanien, M. Ayman Safadi, au sujet de la situation à Jérusalem et dans les Territoires palestiniens. Les ministres français et jordaniens avaient bien évoqué les tirs de roquettes du Hamas à la tête de l’enclave côtière et exprimé « leur grave préoccupation quant aux violences en cours à Jérusalem, ainsi qu’autour de Gaza. Les ministres ont rappelé leur commun attachement au respect du droit international. Ils ont également souligné la nécessité d’une stricte préservation du statu quo historique sur l’Esplanade des Mosquées, et l’importance du rôle spécifique de la Jordanie à cet égard. Ils ont exprimé leur vive préoccupation quant aux menaces d’évictions forcées visant des résidents du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, qui alimentent les tensions. Le ministre de l’Europe et des affaires étrangères a souligné la nécessité que tous les acteurs fassent preuve de la plus grande retenue et s’abstiennent de toute provocation et de toute incitation à la haine pour mettre un terme aux violences en cours dont les premières victimes sont les populations palestinienne et israélienne. Le ministre a rappelé notre ferme condamnation des tirs de roquettes qui s’intensifient depuis la bande de Gaza, ont visé Jérusalem et plusieurs zones habitées du territoire israélien et risquent de provoquer une grave escalade : ces tirs, revendiqués notamment par le Hamas, doivent cesser immédiatement. »

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