Le grand rabbin d’Ukraine demande l’annulation des voyages de mémoire en Pologne
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Le grand rabbin d’Ukraine demande l’annulation des voyages de mémoire en Pologne

Dans une lettre adressée au ministre israélien de l'Education, le rabbin Moshe Azman dit que la Marche des vivants devrait plutôt avoir lieu dans son pays

Une délégation de la Marche des vivants sur le site d'Auschwitz-Birkenau en Pologne le 5 mai 2016 (Crédit : Yossi Zeliger / FLASH90)
Une délégation de la Marche des vivants sur le site d'Auschwitz-Birkenau en Pologne le 5 mai 2016 (Crédit : Yossi Zeliger / FLASH90)

JTA – Le grand rabbin d’Ukraine a appelé le gouvernement israélien à suspendre les voyages scolaires en Pologne et à les organiser dans son pays en raison du nouveau projet de loi de Varsovie sur les crimes nazis.

Le grand rabbin Moshe Azman a fait cette suggestion dans une lettre envoyée jeudi à Naftali Bennett, ministre de l’Éducation, un jour après que le Sénat polonais a adopté une mesure qui propose de proscrire la rhétorique selon laquelle la Pologne est accusée de crimes nazis.

L’État d’Israël et de nombreuses organisations juives, y compris le Centre Simon Wiesenthal, Yad Vashem et le Congrès juif européen, affirment que la législation risque de brouiller la vérité historique, car de nombreux Polonais ont participé, à titre individuel ou en tant que membres de milices de résistance, au meurtre de Juifs ou à leur dénonciation aux forces d’occupation nazies. Ils reconnaissent également que les autorités polonaises ne faisaient pas partie de la campagne nazie d’anéantissement contre les Juifs pendant l’Holocauste.

Suite au projet de loi en Pologne visant à « interdire de dire la vérité sur ce qui s’est passé pendant l’Holocauste en Pologne », Azman a écrit : « Je vous exhorte à annuler la Marche des vivants pour les écoliers israéliens ». La marche amène des personnes du monde entier en Pologne et en Israël pour étudier l’histoire de l’Holocauste.

Le grand rabbin d’Ukraine Moshe Azman, fondateur de la communauté d’Anatevka près de Kiev, en Ukraine, le 29 février 2016. (Crédit : R. Litevsky/autorisation du bureau du rabbin Moshe Azman)

En 2015, le président ukrainien Petro Poroshenko a signé une loi honorant les combattants de l’indépendance ukrainienne, y compris les miliciens complices du meurtre de dizaines de milliers de Juifs. Une autre loi signée par lui rend illégale l’ « insulte » ou la « remise en question de la légitimité » de ces combattants.

En tant que « grand rabbin de l’Ukraine, je propose d’accueillir la Marche des vivants cette année en Ukraine », a ajouté Azman, qui a également écrit que sa proposition équivaudrait à « infliger une amende à la Pologne » de dizaines de millions de dollars que les participants israéliens à la Marche des vivants dépensent en Pologne.

« L’Ukraine a de nombreux endroits où pourrait se dérouler la Marche des vivants : Babi Yar à Kiev, Drobytsky Yar à Kharkiv, le camp de concentration de Janowska à Lviv et des dizaines d’autres endroits où les Juifs ont souffert et ont été assassinés dans une terrible tragédie », écrit-il.

Le grand rabbin Azman a déclaré que cette « amende » était appropriée parce qu’il y avait « de sérieuses inquiétudes au sujet de l’antisémitisme contre les communautés et les institutions juives » en Pologne. Il a également qualifié la loi, qui a été rédigée pour contrer l’expression « camps de la mort polonais », de « loi antisémite conçue pour faire taire l’histoire et les témoins de l’Holocauste ».

Contrairement à la Pologne, les forces d’occupation nazies en Ukraine ont recruté des milliers de volontaires locaux pour aider activement au meurtre de près d’un million de Juifs dans ce qui est aujourd’hui l’Ukraine.

Les nazis ont permis la création d’une division SS ukrainienne, le 1er Galicien. Le groupe de résistance OUN (Organisation des nationalistes ukrainiens) contre la Russie a combattu pendant un certain temps en coordination avec les Allemands, qui n’ont pas permis aux Polonais de posséder des armes. L’OUN et sa branche armée l’UPA ont également été impliquées dans le meurtre de milliers de Polonais d’origine non juive, qui n’étaient pas juifs.

Dans son rapport annuel sur l’antisémitisme, le ministère israélien de la Diaspora a indiqué que le nombre d’attaques antisémites enregistrées en Ukraine en 2017 dépassait le total de tous les incidents dans l’ex-Union soviétique. Plus de 130 incidents ont été enregistrés en Ukraine l’année dernière, a déclaré le ministère à JTA, soit le double qu’en 2016.

Au moins un chercheur sur l’antisémitisme en Ukraine, Vyacheslav Likhachev, affilié à l’Association Vaad des communautés et organisations juives d’Ukraine, a rejeté le rapport comme non professionnel et faux.

Le rapport soulignait également la glorification des alliés nazis par les historiens ukrainiens, dont Vladimir Vyatrovitch, directeur de l’Institut ukrainien du souvenir national.

Il a déclaré à Radio Liberté la semaine dernière : « C’est dommage, mais les résultats de l’influence de la propagande [russe] se font ressentir jusque dans les documents de certaines institutions israéliennes.

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