Le groupe Archimedes, qui aurait truqué des élections, travaille à Holon
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Le groupe Archimedes, qui aurait truqué des élections, travaille à Holon

Le Times of Israël suit la piste de la mystérieuse entreprise d'influence politique exclue par Facebook après un "comportement trompeur"

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Le groupe Archimedes, l'entreprise israélienne d'influence de réseaux sociaux interdite par Facebook, opère depuis les bureaux à l'intérieur de ce bâtiment à Holon, le 22 mai 2019. (Times of Israël)
Le groupe Archimedes, l'entreprise israélienne d'influence de réseaux sociaux interdite par Facebook, opère depuis les bureaux à l'intérieur de ce bâtiment à Holon, le 22 mai 2019. (Times of Israël)

La semaine dernière, le réseau social Facebook a annoncé qu’il avait retiré 265 comptes, pages, groupes et événements Facebook et Instagram liés au Groupe Archimedes, une entreprise basée à Tel Aviv, et qu’il allait interdire Archimedes du réseau social.

Facebook a déclaré que l’entreprise, qui se vantait sur son site internet de pouvoir « changer la réalité en fonction des souhaits de notre client », était impliquée dans une « attitude inauthentique coordonnée » visant des utilisateurs dans des pays d’Afrique sub-saharienne, d’Amérique latine et d’Asie du Sud-Est dans un effort visant à influencer les discours politiques dans ces régions.

Facebook a bloqué Archimedes pour son « attitude coordonnée et trompeuse » et a mené une fermeture rapide de comptes et des pages qui visaient directement à perturber des élections dans des pays africains.

Dans l’ensemble, les comptes trompeurs disposaient d’environ 2,8 millions d’utilisateurs, et les pages faisaient réagir plus de 5 000 abonnés, selon des estimations de Facebook. Facebook a déclaré qu’Archimedes avait dépensé environ 800 000 dollars en fausses publicités et que son activité trompeuse remontait à 2012.

Des agences de presse du monde entier ont abordé le sujet, alors que certains ont remarqué que cette fois-ci, c’était des Israéliens, et non des Russes, qui se mêlaient des élections d’autres pays.

« C’est très mauvais pour la réputation d’Israël », a déclaré une source au sein du gouvernement israélien au Times of Israël.

Le site internet du Groupe Archimedes ne donnait aucune information sur qui était derrière le site, à l’exception d’une adresse au 98 rue Yigal Alon à Tel Aviv. Le 16 mai, le Wall Street Journal, en utilisant le réseau social et les autres données disponibles publiquement, a identifié deux des cadres du groupe Archimedes comme étant Elinadav Heymann et Yuval Harel, tous les deux ayant depuis retiré leurs profils des réseaux sociaux.

Le Times of Israël a mis en évidence que le Groupe Archimedes opérait depuis un bureau du 26 rue Harokmim à Holon, en banlieue de Tel Aviv, et est enregistré sous le nom de B. Archimedes Ltd dans le registre des entreprises d’Israël.

La page d’accueil du site internet du Groupe Archimèdes, avant le 16 mai.

Le Times of Israël s’est rendu aux bureaux du groupe Archimedes le 22 mai, et a demandé à parler aux représentants de l’entreprise. On nous a fait sortir du bureau et on nous a déclaré que les cadres de l’entreprise ne voulaient pas parler aux journalistes.

Les bureaux, qui sont situés au sixième étage du bâtiment C du complexe de bureau Azrieli à Holon, sont meublés à la mode dans un style moderne apprécié par les startup israéliennes. A l’intérieur, environ six personnes d’une vingtaine d’années parlaient dans un espace salon. Le bureau n’a pas semblé montrer de signes d’arrêt ou de réduction de ses opérations suite aux révélations de Facebook.

La porte du bureau n’était pas marquée, avec seulement une petite pancarte où l’on pouvait lire « unité 17 » en lettres hébraïques au-dessus de la porte.

L’entrée du bureau du groupe Archimède à Holon en Israël (Times of Israël)

Selon le registre des entreprises d’Israël, B. Archimede Ltd a été enregistré le 21 février 2016 par deux hommes: un avocat nommé Jonathan Ovadia dont le bureau est à Jérusalem, et un homme du nom de Yuval Harel de Har Adar.

L’entreprise est totalement possédée par Bulldozer Holdings Ltd. qui est à son tour possédé par Jonathan Ovadia, Yuval Harel et Elinadav Heymann.

Heyman, qui habite à Jérusalem, est un ancien conseiller de l’ancienne députée de la Knesset Yisrael Beytenu Anastasia Michaeli et ancien directeur des Amis européens d’Israël, une ONG qui fait du lobby au Parlement européen pour le compte de questions liées à Israël. Dans le passé, Heymann a tenu un blog au Times of Israël.

Elinadav Heymann (Capture d’écran: YouTube)

Le Times of Israël a appelé Ovadia, Harel et Heymann pour obtenir une réponse aux accusations que Facebook a faites contre leur entreprise, mais n’a pas pu les contacter.

Cet article sera mis à jour s’ils venaient à répondre.

Pourquoi des Israéliens voudraient se mêler de la politique
africaine ?

Parmi les pays qui seraient ciblés par Archimedes, il y aurait la Malaisie, le Congo, la Tunisie et le Togo. Un rapport du Atlantic Council’s Digital Forensic Research Lab a mis en évidence qu’Archimedes a travaillé pour le candidat victorieux aux élections présidentielles nigériennes en février, le président sortant Muhammadu Buhari. L’une des pages que Facebook a retirée semblait remplie de fausses informations virales attaquant Atiku Abubakar, l’ancien vice-président et principal rival de Buhari. L’image de couverture de la page montrait Abubakar en Darth Vador, le méchant de Star Wars, tenant une pancarte où l’on pouvait lire « Faites que le Nigéria soit encore pire ».

Une source au sein du gouvernement israélien, qui a demandé à rester anonyme, a dit au Times of Israël que s’il n’est pas sûr qu’Israël ait plus d’entreprises de manipulation des réseaux sociaux que d’autres pays, si c’était le cas, ce serait dû au fait que beaucoup de jeunes Israéliens qui servent dans les unités de renseignement de l’armée sont entraînés à utiliser des avatars, ou fausses identités, sur les réseaux sociaux.

« Les renseignements de l’armée israélienne aiment utiliser des avatars, a-t-il dit. Ils les utilisent contre les plus grands ennemis d’Israël et sont très efficaces. Le problème est que vous avez tous ces jeunes gens qui servent dans l’unité de renseignement 8200 et qui savent comment créer de faux profils. Quand ils quittent l’armée, certains disent ‘je veux gagner de l’argent’ et ils vendent leurs compétences à qui voudra bien les payer ».

L’officiel a regretté qu’il n’y avait pas de conséquences négatives pour ceux qui s’engagent dans ce genre d’activités de mercenaire numérique, et qu’en fait, même quand des entreprises israéliennes de manipulation psychologique sont dénoncées au niveau mondial, cela ne semble que leur amener plus des clients.

« Les entreprises font même plus d’argent quand on fait la publicité de leurs activités, mais le pays dans son ensemble est touché au niveau de sa réputation », a déclaré cet officiel.

Un exemple du contenu qui aurait été publié par le groupe Archimède basé en Israël, selon un communiqué de presse du réseau social Facebook le 16 mai 2019. (Facebook)

L’officiel du gouvernement israélien a dit au Times of Israël que les 265 comptes bloqués sont une goutte d’eau dans l’océan, et qu’il y a probablement des dizaines de milliers de faux comptes qui sont gérés par de nombreuses entreprises rien qu’en Israël et des millions de compte du genre dans le monde.

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