Le Labour omet les Juifs dans un clip de campagne défendant les minorités
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Le Labour omet les Juifs dans un clip de campagne défendant les minorités

Sur fond de scandale antisémite, la vidéo publiée par Corbyn mentionne plus de 20 groupes marginalisés et affirme que le parti les "valorisera", mais n'évoque pas la minorité juive

Le chef du parti d'opposition Jeremy Corbyn s'exprime lors d'une manifestation contre la visite d'état du président Donald Trump au Royaume-Unie dans le centre de Londres, le 4 juin 2019. (Tolga Akmen/AFP)
Le chef du parti d'opposition Jeremy Corbyn s'exprime lors d'une manifestation contre la visite d'état du président Donald Trump au Royaume-Unie dans le centre de Londres, le 4 juin 2019. (Tolga Akmen/AFP)

Le chef du Parti travailliste britannique Jeremy Corbyn n’a pas mentionné les Juifs dans une campagne vidéo qui défend la diversité et les droits de plus de 20 groupes.

La vidéo de 68 secondes diffusée samedi présente des images de Britanniques, de villes et de villages, ainsi qu’un discours prononcé en septembre par Dawn Butler, qui détient le portefeuille de l’Égalité des femmes au sein du parti.

Dawn Butler énumère différents groupes de population, dont les LGBT+, les hétérosexuels, les Roms, les Noirs, les Blancs, les Asiatiques, les handicapés, les personnes « qui ont du mal à payer leur loyer » ou « qui portent un hijab, un turban, une croix ». Elle assure qu’un gouvernement travailliste « vous valorisera, soyez simplement qui vous êtes ».

Bien que les Juifs représentent 0,37 % de la population du Royaume-Uni, les dirigeants des principaux groupes juifs ont laissé entendre que cette omission n’était pas liée à la force électorale limitée de la minorité.

Selon eux, elle est plutôt liée au problème d’antisémitisme dans les rangs des travaillistes depuis l’élection de Corbyn à la tête du parti en 2015. Corbyn, un homme politique d’extrême gauche, a soutenu le boycott d’Israël, qualifié le Hamas et le Hezbollah d’amis et a été largement et à plusieurs reprises accusé de ne pas s’attaquer adéquatement à l’antisémitisme rampant au sein de sa formation.

Jonathan Goldstein, président du Jewish Leadership Council, s’exprime devant les manifestants devant le parlement lors du mouvement #EnoughIsEnough organisé par les leaders juifs britanniques pour dénoncer l’antisémitisme au Labour, au mois de mars 2018 (Crédit : Marc Morris/Jewish News)

Le président du Jewish Leadership Council, Jonathan Goldstein, a déploré auprès du Jewish Chronicle que l’omission des Juifs dans la vidéo était « extraordinaire et effrayante » et « montre qu’ils ne considèrent pas la communauté juive ou l’antisémitisme comme égaux face aux autres communautés ou aux autres formes de racisme ».

Le Board of Deputies of British Jews a déclaré que dans la vidéo, « la communauté juive est « effacée » en tant que groupe minoritaire digne de leur soutien ».

Un porte-parole du Parti travailliste a expliqué aux médias britanniques que « cette vidéo a lancé notre ‘Manifeste sur la race et la foi’, qui comprend des politiques visant à garantir la sécurité et le bien-être de la communauté juive, à défendre et à célébrer le mode de vie juif et à combattre l’antisémitisme en Grande-Bretagne et partout en Europe. Un gouvernement travailliste maintiendra le financement du Community Security Trust, considérera les attaques contre les lieux de culte comme une infraction grave et forcera les géants de la technologie à lutter contre l’antisémitisme sur les médias sociaux. »

« Nous protégerons également les droits et libertés religieuses du peuple juif et veillerons à ce que les services publics répondent aux besoins du peuple juif, qu’il s’agisse des services funéraires pour les enterrements rapides ou de la prestation appropriée de services sociaux et de services religieusement et culturellement adaptés à la jeunesse. Nous assurerons également un enseignement plus large sur l’antisémitisme dans les écoles afin que la prochaine génération soit mieux équipée pour reconnaître et combattre ces préjugés. »

La semaine dernière, Corbyn a déclenché l’indignation en refusant à plusieurs reprises de s’excuser pour sa gestion de l’antisémitisme dans le parti lors d’une interview avec la BBC.

Andrew Neil, de la BBC, a pressé Corbyn à six reprises de s’excuser auprès de la communauté juive, suite à la déclaration sans précédent du grand rabbin Ephraim Mirvis selon laquelle les Juifs de Grande-Bretagne étaient « saisis d’anxiété » quant à l’avenir de la communauté dans le pays, dans la perspective d’une victoire travailliste aux élections du 12 décembre.

Après avoir été fustigé pour l’interview mercredi, Corbyn a essayé de calmer le jeu en disant que le parti s’était déjà excusé pour l’antisémitisme dans ses rangs.

Les sondages suggèrent que seulement six pour cent des Juifs britanniques envisagent de voter travailliste. Près de la moitié disent qu’ils « envisageraient sérieusement » d’émigrer si Corbyn – un homme qui, selon 87 % des personnes interrogées, est antisémite – arrivait à Downing Street.

Des groupes juifs l’accusent de permettre une montée massive de l’antisémitisme dans les rangs du parti qui était autrefois considéré comme le foyer naturel des Juifs britanniques. Des milliers de cas de discours antisémite ont été enregistrés au sein du Labour depuis 2015, année où Corbyn a été élu à sa tête.

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