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Le Likud peine à former une coalition devant l’obstination de l’extrême-droite

Ben Gvir demande un portefeuille supplémentaire et rompt les pourparlers ; Smotrich ne cède pas sur la Défense et exige de Netanyahu un engagement pour annexer toute la Cisjordanie

Le chef du parti Otzma Yehudit, le député Itamar Ben Gvir, lors d'une cérémonie en l'honneur du défunt leader extrémiste juif Rabbi Meir Kahane, à Jérusalem, le 10 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le chef du parti Otzma Yehudit, le député Itamar Ben Gvir, lors d'une cérémonie en l'honneur du défunt leader extrémiste juif Rabbi Meir Kahane, à Jérusalem, le 10 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Alors que les pourparlers de coalition visant à mettre en place le prochain gouvernement israélien n’avancent guère, le Likud, dirigé par le Premier ministre élu Benjamin Netanyahu, a été confronté à de nouveaux problèmes dimanche lorsqu’un de ses partenaires clés, le parti d’extrême-droite Otzma Yehudit, a déclaré qu’il quittait la table de négociations en raison d’un désaccord profond sur les postes ministériels proposés.

Otzma Yehudit a déclaré que le Likud cherchait à revenir sur un accord prévoyant la nomination d’un membre du parti d’extrême-droite à la tête du ministère du Développement du Néguev et de la Galilée. Le leader d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, vise déjà le ministère de la Sécurité intérieure, mais comme son parti détient six sièges à la Knesset, il espère obtenir au moins un autre portefeuille.

« Contrairement à un accord antérieur, le Likud s’est rétracté et refuse maintenant de donner le ministère supplémentaire – le Neguev, la Galilée et la Périphérie sociale – à Otzma Yehudit », a déclaré aux médias un responsable du parti qui s’exprimait sous couvert d’anonymat.

« Notre promesse électorale était de renforcer le Néguev, la Galilée et la Périphérie, et nous avons été élus pour tenir nos promesses électorales », a déclaré le responsable.

Il s’agit du dernier obstacle en date auquel se heurtent les partenaires de coalition potentiels de Netanyahu, qui tente de négocier des accords entre un bloc de partis de droite et de partis religieux dirigé par le Likud pour former un gouvernement suite à leur victoire aux élections du 1er novembre.

Netanyahu, qui espérait pouvoir conclure rapidement des accords de coalition pour former un gouvernement, se trouve déjà dans une impasse avec un autre parti d’extrême-droite, le parti HaTzionout HaDatit dont le chef – Bezalel Smotrich – s’obstine à réclamer le poste de ministre de la Défense ou de ministre des Finances au sein de la future coalition.

Le leader de HaTzionout HaDatit Smotrich arrive pour des pourparlers de coalition dans un hôtel de Jérusalem, le 9 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Netanyahu a refusé d’accorder à Smotrich le poste de la Défense en raison de son manque d’expérience dans l’armée, de ses projets potentiellement incendiaires, des répercussions internationales que cela pourrait entraîner et d’autres préoccupations. Sa nomination potentielle a été sévèrement critiquée.

Smotrich n’est pas seulement opposé à la création d’un État palestinien, il soutient également l’annexion de la Cisjordanie et la dissolution de l’Administration civile du ministère de la Défense, qui est responsable des politiques concernant les civils sur le territoire. Sa vision refuserait également aux Palestiniens de Cisjordanie des droits égaux à ceux des habitants des implantations israéliennes. Smotrich s’est également opposé aux efforts en cours pour intégrer davantage de femmes dans les unités de combat militaires.

Netanyahu chercherait à conserver le ministère de la Défense au sein de son parti, le Likud, peut-être en le confiant au député Yoav Gallant.

L’insistance de Smotrich pour obtenir le poste de ministre de la Défense a irrité de nombreux membres du Likud, lesquels estiment que Smotrich fait obstacle à la formation d’un gouvernement.

Dimanche, Smotrich a commenté la publication d’un partisan du Likud qui comparait le leader de HaTzionout HaDatit au chef terroriste du Hamas, Yahya Sinwar, et s’en prenait au parti.

« Il est inacceptable qu’à chaque fois que nous ne nous plions pas aux exigences du Likud, nous soyons traités d’ennemis, que nous fassions l’objet d’incitations à la haine et que nous soyons rabaissés », a tweeté Smotrich.

Smotrich a ajouté que son parti était « un partenaire à part entière du Camp national et du Likud. Nous nous en tiendrons à nos demandes afin d’assurer la mise en place d’un bon gouvernement stable dès que possible, qui (…) fera avancer les véritables politiques de droite ».

Ben Gvir, dont le parti n’avait pas encore déclaré la suspension des pourparlers dimanche après-midi, a écrit en réponse : « Mes amis du Camp national, venez et soyez responsables. Arrêtons les combats inutiles. Il est temps de former un gouvernement qui soit réellement de droite. Le peuple qui nous a élus attend. »

HaTzionout HaDatit, Otzma Yehudit et le parti anti-LGBTQ Noam, qui se sont tous présentés ensemble aux élections, se sont scindés en trois partis distincts dimanche, annulant une alliance technique mise en place pour les besoins de l’élection.

Alors que le ticket commun a remporté 14 sièges lors des élections du 1er novembre, HaTzionout HaDatit en détient désormais 7, Otzma Yehudit de Ben Gvir 6 et Noam 1.

Cette scission pourrait réduire l’influence de Smotrich dans les négociations avec Netanyahu, bien qu’Otzma Yehudit ait juré de faire preuve de solidarité avec HaTzionout HaDatit. Dimanche, les responsables de la faction ont nié que le moment de la scission avait une signification politique.

Le leader du Likud Benjamin Netanyahu et le chef du Shas Aryeh Deri lors de la cérémonie de prestation de serment de la 25e Knesset, au bâtiment du Parlement à Jérusalem, le 15 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Pour compliquer davantage les négociations de coalition, HaTzionout HaDatit exigerait que Netanyahu s’engage à annexer certaines parties de la Cisjordanie dans le cadre des accords de coalition.

L’annexion serait une étape majeure qui enflammerait les tensions avec les Palestiniens et susciterait la colère de la communauté internationale, y compris celle des États-Unis. Elle compliquerait également les objectifs déclarés de Netanyahu d’étendre les Accords d’Abraham et de normaliser les relations avec davantage de pays à majorité arabe.

Le parti de Netanyahu a refusé de conclure tout accord sur l’annexion et la question reste en suspens, selon un reportage de la Treizième chaîne dimanche.

Le parti HaTzionout HaDatit a déclaré dans un communiqué : « Nous travaillons sur des arrangements détaillés concernant des sujets liés au Camp national, y compris la question de la souveraineté. Les détails sont confidentiels. »

Un autre obstacle clé a été le refus du chef du parti Shas, Aryeh Deri, de revenir sur sa revendication du ministère des Finances.

Smotrich a également refusé la demande du Likud de rencontrer Deri pour discuter du poste de ministre des Finances, selon la chaîne publique Kan. Des sources proches de Smotrich ont répondu qu’il demandait le ministère de la Défense et que « les négociations sur le ministère des Finances étaient derrière nous ».

Le chef du Likud, Benjamin Netanyahu, et le responsable de Yahadout HaTorah, Moshe Gafni, à Jérusalem, le 6 novembre 2022. (Autorisation)

Le député de longue date Moshe Gafni, du parti Yahadout HaTorah, a entrepris de servir de médiateur entre Smotrich, Deri et Netanyahu pour tenter de parvenir à un accord, selon Kan.

Il n’est pas certain que Deri soit autorisé à siéger au cabinet en raison de sa récente condamnation judiciaire. Condamné à deux reprises pour des délits financiers et purgeant actuellement une peine avec sursis, Deri n’a pas le droit d’occuper un poste ministériel. Il peut faire appel à la Commission centrale électorale pour qu’elle approuve sa nomination malgré cela, ou la nouvelle coalition peut tenter de faire passer un amendement à la loi actuelle pour lui permettre d’entrer en fonction.

La procureure générale Gali Baharav-Miara a publié dimanche une lettre indiquant que la Commission centrale électorale devrait se prononcer sur l’existence d’une turpitude morale liée à la condamnation du chef du Shas avant qu’il puisse occuper un poste ministériel, compromettant ainsi les négociations de Netanyahu.

Un des sujets ayant fait l’objet d’un consensus tout relatif lors des négociations est la proposition de loi très controversée qui permettrait à la Knesset d’annuler les décisions de la Haute cour de justice (également connue sous le nom de clause dérogatoire). Cette législation est considérée comme une priorité absolue pour les partis HaTzionout HaDatit et Yahadout HaTorah, ainsi que pour de nombreux membres du Likud, et elle pourrait permettre à Netanyahu d’échapper à son procès pour corruption.

Selon des informations non étayées diffusées dimanche sur la Douzième chaîne, la clause dérogatoire prévue, qui n’a pas encore été finalisée, nécessiterait que 80 % d’un panel élargi de 10 ou 12 juges annulent une loi ; la Knesset pourrait alors la légiférer à nouveau avec le soutien d’une très mince majorité de 61 députés. Selon ce même article, la première partie de la réforme est une priorité absolue pour le Likud.

Dimanche également, les partis orthodoxes ont adressé une nouvelle demande à Netanyahu pour que soit adoptée une loi autorisant la séparation entre les sexes lors d’événements financés par des fonds publics.

Cette proposition s’ajoute à plusieurs demandes litigieuses concernant la religion et l’État formulées jusqu’à présent au cours de négociations de coalition, telles que les restrictions draconiennes en matière de politiques d’immigration israéliennes, notamment par la suppression de la « clause des petits-enfants » dans la Loi du retour, la révocation de la reconnaissance par l’État des conversions non-orthodoxes au judaïsme et l’annulation – du moins en partie – des réformes des autorités israéliennes chargées de la cacheroute.

Netanyahu, dont le bloc a remporté 64 des 120 sièges de la Knesset le 1er novembre, a officiellement reçu le mandat de former un gouvernement dimanche dernier, ce qui lui donne 28 jours pour réunir une coalition majoritaire. Si ce délai devait ne pas suffire, il pourrait demander une prolongation de 14 jours au président Isaac Herzog.

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