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Le maire refuse d’enlever l’affiche d’Otzma Yehudit appelant à « bannir l’ennemi »

Carmel Shama-Hacohen dit que le panneau restera sur l'autoroute à moins d'un ordre contraire ; le maire adjoint qualifie l’affiche "d’incitation au meurtre" et a déposé plainte

Une affiche de campagne électorale d'Otzma Yehudit à Ramat Gan, le 28 septembre 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Une affiche de campagne électorale d'Otzma Yehudit à Ramat Gan, le 28 septembre 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le maire de Ramat Gan a déclaré mercredi que malgré l’indignation suscitée par une affiche de campagne du parti d’extrême droite Otzma Yehudit appelant à bannir certains membres d’un parti à majorité arabe en les qualifiant « d’ennemis », il appartient à la commission centrale électorale de décider si elle doit être retirée ou non.

Le panneau publicitaire est affiché sur un mur surplombant l’autoroute Ayalon, une artère principale passant par Tel Aviv et Ramat Gan.

Le maire de Ramat Gan, Carmel Shama-Hacohen, a déclaré à la radio de l’armée que, bien que l’affiche ne soit « pas très plaisante », il ne prendrait aucune mesure à moins qu’une plainte ne soit déposée et qu’un ordre soit donné pour la retirer.

L’affiche a été placée lundi, jour de Rosh HaShana, le nouvel an juif, par Otzma Yehudit, un parti membre de l’alliance d’extrême droite dirigée par le parti HaTzionout HaDatit.

L’affiche montre les visages du leader du parti Hadash-Taal, Ayman Odeh, et de deux membres importants du parti, Ahmad Tibi et Ofer Cassif, respectivement. Ce dernier est le seul membre juif du parti.

Sous leurs photos figure le slogan « Que nos ennemis soient bannis », une citation tirée d’une prière traditionnelle prononcée à Rosh HaShana pour demander le salut divin contre les adversaires.

Carmel Shama-Hacohen, maire de Ramat Gan, lors d’une convention des maires et des chefs de conseils locaux nouvellement élus à Ashkelon, le 27 novembre 2018 (Crédit : Flash90)

L’affiche utilise également le slogan « c’est le temps de Ben Gvir » – reprenant un sketch musical acerbe diffusé la semaine dernière dans l’émission satirique populaire Eretz Nehederet [Un pays merveilleux], qui comparait implicitement le politicien d’extrême droite au dictateur nazi Adolf Hitler dans Ben Gvir time, un numéro de chant et de danse basé sur l’emblématique Springtime for Hitler [Les producteurs] de Mel Brooks (1967).

Shama-Hacohen a ajouté que Tibi s’était adressé à lui pour se plaindre de l’affiche, qui, selon ce dernier, constituait un appel à nuire aux Israéliens arabes.

Le maire a toutefois noté que malgré les affirmations de Tibi et de Cassif affirmant qu’une requête avait été adressée à la commission centrale électorale pour protester contre le panneau, il a constaté qu’aucune plainte de ce type n’avait encore été déposée.

« Cela profite à tous les camps », a déclaré Shama-Hacohen, faisant apparemment référence au tollé politique suscité par l’affiche.

Il a fait remarquer que n’importe qui pouvait introduire une demande pour contester l’affiche auprès de la commission et que celle-ci prendrait probablement une décision à ce sujet.

Shama-Hacohen a défendu la municipalité qui n’a pas encore retiré l’affiche, disant qu’il avait consulté des experts juridiques et en avait conclu que les opinions divergeaient sur la question de savoir si l’affiche devait être ôtée ou pas.

« C’est une affiche peu plaisante », a concédé Shama-Hacohen, mais il a fait remarquer que la municipalité se méfiait de la censure, en particulier en période de campagne électorale.

Il a ajouté que s’il en avait le pouvoir, il aurait probablement demander que soient enlevés les photos des députés qui figurent sur l’affiche, et qu’il avait déjà fait cette suggestion au député Itamar Ben Gvir, chef d’Otzma Yehudit.

La radio de l’armée a rapporté, sans citer de sources, que le parti HaTzionout HaDatit a pris ses distances par rapport à l’affiche, qui, selon lui, a été placée entièrement à l’initiative du parti de Ben Gvir.

Mardi, des militants du parti Avoda, menés par le maire adjoint de Ramat Gan, Roi Barzilai, ont déposé une plainte auprès de la police, accusant le panneau d’être une incitation au racisme et à la violence.

« La police m’a dit avoir ouvert une enquête sur ce panneau haineux et encourageant la violence qu’Itamar Ben Gvir a placé à l’entrée de notre ville, Ramat Gan », a tweeté Barzilai. « Le panneau ne se contente pas de faire offense à la population, mais il constitue également un appel à l’action, et nous sommes en train de nous battre pour qu’il soit retiré immédiatement ! ».

Cassif, plus tôt dans la journée, a également demandé le retrait de la bannière, affirmant qu’elle constituait une « incitation au meurtre. »

Ahmad Tibi, à gauche, et Ofer Cassif, membres du Parti de la Liste arabe unie, lors d’une audience devant la Cour Suprême, à Jérusalem, le 22 août 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ben Gvir a répondu à Cassif par une déclaration dans laquelle il affirme que la banderole appelle à « expulser du pays ceux qui soutiennent et agissent pour nuire aux soldats de Tsahal – et vous et vos amis Tibi et Odeh, partisans du terrorisme, correspondez exactement à cette description. »

Ben Gvir a juré qu’il ne retirerait pas l’affiche et a dit à Cassif « votre place est au parlement syrien et non au parlement israélien. »

Le leader du parti Otzma Yehudit et le député Itamar Ben Gvir s’adressant aux étudiants du lycée Blich, à Ramat Gan, le 20 septembre 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le parti Otzma Yehudit de Ben Gvir a des opinions d’extrême droite et demande l’expulsion des Arabes israéliens qu’il ne juge pas suffisamment loyaux envers l’État. Il est considéré comme le successeur idéologique de Kach, même s’il fait attention à garder ses opinions extrémistes dans les limites de la loi, afin d’éviter d’être banni de la Knesset comme l’a été le parti dirigé par Kahane.

Fervent admirateur du rabbin extrémiste Meir Kahane, qui préconisait le transfert des Arabes d’Israël hors du pays, Ben Gvir a récemment été accusé d’avoir délibérément édulcoré ses convictions extrémistes dans le but de séduire une plus grande partie des Israéliens de droite tout en évitant les lois antiracistes.

Le parti Kach de Kahane a été déclaré organisation terroriste par le gouvernement israélien et le département d’État américain quelques années après l’assassinat de Rabin en 1990, après quoi il a été dissous.

Le législateur d’extrême droite a longtemps gardé une photo de Baruch Goldstein accrochée au mur de sa maison d’Hébron. En 1994, ce dernier avait massacré 29 Palestiniens qui priaient sur le Tombeau des Patriarches à Hébron. Ben Gvir n’a retiré la photo qu’après avoir constaté qu’elle lui portait préjudice sur le plan politique. Lors d’une visite au début du mois dans un lycée de Ramat Gan, il a déclaré qu’il ne considérait plus Goldstein comme un « héros ».

Selon un des membres d’Otzma Yehudit, cette prétendue nouvelle modération ne serait qu’une « ruse » pour aider Ben Gvir à gagner du soutien lors des élections.

D’après l’article 7A de la loi fondamentale : La Knesset, « l’incitation au racisme » est l’une des trois actions pouvant disqualifier un candidat.

Les sondages prévoient que Ben Gvir et son partenaire Bezalel Smotrich, leader du parti HaTzionout HaDatit, obtiendront 12 à 13 sièges lors des prochaines élections du 1er novembre, faisant d’eux les leaders de la troisième plus grande faction de la Knesset après le vote.

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