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« Eretz Nehederet » fait la satire de Ben Gvir avec une reprise de « Springtime for Hitler »

Dans "Eretz Nehederet", le dictateur nazi est remplacé par une incarnation du chef d'Otzma Yehudit et le nazisme par une politique contre les Arabes, les gays et les "gauchistes"

Une scène de l'émission satirique israélienne "Eretz Nehederet" présentant une imitation du leader d'Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, diffusée sur la Douzième chaîne, le 21 septembre 2022. (Crédit :  capture d'écran)
Une scène de l'émission satirique israélienne "Eretz Nehederet" présentant une imitation du leader d'Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, diffusée sur la Douzième chaîne, le 21 septembre 2022. (Crédit : capture d'écran)

L’émission satirique populaire « Eretz Nehederet » a diffusé, mercredi soir, une parodie musicale comparant implicitement le politicien israélien d’extrême-droite, Itamar Ben Gvir, et le dictateur nazi Adolf Hitler.

Le sketch s’est basé sur un emblématique moment de cinéma qui apparaissait dans le film « Les producteurs », qui avait été réalisé en 1967 par Mel Brooks, « Springtime for Hitler » [Les producteurs] – un numéro qui montrait des acteurs, dirigés par un Hitler flamboyant, chanter avec joie une chanson au sujet des projets d’occupation nazie de l’Europe.

Même si ni Hitler, ni les nazis n’ont été explicitement mentionnés dans la version proposée par « Eretz Nehederet », tous ceux qui connaissent ce classique du cinéma n’ont pas manqué de comprendre la référence.

Dans le sketch israélien, un acteur incarnant Ben Gvir, qui tient ici le rôle de Hitler, est invité par un Benjamin Netanyahu visiblement brimé qui interroge de manière théorique : « Qui va m’apporter les votes et me sauver de la justice ? », une référence au procès en cours de Netanyahu, traduit en justice pour corruption.

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Ben Gvir, d’abord maladroit, apparaît alors dans la lumière des projecteurs, avec autour de lui des symboles rappelant le parti Kach, parti qui avait été interdit et qui avait été fondé par feu le rabbin raciste Meir Kahane, dont Ben Gvir est un disciple. Le personnage est entouré par des danseurs et des chanteurs portant des couvre-chefs associés au mouvement nationaliste-religieux et des tee-shirts arborant les logos d’organisations extrémistes comme Kach, Lehava et La Familia.

Le parti Otzma Yehudit de Ben Gvir – désormais allié au parti HaTzionout HaDatit – promeut des opinions d’extrême droite et appelle à l’expulsion des Arabes jugés insuffisamment loyaux envers l’État. Il est considéré comme le successeur idéologique de Kach, bien qu’il ait pris soin de maintenir ses opinions extrémistes dans les limites de la loi, pour éviter d’être banni de la Knesset comme l’a été le parti dirigé par Kahane.

Otzma Yehudit a été créé en 2012, mais n’a pas été en mesure d’obtenir suffisamment de soutien pour entrer à la Knesset avant 2021, lorsque Netanyahu a négocié une alliance avec HaTzionout HaDatit afin d’éviter que les votes de droite ne soient gaspillés lors des élections de cette année-là. La popularité de Ben Gvir a bondi au sein de la droite radicale depuis son entrée à la Knesset.

« C’est l’heure de Ben Gvir… c’est l’heure d’Otzma Yehudit » et « Kahane pour toute la famille », chantonne l’imitateur de Ben Gvir.

L’on soupçonne que Ben Gvir édulcore délibérément ses convictions extrémistes dans le but de séduire un plus grand nombre d’Israéliens de droite tout en évitant les lois antiracistes. Selon l’article 7A de la loi fondamentale : La Knesset, « l’incitation au racisme » est l’une des trois actions qui peuvent disqualifier un candidat.

Un membre d’Otzma Yehudit a récemment déclaré que cette prétendue nouvelle modération était une « ruse » pour aider Ben Gvir à gagner du soutien lors des élections.

Dans la scène « Eretz Nehederet », Ben Gvir détaille ses plans ostensibles une fois qu’il aura pris le pouvoir, en chantant « Nous jetterons les Arabes et les gauchistes dehors, nous transformerons Al-Aqsa en parking, nous remettrons les gays dans le placard ».

Des danseurs miment un train pendant que le groupe chante qu’il faut mettre « des juges sur les wagons » – un autre élément imagé qui, pour beaucoup d’Israéliens, évoquera les transports nazis emmenant les Juifs à la mort dans l’Europe occupée.

« Je me suis adouci, mes amis, ce n’est pas une erreur – ou alors vous vous êtes un peu ouverts au racisme », chante jovialement l’acteur incarnant Ben Gvir, avant d’énumérer une série de demandes ministérielles à Netanyahu.

Après la diffusion de la scène, le vrai Ben Gvir a déclaré à ses followers sur Twitter qu’il avait toujours trouvé « Eretz Nehederet », diffusée sur la Douzième chaîne, drôle malgré les imitations péjoratives de lui-même et de Netanyahu.

« Cependant, aujourd’hui, à la lumière de la haine à mon encontre et à l’encontre de l’ancien Premier ministre Netanyahu, il est clair que nous parlons d’un programme destiné à empêcher le retour de la droite au pouvoir. »

« Ils dépeignent [le chef du parti Raam] Mansour Abbas comme un adorable ours en peluche alors que je suis dépeint comme les antisémites dépeindraient un Juif », a-t-il déclaré. « [Ils] devraient avoir honte. »

Les sondages créditent Ben Gvir et son partenaire Bezalel Smotrich de 12 à 13 sièges lors des élections de novembre, ce qui pourrait faire d’eux les dirigeants de la troisième faction de la Knesset après le scrutin.

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