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Le musée juif virtuel d’Argentine célèbre l’humour de la communauté de Cordoue

En plus de l’histoire et des documents, le site internet propose un « yiddishomètre », un questionnaire sur les mots yiddish et leurs traductions en espagnol

Une capture d’écran de la synagogue Centro Unión Israelita pendant la tournée à 360 degrés. (Capture d’écran du Museo Judio de Cordoba/via JTA)
Une capture d’écran de la synagogue Centro Unión Israelita pendant la tournée à 360 degrés. (Capture d’écran du Museo Judio de Cordoba/via JTA)

BUENOS AIRES (JTA) — Jusqu’à ce que se déclare la pandémie de COVID-19, les juifs de Cordoue, deuxième communauté juive d’Argentine, étaient sur la bonne voie pour parvenir à faire ce que de nombreuses autres communautés dans le monde avaient réussi, à savoir ouvrir un musée consacré à la vie et l’histoire juives locales.

Mais le COVID-19 a fait surgir toute une série de difficultés, logistiques et financières, qui se sont avérées trop difficiles à surmonter. Le groupe de coordination en charge du projet a donc révisé ses plans, optant pour un musée entièrement virtuel.

Passer au virtuel « était à la fois un défi mais également une source de nouvelles possibilités. C’est par exemple le cas de l’interactivité et de la possibilité d’inclure de nouvelles données, des documents, des photos, sans aucune limitation physique », a déclaré Marcelo Polakoff, grand rabbin de la synagogue massorti Centro Unión Israelita, la principale synagogue de Cordoue.

Lancé le mois dernier par le Centro Unión Israelita, qui regroupe la synagogue et une organisation culturelle, le « musée » virtuel offre une chronologie de l’histoire juive de Cordoue, une visite panoramique à 360 degrés de la synagogue, des explications sur les rituels et les fêtes juives, une mappemonde des lieux d’origine des immigrants juifs de Cordoue, le témoignage d’un survivant de la Shoah et une carte interactive des sites juifs de la ville de Cordoue (Cordoue est à la fois le nom d’une province d’Argentine de plus d’un million d’habitants et celui de sa plus grande ville), au premier plan desquels la  »place d’Israël »  et le monument à la mémoire d’Anne Frank.

Le directeur du musée, Florencia Magaril, a déclaré qu’une grande partie du contenu utilisé provenait de documents et objets trouvés dans le sous-sol de la synagogue.

« Désormais, les objets, les archives, toute l’Histoire, sont disponibles en ligne », a-t-elle indiqué.

La visite panoramique de la synagogue et une page d’archives, pleine de photos et d’enregistrements audiovisuels de la communauté au fil des ans, ont rencontré un vif succès, a dit Magaril. C’est sans doute dû au fait que le site s’adresse aux Juifs comme aux non-Juifs, ces derniers étant particulièrement fascinés par l’intérieur de la synagogue.

Une autre section, ludique, est également plébiscitée : il s’agit du « yiddishomètre », un quiz sur les mots yiddish et leur traduction en espagnol

Le musée virtuel de Cordoue comprend le jeu populaire « yiddishomètre ». (Capture d’écran du Museo Judio de Córdoba/via JTA)

Ce journaliste n’a répondu qu’à 67 % des questions correctement, alors le système lui prodigue quelques conseils en yiddish, tout en concluant « vous apprenez assez bien ».

Le quiz est représentatif du grand sens de l’humour des résidents de Cordoue, réputés pour être un peuple festif et drôle, qu’illustrent leur célèbre style de musique (le genre cuarteto ludique) ou leur boisson préférée (le fernando, un mélange de liqueur italienne Fernet et de cola). Même leur représentant au Parlement, Luis Juez, est en quelque sorte un ambassadeur de cette culture humoristique.

Les Juifs de Cordoue ne font pas exception à la règle : le président du Centro Unión Israelita, Hugo Waitman, s’est enorgueilli de la présence des deux rabbins de la synagogue, « des gens très drôles ». Le musée virtuel propose d’ailleurs des liens vers des vidéos de moments loufoques survenus au sein de la congrégation au fil des ans.

« Nous n’avons pas de rubrique particulière sur l’humour, mais oui, l’humour de la communauté se retrouve dans le « yiddishomètre » comme dans le concept ludique du musée dans son ensemble», a déclaré Magaril.

Vue panoramique à 360 degrés de l’intérieur de la synagogue Centro Unión Israelita. (Capture d’écran du Museo Judío de Córdoba/via la JTA)

Le concept du musée a vu le jour en 2015, au moment où la communauté, aujourd’hui un mélange composite de quelque 8 000 personnes, célébrait son centenaire. Les premiers immigrants de la région étaient en effet arrivés entre 1900 et 1915, a indiqué Waitman, également historien de la communauté juive de Cordoue.

La congrégation a alors entamé des recherches sur l’histoire de ces migrants, retraçant comment certains d’entre eux, arrivés au port de Buenos Aires, s’étaient ensuite rendus à plus de 600 km au nord-ouest dans une région riche en ressources naturelles, verdure, plans d’eau et montagnes. Ils ont imprimé un document relatant cette histoire, mais ont convenu qu’il y avait moyen de faire davantage et de rendre hommage à leurs ancêtres.

« Après la célébration du centenaire, les membres ont convenu que nous avions besoin d’un musée, particulièrement pour rendre hommage aux immigrants qui s’étaient installés ici sans parler la langue », a déclaré Waitman.

L’Allemand Simon Ostwald, qui serait le premier Juif de Cordoue, est arrivé en 1870. Vingt ans plus tard, huit familles juives complètes l’auraient rejoint : quatre de Russie, une d’Autriche, deux d’Espagne et une d’Italie. On estime à 35 le nombre total d’immigrants juifs à Cordoue au début du 20e siècle.

Le 20 septembre 2020, le rabbin Marcelo Polakoff, grand rabbin du Centre Israélite de Cordoue, fait résonner le shofar dans un « drive-in » à Rosh Hashanah. (Autorisation du Centre Israélite de Cordoue/via la JTA)

Fondé en 1906, le groupe communautaire Centro Unión Israelita a accueilli une école hébraïque deux ans plus tard. La première synagogue a été inaugurée en 1916 et le premier cimetière juif, en 1923.

La chronologie du musée en ligne rappelle également que la toute première femme de toute l’histoire de la province à obtenir un diplôme universitaire était juive. Margarita Zatzkin, venue d’Odessa à l’âge de 7 ans, a obtenu un diplôme de pharmacie en 1905 et un diplôme de médecine trois ans plus tard (la première femme de Cordoue également, en l’espèce).

Albert Einstein fait également partie du musée. La chronologie comprend des photos de sa visite à la communauté dans le cadre d’un voyage en Argentine effectué en 1925.

La chronologie ne fait pas d’impasse sur des événements plus sombres, tels qu’une attaque à l’explosif perpétrée contre la synagogue, le 18 octobre 1945.

Polakoff a noté que Cordoue, comparée aux autres communautés juives du monde, n’avait jamais connu de taux élevés d’antisémitisme.

« Je me déplace toujours avec ma kippa et je n’ai jamais eu de problèmes », a déclaré Polakoff, qui a quitté Buenos Aires pour Cordoue il y a 20 ans. « Peut-être que l’une des raisons est le travail que nous faisons avec les Chrétiens et les Musulmans, ici, en promouvant la coexistence et les bonnes relations, d’une manière très visible. »

Marcelo Polakoff est le rabbin de Cordoue, province d’Argentine centrale. (Noga Tarnopolsky)

À titre d’exemple de ce travail, trente dirigeants de différentes obédiences religieuses d’Amérique latine et des Caraïbes ont signé en 2017 ce que l’on a appelé la « Déclaration de Cordoue », identifiant la région comme zone de coexistence interreligieuse. Il s’agit d’une initiative de COMIPAZ, le premier comité interconfessionnel formel d’Argentine.

Le musée met également en lumière des choses plus légères, comme par exemple le fameux Yiddishomètre, qui intéresse davantage les non-Juifs désireux d’en apprendre plus sur la culture juive, précisent les dirigeants du musée.

« Nous pensons que nous donnons à notre communauté tout ce qui est à notre portée pour l’assurer de notre soutien. Nous voulons qu’elle aille bien et cela passe par le bonheur, l’humour et la joie », a conclu Waitman.

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