Le nombre d’appels au numéro d’urgence pour les suicides en forte hausse
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Le nombre d’appels au numéro d’urgence pour les suicides en forte hausse

Selon le directeur du groupe qui gère le centre d'appel, la plupart des appelants ont d'abord cité la solitude et les craintes pour la santé, mais aussi des difficultés financières

Photo d'illustration : Une femme pendant le confinement (Crédit : iStock)
Photo d'illustration : Une femme pendant le confinement (Crédit : iStock)

Les appels des Israéliens aux lignes d’écoute depuis mars ont augmenté de 30 % par rapport à la même période l’année dernière, et il y a eu une forte augmentation des signalements de tentatives de suicide, selon la principale organisation d’aide du pays en la matière.

Un rapport publié la semaine dernière par ERAN Emotional First Aid by Telephone & Internet indique que depuis la mi-mars, lorsque le gouvernement a imposé un confinement national et des restrictions strictes en matière de distanciation sociale, 143 000 appels à des lignes d’assistance téléphonique de crise ont été enregistrés.

Le document, rapporté par Zman Yisrael, le site jumeau du Times of Israel en langue hébraïque, dit que 133 000 des appels étaient destinés à la ligne d’ERAN,
7 000 à l’association Sahar, et 3 000 à NATAL – le Centre israélien de traumatisme et de résilience, qui aide les victimes du terrorisme et de la guerre.

Quelque 2 880 appels concernaient des pensées suicidaires, selon le rapport.

Il ajoute que la plus forte augmentation des appels est survenue en mars et avril, lorsque le pays était sous le coup d’un confinement général qui a forcé la fermeture des cliniques de santé mentale et des services des hôpitaux psychiatriques.

Lorsque le confinement a pris fin début mai et que l’économie s’est rouverte, le pic a ralenti, mais il a rebondi en juin et juillet lorsque le virus est réapparu et a forcé des confinements partiels.

Alors qu’au début, la plupart des appels concernaient la solitude, l’isolement et les craintes pour la santé, la deuxième vague d’appels a de plus en plus porté sur la détresse financière, indique le directeur général d’ERAN, David Koren.

David Koren, directeur général d’Eran. (Autorisation)

« Il y a des gens dont le problème aujourd’hui est qu’ils ne savent pas ce qui va se passer pour eux demain, comment ils payeront leur loyer ou leur prêt immobilier et achèteront de la nourriture », explique David Koren à Zman Yisrael. « D’autres se sentent soudainement superflus, n’ont plus rien à faire d’eux-mêmes, que l’entreprise dans laquelle ils ont investi a complètement fermé ou que leur emploi n’existe plus et qu’il n’y a pas de nouvel emploi à l’horizon ».

Il rapporte également que la « politique d’instillation de la peur » menée par certains organismes officiels dans le cadre de la pandémie a contribué à renforcer les sentiments d’anxiété.

« Je comprends la nécessité pour les gens de se conformer aux instructions et d’éviter l’infection. Mais instiller la peur, des menaces exagérées sur des choses qui ne se sont pas produites et ne se produiront pas vraiment, a de lourdes conséquences mentales », déplore David Koren.

Selon ERAN, 60 % des personnes qui ont appelé sa ligne d’assistance sont des femmes et 40 % ont moins de 40 ans. Parmi les personnes qui ont appelé, 26 % ont dit ressentir un sentiment de solitude, 59 % ont cité l’anxiété ou un sentiment de crise et 15 % ont dit éprouvé une grave détresse mentale.

Le groupe a étendu ses opérations pendant la crise du coronavirus, en lançant des lignes spéciales pour les Israéliens arabes, les Juifs ultra-orthodoxes et les locuteurs d’amharique.

Selon un rapport publié mercredi dans le quotidien Haaretz, 70 personnes ont appelé ERAN depuis le mois de mai alors qu’elles tentaient de se suicider ou exprimaient leur intention de le faire en raison de difficultés financières. En 2019, elles étaient 10.

« La propension au suicide dans un contexte économique n’était pas significative avant le coronavirus », indique au journal le Dr Shiri Daniels, directrice professionnelle d’ERAN. « Depuis mai, c’est le facteur le plus important qui conduit les gens au suicide. »

Des Israéliens protestent sur la place Rabin de Tel Aviv contre la politique économique du gouvernement pendant la pandémie de coronavirus, le 11 juillet 2020. (Jack Guez/AFP)

Erin Daniels a noté que les recherches montrent qu’il y a normalement une baisse des suicides pendant les crises, car les gens sont plus concentrés sur les problèmes externes et moins sur les questions personnelles. Elle a cependant ajouté que les mêmes recherches montrent une augmentation de la dépression et des suicides dans les années qui suivent une crise.

« Il est important de se rappeler que la crise du coronavirus est inhabituelle et qu’il est donc difficile de prévoir ses conséquences », souligne la psychiatre.

Elle rapporte également qu’il semble y avoir un lien entre le nombre croissant de jeunes qui appellent et le nombre croissant de personnes qui citent les problèmes économiques comme cause de leur détresse.

« La persistance du préjudice économique et une longue crise de l’emploi pourraient conduire à une augmentation des suicides et des troubles de santé et mentaux », avertit-elle.

Malgré l’augmentation des appels à la ligne d’écoute, ERAN a été incapable de former davantage de volontaires en raison des restrictions du ministère de la Santé sur les rassemblements, et a signalé que 400 postes étaient vacants.

En mars, Erin Daniels expliquait à la chaîne Kan que les sentiments d’incertitude et de manque de contrôle exposaient les gens à une détresse psychologique.

Dr Shiri Daniels. (Facebook)

Il est important d’affirmer le contrôle de l’information et de ne pas se laisser contrôler par elle, a-t-elle conseillé – de choisir quand et pendant combien de temps écouter les nouvelles et les informations relatives aux coronavirus et de laisser du temps pour faire des choses qui ont du sens.

Elle a recommandé de maintenir une routine à la maison, de se lever à l’heure, de s’habiller, de prendre des repas réguliers et de continuer à faire de l’exercice physique.

Elle a également suggéré de faire entrer la nature dans la maison, en disant : « C’est bon pour le système immunitaire et pour la santé physique et mentale. Ouvrez les fenêtres, laissez entrer le soleil. Si vous avez des plantes ou des fleurs, occupez-vous-en. Si vous avez des animaux domestiques, caressez-les. Ce sont des choses qui nous donnent un sentiment de connexion. Et ne restez pas seul. Nous pouvons y arriver ensemble. C’est pour cela que nous sommes ici ».

Et d’ajouter : « Loin est le nouveau proche », en ce sens qu’une conversation à distance n’est pas moins significative qu’un face à face.

Interrogée sur la manière d’expliquer la situation aux jeunes enfants, Erin Daniels a répondu que la première étape consistait à ce que les parents soient détendus, car le stress est immédiatement perçu par les enfants, même les plus petits.

Sue Surkes a contribué à cet article.

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