Le premier doctorant jordanien d’Israël : scientifique et idéaliste
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Le premier doctorant jordanien d’Israël : scientifique et idéaliste

Amer Sweity, expert en dessalement, est dans une position exceptionnelle pour construire des ponts - et des pipelines

Amer Sweity dans son laboratoire à l'Université Ben Gourion, au campus de Sde Boker, dans le Néguev,  le 18 mai 2015 (Crédit : Renee Ghert-Zand / Times of Israël)
Amer Sweity dans son laboratoire à l'Université Ben Gourion, au campus de Sde Boker, dans le Néguev, le 18 mai 2015 (Crédit : Renee Ghert-Zand / Times of Israël)

Amer Sweity vit à la Midreshet Ben Gurion à Sde Boker, une minuscule communauté située à quelque 50 kilomètres au sud de Beer Sheva.

C’est un pionnier du désert du Néguev, mais pas au sens usuel du terme. Résidant et effectuant des recherches à l’Institut Jacob Blaustein de recherche sur le désert de l’université Ben Gurion, Sweity est récemment devenu le premier citoyen jordanien à obtenir un diplôme de doctorat d’une université israélienne.

En fait, sur la base des enquêtes que le Times of Israel a effectuées avec plusieurs des plus grandes universités israéliennes et le Conseil de l’enseignement supérieur, il semble que Sweity, 34 ans, soit le premier ressortissant étranger d’un pays arabe à avoir reçu un doctorat en Israël.

Sweity, qui a reçu le Prix d’excellence du recteur du BGU à l’obtention de son diplôme en mars dernier, est un expert en matière de dessalement. Ses recherches portent sur les membranes de polyamide utilisées dans le processus de transformation de l’eau de mer en eau potable. Plus précisément, il cherche à optimiser l’utilisation de divers produits chimiques ajoutés à l’eau de mer pour éviter l’entartrage sur les membranes.

« Ces produits chimiques peuvent causer des effets secondaires. Nous voulons déterminer si les produits chimiques diminuent l’efficacité des membranes, ou s’ils créent une croissance bactérienne sur les membranes », affirme Sweity en montrant le laboratoire où il a fait sa thèse de doctorat financée par l’Autorité des eaux d’Israël.

« En outre, 50 % de l’eau utilisée dans le processus de dessalement devient de l’eau récupérée et retourne dans la mer. Cette eau récupérée contient le double de la teneur en sel et des produits chimiques, et nous devons observer quel effet cela a sur la communauté microbienne », poursuit-il.

Amer Sweity a reçu le Prix de l'excellence du recteur après avoir terminé son doctorat à l'université Ben Gurion dans le Néguev en mars 2015 (Crédit : Autorisation)
Amer Sweity a reçu le Prix de l’excellence du recteur après avoir terminé son doctorat à l’université Ben Gourion, dans le Néguev, en mars 2015 (Crédit : Autorisation)

L’intérêt de Sweity pour la recherche de l’eau n’est nullement surprenant au regard du fait que son pays souffre d’une grave pénurie d’eau.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la Jordanie a l’un des plus bas niveaux de disponibilité des ressources en eau par habitant dans le monde.

« La pression exercée par les réfugiés syriens aggrave encore la situation », observe Sweity à propos du million de réfugiés irakiens et syriens qui ont traversé la frontière vers la Jordanie suite à la guerre civile syrienne qui fait rage depuis 2011.

Dans la capitale jordanienne d’Amman, où vit la famille de Sweity, l’eau coule des robinets dans les foyers seulement une fois par semaine. « C’est comme ça, même en hiver, et c’est ainsi depuis environ 20 ans », commente Sweity.

Sweity a postulé à des postes de post-doctorants en Hollande, en Israël et dans plusieurs pays arabes. Il est déterminé à retourner bientôt en Jordanie pour aider à contribuer aux efforts de dessalement de l’eau.

En particulier, il aimerait être impliqué dans le projet mer Rouge-mer Morte, une collaboration majeure entre Israël, la Jordanie et l’Autorité palestinienne, soutenue par la Banque mondiale, pour fournir de l’eau potable à Eilat et à Aqaba et élever le niveau de la mer Morte.

Lorsque Sweity a obtenu son diplôme de premier cycle en gestion des terres et de l’eau à l’Université hachémite à Zarqa, en Jordanie, il savait qu’il voulait étudier le dessalement et qu’Israël était le meilleur endroit pour ce faire.

« Cinq usines de dessalement ont été construites en Israël et cela a tout changé pour Israël en terme d’eau », dit-il en se référant à la solution israélienne à sa crise historique de l’eau.

Ses parents, originaires du village palestinien de Beit Awwa, au sud de Hébron, ne se sont pas vraiment réjouis à l’idée que leur fils (le septième de leurs huit enfants et le seul à poursuivre des études académiques) ait dû s’installer en Israël pour poursuivre ses études.

« Ma famille a été choquée au premier abord. Ils avaient peur en raison de ce qu’ils voyaient dans les nouvelles et les médias. Il y avait encore les tensions suite à la Seconde Intifada et ils pensaient que c’était dangereux », raconte Sweity.

Amer Sweity lors d'une visite au mont du Temple à Jérusalem. (Crédit : Autorisation)
Amer Sweity lors d’une visite au mont du Temple, à Jérusalem. (Crédit : Autorisation)

« J’ai même dû me battre avec eux à ce sujet. J’avais vraiment besoin de cette expérience. Je savais que ce genre de hasard ne survient pas tous les jours. »

Sweity est arrivé en 2006 à l’Institut Arava pour ses études environnementales, au kibboutz Ketura, pour commencer un programme de maîtrise.

Il a poursuivi à l’université Ben Gourion, où il s’est bien intégré au sein des autres étudiants et professeurs, selon le professeur Yoram Oren, qui était alors à la tête du Département du dessalement et de traitement de l’eau à l’Institut Zuckerberg de recherche de l’eau.

« Amer s’est rapidement habitué à la scène israélienne et son hébreu est très bon. Nous l’aimons beaucoup et regrettons qu’il nous quitte. »

Avant de venir en Israël, Sweity n’avait jamais rencontré de Juif et ne parlait pas l’hébreu. Dans les trois ans suivant son arrivée, il avait appris à parler, lire et écrire couramment l’hébreu tout seul, et il s’est fait de nombreux amis de divers milieux religieux à travers le pays. Quand il n’est pas au laboratoire, il aime faire de la randonnée, nager et jouer au football.

Il a fallu un peu de temps pour que Sweity, issu d’une famille musulmane traditionnelle, puisse s’adapter à la société israélienne, qu’il trouve beaucoup plus ouverte que celle dans laquelle il a grandi à Amman.

« Israël était trop ouvert pour moi au début. Je ne suis pas habitué à boire et à faire la fête », sourit-il.

Sweity a vécu dans le sud d’Israël pendant trois confrontations avec Gaza. Il ne cache pas ses craintes devant ce qu’il appelle « la situation dans son ensemble ».

« Le combat n’a pas de sens. Les politiciens ne comprennent pas la situation, et ceux qui ne vivent pas à proximité de Gaza non plus. Les gens qui vivent ici ont voté pour la gauche », dit-il, en commentant la réélection du Premier ministre de droite Benjamin Netanyahu, en mars dernier.

Il est également frustré par le fait que la Jordanie, en état d’alerte en raison de l’instabilité à ses frontières avec l’Irak et la Syrie, est forcée d’investir massivement dans la sécurité, ce qui diminue ses ressources, pour résoudre les problèmes d’eau du pays.

Qualifiant Sweity de « brillant, très talentueux et très ambitieux », Oren dit qu’il peut aisément l’imaginer travailler dans des universités ou pour une entreprise en Jordanie et défendre une plus grande coopération avec Israël et une paix plus solide entre les pays.

Sweity lui-même reconnaît que sa motivation à terminer son doctorat et à mener des recherches dans le dessalement dépasse de loin son souhait de faire la fierté de sa famille.

« Je veux faire quelque chose pour les générations à venir dans tous les pays de la région. La science ne connaît pas de frontières. »

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