Le président du Soudan rencontre Netanyahu en Ouganda en vue d’une normalisation
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Le président du Soudan rencontre Netanyahu en Ouganda en vue d’une normalisation

Abdel Fattah al-Burhan a rencontré le Premier ministre israélien en Ouganda, marquant un tournant spectaculaire après que le pays à majorité musulmane a quitté la sphère iranienne

Le général soudanais Abdel-Fattah Burhan, chef du gouvernement de transition, en juin 2019. (AP Photo/Hussein Malla)
Le général soudanais Abdel-Fattah Burhan, chef du gouvernement de transition, en juin 2019. (AP Photo/Hussein Malla)

ENTEBBE, Ouganda – Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a rencontré lundi le leader de la transition du Soudan, Abdel Fattah al-Burhan, au cours d’une visite éclair en Ouganda, ce qui a permis d’améliorer considérablement les liens avec un ancien ennemi acharné.

Netanyahu et Burhan se sont rencontrés en secret à Entebbe, dans la résidence du président ougandais Yoweri Museveni, et ont convenu de normaliser progressivement leurs relations, a déclaré un haut fonctionnaire israélien au Times of Israel, sous couvert d’anonymat.

Cette rencontre marque un tournant décisif pour les deux pays, autrefois ennemis jurés et toujours techniquement en guerre. Le Soudan – un pays arabo-musulman du nord-est de l’Afrique – s’est récemment éloigné de l’influence de l’Iran sur l’implication de ce dernier au Yémen, et a évincé le dictateur de longue date Omar al-Bashir il y a un an.

M. Netanyahu a déclaré après la réunion qu’il estimait que le Soudan évoluait dans une direction nouvelle et positive.

Selon le bureau de Netanyahu, il avait fait cette remarque au secrétaire d’État américain Mike Pompeo.

Dimanche, Burhan a été invité à se rendre à Washington par Pompeo lors d’un appel téléphonique, dans ce qui serait le premier voyage de ce type effectué par un dirigeant soudanais depuis trois décennies.

Le bureau de Netanyahu a déclaré que Burhan avait exprimé son intérêt pour la modernisation de son pays et pour le sortir de l’isolement international.

Burhan n’a pas été aperçu par les dizaines de reporters qui étaient présents pour couvrir la rencontre Netanyahu-Museveni à Entebbe, et le voyage n’a pas été rapporté dans la plupart des médias soudanais.

En partance pour l’Ouganda lundi matin, M. Netanyahu a déclaré qu’il espérait renforcer les liens avec ce pays, « et j’espère qu’à la fin de la journée, nous aurons de très bonnes nouvelles pour Israël ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (2e en partant de la gauche) et son épouse Sara (à gauche) rencontrent le Président ougandais Yoweri Museveni (2e en partant de la droite) et son épouse Janet Museveni à Entebbe, en Ouganda, le 3 février 2020. (Haim Zach/GPO)

Netanyahu a fait de la multiplication des relations en Afrique un élément central de sa politique étrangère.

En 2019, il a rétabli des liens avec le Tchad, et a laissé entendre, lors d’une visite sur place, qu’il travaillait à établir des relations avec d’autres pays, dont le Soudan, semble-t-il.

Les responsables israéliens ont longtemps exprimé le souhait d’améliorer les liens avec Khartoum, en citant son importance dans la région ainsi que sa situation géographique.

Un haut responsable israélien a déclaré aux médias de langue hébraïque en janvier 2019 qu’une visite à Jérusalem du leader tchadien Idriss Déby posait les bases d’une normalisation des relations avec les pays à majorité musulmane que sont le Soudan, le Mali et le Niger.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), et le président du Tchad Idriss Déby au palais présidentiel de N’Djamena, au Tchad, le 20 janvier 2018. (Crédit : Kobi Gideo/GPO)

Selon un rapport de l’époque, la poussée diplomatique d’Israël en Afrique était en partie motivée par le désir de faciliter les voyages aériens vers l’Amérique latine. L’utilisation de l’espace aérien de pays africains traditionnellement hostiles – à savoir le Tchad et le Soudan – permettrait aux compagnies aériennes de proposer des vols plus rapides et plus directs entre Israël et le continent.

Une source israélienne a confirmé lundi que Jérusalem s’attendait à ce que les compagnies aériennes israéliennes puissent survoler le Soudan dans un avenir proche.

Le Soudan n’a actuellement pas de président en exercice, car le pays est en plein processus de transition depuis la destitution de Bashir, le dirigeant de longue date, en avril 2019. En 2009, Bashir a été inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) pour les atrocités commises au Darfour.

Burhan est le président du Conseil de souveraineté du Soudan, un groupe de 11 membres qui dirige le pays jusqu’en novembre 2022, date à laquelle des élections démocratiques sont prévues.

La population célèbre le premier anniversaire des manifestations de masse qui ont conduit à l’éviction de l’ancien président et autocrate de longue date Omar al-Bashir à Khartoum, au Soudan, le 19 novembre 2019. (AP Photo)

En septembre, quelques jours seulement après la prestation de serment du nouveau cabinet soudanais, la nouvelle ministre des Affaires étrangères Asma Abdullah a indiqué que son pays serait intéressé à établir des relations avec Israël si et quand le conflit israélo-palestinien serait résolu.

Interrogé par Al Jazeera dans une interview télévisée pour savoir si Khartoum et Jérusalem allaient établir des relations, Abdullah a répondu : « Ce n’est pas le moment ».

Toutefois, elle a déclaré que le Soudan n’avait en principe pas de problème pour établir des relations avec Israël et pourrait le faire à l’avenir. Elle a balbutié : « Bien sûr, en principe… Je veux dire, si vous regardez les États arabes… La plupart d’entre eux ont des relations d’une manière ou d’une autre. Le Soudan est l’un de ces États arabes, mais ce n’est pas le moment ».

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