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Le projet d’amphithéâtre près du cratère Ramon mauvais pour la faune

La ministre de la Protection de l’environnement et le chef de l’autorité des parcs ont demandé le gel du projet

Une pluie de météorites par ciel clair au-dessus du cratère Ramon, dans le sud d’Israël. (Crédit : Yaniv Cohen, INPA)
Une pluie de météorites par ciel clair au-dessus du cratère Ramon, dans le sud d’Israël. (Crédit : Yaniv Cohen, INPA)

Des scientifiques de haut niveau de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA) et du ministère de la Protection de l’environnement ont indiqué que le projet d’installation d’un amphithéâtre de concert au beau milieu de la réserve naturelle du cratère Ramon, dans le sud d’Israël, nuirait à la faune et priverait le lieu du titre envié de réserve internationale de lumière stellaire.

Roni Marom, maire du conseil de Mitzpe Ramon, souhaite mettre en œuvre un projet approuvé il y a de cela dix ans, afin d’organiser 10 spectacles ouverts au public, chaque année, les soirs de pleine lune, et quatre événements supplémentaires au profit du conseil.

Il est question d’installations temporaires déployées sur une zone de 1,5 hectare d’anciennes carrières de gypse, à l’ouest de la route 40, dans une zone entourée d’une réserve naturelle.

Quelque 1 500 personnes seraient autorisées à participer à chaque spectacle, artistes, techniciens et personnel de production compris.

Lundi, la ministre de la Protection de l’environnement, Tamar Zandberg, a écrit à Marom, pour lui demander de renoncer à ce projet et chercher d’autres lieux pour installer son amphithéâtre.

Marom n’a pas fait de commentaire.

Le site retenu pour l’amphithéâtre, à côté du site de glamping de Selina. (Avec l’aimable autorisation de Lev Hamidbar)

Le cratère, a déclaré Zandberg, a été reconnu par le ministère comme l’un des sites les plus sensibles du pays en matière écologique.

Elle dit avoir demandé à la directrice de l’INPA, Raya Shourky, d’élaborer un projet touristique différent pour le site, sans nuisances pour la nature.

Shourky a expliqué que les dégâts causés à la faune par la lumière et le bruit étaient beaucoup mieux compris aujourd’hui qu’il y a dix ans.

Dans un avis joint à la lettre de Zandberg, l’écologiste de l’INPA Noam Lieder a déclaré que le bruit des concerts endommagerait l’acoustique naturelle du cratère et serait entendu à 10 kilomètres à la ronde, avec un « impact écologique aigu et nocif » ressenti jusqu’à trois kilomètres de distance.

Par impact écologique aigu nocif, on entend un impact physiologique ou comportemental sur les animaux, même après une perturbation ponctuelle, explique Lieder.

Des oiseaux comme les rapaces ou les reproducteurs au sol pourraient abandonner temporairement leur nid et la recherche de nourriture, la reproduction ou encore les stratégies d’évitement des prédateurs pourraient s’en trouver altérées.

L’éclairage artificiel – qui génère une aura particulièrement grande par temps nuageux, humide ou poussiéreux – pourrait bouleverser les habitudes de recherche de nourriture, de reproduction et même d’autodéfense des animaux nocturnes, poursuit Lieder, et pourrait également perturber l’horloge biologique des animaux et des plantes.

Le cratère Ramon dans le sud d’Israël. (Crédit : Doron Nissim, INPA)

Lieder précise que la télédétection par satellite était parvenue à détecter la pollution lumineuse générée par des événements de bien moindre ampleur sur un site de glamping situé à proximité. Ce site se trouve à côté de la zone choisie pour le projet d’amphithéâtre.

Des représentations en amphithéâtre nécessiteraient des éclairages six fois plus importants, ajoute-t-il, alors même que l’éclairage n’est pas repris dans les documents d’appel d’offres pour la construction de la nouvelle installation.

La scientifique en chef du ministère de la Protection de l’environnement, Noga Kronfeld-Schor, a ajouté dans son opinion écrite que de nouvelles études auxquelles elle avait pris part montraient que l’exposition à un éclairage artificiel de faible intensité, mais de longue durée, occasionnait une « surmortalité » chez les rongeurs du désert et des « dommages graves » à leur reproduction.

Il n’y a aucune raison de ne pas supposer que de tels dommages affecteraient de nombreuses autres espèces dans l’écosystème désertique particulièrement sensible du cratère Ramon, ajoute-t-elle. « Rien ne plaide en faveur » de l’établissement d’un amphithéâtre en ces lieux.

Observation des étoiles depuis le cratère Ramon, dans le sud d’Israël. (Crédit : Yaniv Cohen, INPA)

Chaque année, au mois d’août, des dizaines de milliers d’observateurs du ciel et des étoiles se rendent dans la zone du cratère pour assister à la spectaculaire pluie de météores des Perséides.

En 2017, au terme de nombreuses années d’efforts – de l’INPA et d’autres organisations -, l’International Dark-Sky Association avait accordé au site le titre prestigieux de réserve internationale de lumière stellaire.

Il s’agit toujours de l’unique réserve de ce type au Moyen-Orient, qui respecte des normes rigoureuses et fait l’objet d’un examen régulier.

Le ministère et l’INPA craignent que les projets du conseil ne remettent en cause ce titre très convoité.

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