Le retour de Saar en politique n’inquiète pas vraiment Netanyahu
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Analyse

Le retour de Saar en politique n’inquiète pas vraiment Netanyahu

En promouvant davantage son parti que sa personne, l'ancien ministre félicite le Premier ministre pour sa politique face à l'administration Obama

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Gideon Saar (au centre) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 21 août 2014 (Crédit : Moshe Milner/Flash90)
Gideon Saar (au centre) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 21 août 2014 (Crédit : Moshe Milner/Flash90)

Gideon Saar est de retour. L’ancien ministre du Likud, l’adversaire le plus redoutable de Benjamin Netanyahu à la tête du parti, a déclaré qu’il reprenait sa carrière politique après 3 ans de pause.

Sur une estrade flanquée du drapeau israélien et ornée des photos de l’ancien Premier ministre Menachem Begin et de Theodor Herzl, l’ancien numéro 2 du Likud a annoncé, face à une foule en liesse, son retour tant attendu.

Mais à en croire la conférence de presse de lundi, Saar n’a pas l’air prêt d’entrer en guerre, si son objectif est de récupérer la direction du parti des mains du Premier ministre.

Dans ses propos, Saar n’a ni mentionné ni fait allusion à une quelconque ambition de se présenter au poste de Premier ministre. Il s’est abstenu de critiquer son rival Netanyahu, et l’a félicité pour avoir résisté à la pression exercée par l’administration Obama.

Il n’a pas non plus parlé du nouvel audiovisuel public ni du compromis conclu entre Netanyahu et le ministre des Finances Moshe Kahlon, qui risque de faire perdre à Geula Evan, l’épouse de Saar, ses fonctions de présentatrice après la réforme.

En effet, durant son discours à un évènement du Likud, dans la ville septentrionale d’Akko, Saar, qui, bien qu’il ait mis sa carrière politique sur pause pour passer du temps avec sa famille, continuait d’apparaître dans les sondages ; a davantage fait campagne pour le parti que pour sa propre personne.

L'ancien ministre du Likud Gideon Saar durant une conférence de presse, lors due laquelle il annonce son retour en politique, à Akko, le 3 avril 2017. (Crédit : Meir Vaaknin/Flash90)
L’ancien ministre du Likud Gideon Saar durant une conférence de presse, où il annonce son retour en politique, à Akko, le 3 avril 2017. (Crédit : Meir Vaaknin/Flash90)

« Mon but, et je m’excuse d’avance si je déçois quelqu’un, est de renforcer le Likud face aux défis à venir. Mon but est de m’assurer que le Likud continue à diriger le pays », a déclaré Saar durant son discours, juste après avoir annoncé son retour.

Le timing de l’annonce semble être le résultat de son analyse d’une coalition rétive qui se préparait à des élections, à cause des débats qui opposaient Netanyahu et Kahlon dans la réforme de l’audiovisuel, mais qui semble avoir été résolue la semaine dernière, et à cause d’affrontements entre Naftali Bennett, chef du parti Habayit Hayehudi et Netanyahu, sur les implantations et les négociations de paix.

En l’état actuel des choses, aucune élection n’est prévue avant novembre 2019, et la primaire du Likud aura lieu 6 mois avant que les Israéliens ne se rendent aux urnes. Et pourtant, à cause des différentes crises au sein de la coalition, les politiciens sont toujours en mode électoral et un vote pourrait être organisé en très peu de temps.

Le seul élément sur lequel Saar semblait se distancer du Premier ministre et semblait parler d’une campagne future, a été la mis en garde contre la solution à 2 États. Mais ce soupçon de stratégie de campagne, qui, comme celui de Bennett, écarterait Netanyahu de la droite, a été édulcoré par des éloges sur le Premier ministre et des appels à soutenir le Likud.

Les 8 dernières années ont été « difficiles », parce que les Israéliens et les États-Unis « n’étaient pas toujours sur la même longueur d’onde », a déploré Saar.

« Je veux féliciter le Premier ministre Netanyahu, qui a résisté aux pressions durant cette période, et qui a défendu nos intérêts durant ces 8 années. Mais les pressions, les défis et les problèmes ne font pas encore partie du passé. Nous suivons ce qui se passe, et nous pressentons le danger du retour aux mêmes vieilles exigences, quand Israël doit revenir aux frontières de 1967, ce qui, comme nous l’avons toujours estimé, représenterait un grand danger pour Israël et pour sa sécurité. Face à ce défi, nous devons renforcer le pays et renforcer le Likud comme le parti politique national central en Israël », a-t-il poursuivi, en refusant toujours de parler du rôle qu’il envisage d’endosser.

L'ancien ministre du Likud Gideon Saar annonce son retour en politique, à Akko, le 3 avril 2017. (Crédit : Autorisation)
L’ancien ministre du Likud Gideon Saar annonce son retour en politique, à Akko, le 3 avril 2017. (Crédit : Autorisation)

A part les candidats, plusieurs facteurs vont façonner le paysage politique, notamment la vitesse à laquelle Israël organisera des élections, et les résultats de l’enquête pour corruption dont fait objet Netanyahu. De plus, si Netanyahu relance les négociations de paix avec les Palestiniens, il pourrait s’en tirer différemment aux primaires du Likud face à Saar. Une autre interrogation subsiste : est-ce que Kahlon, autrefois partenaire loyal de la coalition de Netanyahu, cherchera de nouvelles alliances, maintenant que son parti chute dans les sondages ?

Saar, ancien ministre de l’Éducation et de l’Intérieur, a également appelé à l’amélioration des retraites, il a salué l’économie israélienne, a demandé à ce que davantage de judaïsme soit enseigné dans les écoles, et a appelé à plusieurs reprises à l’unité.

« Ensemble, nous ferons tout, grâce à l’unité », a déclaré Saar, dont les relations avec Netanyahu se seraient détériorées à son départ du parti, en 2014, à cause des tentatives du Premier ministre d’empêcher Reuven Rivlin d’accéder à la présidence

Il a ensuite sorti une kippa pour réciter une bénédiction et a marqué une pause : « Et si vous me permettez », a-t-il ajouté avant de réciter la bénédiction de Chékhiyanou, une bénédiction récitée pour des évènements spéciaux. Les militants présents dans la foule l’ont alors acclamé.

Une bonne journée pour Netanyahu

L’annonce du retour de Saar n’était pas la seule bonne nouvelle pour Netanyahu lundi.

Plus tôt dans la journée, en dévoilant un mouvement social appelé Pnima (L’intérieur), les anciens chefs d’état-major de l’armée israélienne, Gadi Ashkenazi et Benny Gantz, ont tous deux démenti la planification d’une quelconque course politique.

Si Saar avait été désigné comme l’alternative à Netanyahu à droite, Gantz et Ashkenazi ont été considérés comme des sauveurs potentiels du centre gauche, avec la capacité d’écarter le Likud du pouvoir.

Le maire d'Akko Shimon Lankri, l'ancien chef d'État major Gabi Ashkenazi (2ème à partir de la gauche), Shlomo Dovrat, l'ancien chef d'État major Benny Gantz et l'ancien ministre de l'Éducation Shay Piron à une conférence de presse pour le lancement de "Pnima", à Lod, le 3 avril 2017. (Crédit :Tomer Neuberg/FLASH90 )
Le maire d’Akko Shimon Lankri, l’ancien chef d’État major Gabi Ashkenazi (2ème à partir de la gauche), Shlomo Dovrat, l’ancien chef d’État major Benny Gantz et l’ancien ministre de l’Éducation Shay Piron à une conférence de presse pour le lancement de « Pnima », à Lod, le 3 avril 2017. (Crédit :Tomer Neuberg/FLASH90 )

« Tout ne doit pas être politique », a insisté Ashkenazi, qui a enchaîné les lapsus en se référant à son mouvement en tant que Kadima, l’ancien parti centriste. « Je ne pense pas que la politique soit la seule façon de faire les choses. »

Alors que les démentis ne signifient pas que Gantz et Ashkenazi ont complètement exclu de mener une carrière politique, cela indique qu’ils n’ont pas encore trouvé de maison politique. Si des élections précipitées ont lieu, ils seraient probablement hors circuit.

Gantz, qui n’a pas le droit de se présenter jusqu’en 2018, jusqu’à la fin de son délai de carence, a également rejeté la rumeur qui indique qu’il se préparerait à une nouvelle carrière.

« Je pense que la politique est importante », a-t-il déclaré. « Mais nous n’en sommes encore pas là, nous sommes ici »

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