Le Rwanda récuse Netanyahu sur les raisons du refus de l’accord sur les migrants
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Le Rwanda récuse Netanyahu sur les raisons du refus de l’accord sur les migrants

Olivier Nduhungirehe affirme que son gouvernement ne connaît pas du tout l'ONG israélienne du New Israel Fund. Suggérer qu'une ONG pourrait influencer sa politique est absurde

Des migrants africains détenus se trouvant à l'extérieur du centre de détention de Holot, situé dans le désert du Néguev, dans le sud d'Israël, près de la frontière égyptienne, le 4 février 2018. (MENAHEM KAHANA/AFP)
Des migrants africains détenus se trouvant à l'extérieur du centre de détention de Holot, situé dans le désert du Néguev, dans le sud d'Israël, près de la frontière égyptienne, le 4 février 2018. (MENAHEM KAHANA/AFP)

Le ministre d’État rwandais aux Affaires étrangères a rejeté avec véhémence mercredi l’affirmation du Premier ministre Benjamin Netanyahu selon laquelle le New Israel Fund (NIF) a fait pression sur la nation africaine pour qu’elle rejette la proposition de Jérusalem de réinstaller les migrants dans le pays.

Olivier Nduhungirehe a ajouté que son pays n’était nullement lié au NIF ni à ses projets, et qu’il était absurde de laisser entendre qu’une organisation étrangère pouvait réussir à influencer les politiques de son gouvernement.

« Je suis extrêmement surpris par cette déclaration », a tweeté Nduhungirehe, faisant référence à l’accusation de Netanyahu.

« Ma surprise vient moins du fait que le Rwanda ne sait même pas de quoi il s’agit, mais plutôt de l’hypothèse qu’une ONG étrangère peut imposer avec succès n’importe quelle pression sur un gouvernement souverain nommé Rwanda ».

Netanyahu a déclaré mardi qu’il cherche à établir une commission d’enquête parlementaire sur les activités du New Israel Fund, qu’il accuse d’avoir fait échouer le projet d’Israël d’expulser les migrants africains du pays.

Netanyahu a affirmé que le NIF a fait pression sur le Rwanda pour qu’il rejette la proposition de Jérusalem de réinstaller les migrants africains dans le pays, le forçant à chercher d’autres solutions.

Le New Israel Fund a fermement nié cette accusation. Son PDG Daniel Sokatch a déclaré dans un communiqué : « Le New Israel Fund n’a pas fait pression sur le gouvernement rwandais pour qu’il refuse de participer au cruel plan des expulsions massives de Nétanyahou. Nous avons soutenu un grand nombre d’Israéliens qui défendent ce qui est juste et qui demandent à leur propre gouvernement d’agir ».

Sokatch a ajouté : « Il ne s’agit pas du NIF. Il s’agit de nous tous – tous ceux qui se soucient de la démocratie et de l’égalité en Israël. Il est temps pour tous ceux qui se soucient de la démocratie israélienne de se lever et de s’unir contre cette attaque flagrante contre la société civile israélienne de la part d’un Premier ministre de plus en plus désespéré et agité. M. Netanyahu, vous voulez enquêter sur nous ? Je répondrai à toutes les questions que vous voudrez. »

L’accord de Netanyahu avec l’ONU – selon lequel quelque 16 250 migrants africains en Israël se seraient réinstallés dans des pays occidentaux « développés », tandis qu’un nombre similaire se verrait accorder un permis de séjour provisoire – a été annulé par le Premier ministre en raison de fortes critiques intérieures quelques heures seulement après son annonce officielle.

Le Premier ministre n’a fourni aucune preuve de l’implication de l’ONG de gauche dans l’abandon présumé par le Rwanda de son accord avec Israël, ce qui a conduit à un nouvel accord de courte durée avec l’agence des Nations Unies pour les réfugiés.

Mardi, le Rwandais Nduhungirehe a déclaré qu’aucun accord n’avait jamais été signé avec Israël pour accueillir les migrants expulsés de l’Etat juif, ajoutant que son pays a « une politique générale ouverte sur les réfugiés, mais notre condition est que ces migrants doivent être prêts à venir au Rwanda sans aucune forme de contrainte ».

Plus tôt mardi, Nduhungirehe a déclaré à la radio publique israélienne Kan qu’“il n’y a jamais eu d’accord avec Israël, ni par écrit, ni verbalement”. Il répondait à l’affirmation de Netanyahu selon laquelle le Rwanda s’était retiré d’un accord en cours d’élaboration depuis deux ans.

Israël avait précédemment affirmé que deux pays africains non nommés étaient prêts à accepter les migrants, les médias ayant identifié les États comme étant le Rwanda et l’Ouganda.

Plus tard dans la journée, le ministre ougandais des Affaires étrangères, Henry Okello Oryem, a également nié l’existence d’un quelqconque accord avec Israël, et a déclaré que si des migrants expulsés de l’Etat juif arrivent en Afrique de l’Est, « nous insisterons pour que les compagnies aériennes les renvoient vers le pays d’où ils viennent ».

Dans un revirement spectaculaire, Netanyahu a déclaré lundi soir qu’il gelait un nouvel accord avec l’agence des Nations Unies pour les réfugiés, annoncé plus tôt dans la journée, selon lequel des milliers de migrants africains se verraient accorder un statut temporaire en Israël et d’autres seraient expulsés vers les pays occidentaux. Il l’a officiellement annulé le lendemain matin.

L’accord avec l’ONU, qui devait remplacer l’“accord” sur les expulsions avec le Rwanda, a été abandonné face aux critiques féroces de certaines parties de la base de droite du Premier ministre.

« Depuis deux ans, je travaille avec le Rwanda afin qu’il serve de pays tiers pour absorber les infiltrés qui y sont expulsés, même sans leur consentement », a déclaré le Premier ministre, expliquant qu’il avait été contraint de chercher un accord avec l’ONU.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, avec le président rwandais Paul Kagame au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 24 janvier 2018 (Crédit : GPO)

« Le Rwanda a accepté et nous avons commencé à expulser des gens là-bas », a poursuivi M. Netanyahu. « Ces dernières semaines, en raison des énormes pressions exercées sur le Rwanda par le New Israel Fund et les représentants de l’Union européenne, le Rwanda s’est retiré de l’accord et a refusé d’accepter d’autres infiltrés d’Israël ».

C’était la première fois qu’un fonctionnaire du gouvernement israélien désignait le Rwanda comme étant le « pays tiers », confirmant ainsi des rumeurs très répandues.

Le New Israel Fund a nié toute implication dans la décision du Rwanda de se retirer de l’accord d’expulsion. La mission de l’Union européenne en Israël a également répondu à l’accusation dans un message Twitter.

La politique d’expulsion initiale d’Israël, qui offrait à chaque migrant 3 500 dollars et un billet d’avion, avait été condamnée par les militants israéliens et l’ONU comme étant chaotique, mal exécutée et dangereuse. Les demandeurs d’asile précédemment expulsés vers l’Ouganda et le Rwanda ont déclaré au Times of Israel qu’ils étaient confrontés à un grave danger et même à l’emprisonnement après leur arrivée en Afrique sans documents en bonne et due forme.

La Cour suprême a ordonné le gel des déportations à la mi-mars suite à une pétition.

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