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Interview

Le sacré, l’actrice Agnès Jaoui préfère « en rire »

Dans "Le Dernier des Juifs", l'actrice incarne une mère juive dans une communauté qui se délite et relève le pari salvateur de rire des sujets inflammables: le sacré, l'antisémitisme et l'importation en France du conflit israélo-palestinien

L'actrice et réalisatrice française Agnès Jaoui arrive à la projection du film "The Innocent" lors de la 75e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 24 mai 2022. (Crédit : LOIC VENANCE / AFP)
L'actrice et réalisatrice française Agnès Jaoui arrive à la projection du film "The Innocent" lors de la 75e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 24 mai 2022. (Crédit : LOIC VENANCE / AFP)

Dans « Le Dernier des Juifs« , en salles mercredi, Agnès Jaoui en mère juive au bout du rouleau relève le pari salvateur de rire des sujets inflammables: le sacré, l’antisémitisme et l’importation en France du conflit israélo-palestinien.

Cette comédie parle d’un monde perdu : celui d’une communauté juive dans une banlieue populaire de région parisienne. Les unes après les autres, les familles sont parties, les commerces ont disparu.

Jusqu’au supermarché casher, qui a fermé ses grilles, et où Giselle (Agnès Jaoui), à la santé fragile, envoyait Bellisha (Michael Zindel), son éternel ado de 27 ans, faire leurs emplettes.

A la façon de « Goodbye Lenin » (2003), sur la nostalgie de la RDA après la chute du mur de Berlin, le garçon va cacher ces bouleversements à sa mère, qui ne sort plus de leur modeste appartement.

« Mon personnage est drôle parce qu’il est plein de contradictions. Elle est raciste et pas raciste comme beaucoup de gens. Elle essaie de protéger son fils et elle l’étouffe. Elle prétend devoir suivre les règles religieuses et elle fait n’importe quoi ! », relève Agnès Jaoui, dans une interview à l’AFP.

« Pour moi, la seule chose sacrée, c’est la vie, la dignité humaine. Dès qu’on est dans la sacralisation de ‘il faut faire shabbat comme-ci’, ‘être juif, c’est ça’, alors, là, j’ai envie de fuir, de rire, de dire ‘mais vous êtes fous les mecs, c’est vous qui inventez ça, c’est des modes' », poursuit-elle.

Echo dramatique

Un rire qui désacralise, et dont l’époque a bien besoin, confie celle dont des proches ont été tués et d’autres pris en otages lors des attaques menées le 7 octobre depuis la bande de Gaza par le groupe terroriste du Hamas et qui ont entraîné la mort de quelque 1 140 personnes, majoritairement des civils.

Le film a été écrit et tourné avant cette guerre. Mais le conflit lui donne désormais un écho « dramatique ». « Il est plus que jamais nécessaire de montrer l’absurdité d’importer une guerre qui n’est pas celle des juifs ni des musulmans de France », martèle Agnès Jaoui.

Le rire, « l’outil suprême »

Avec une touche de poésie surréaliste à la Jacques Tati, le film aborde aussi bien les mirages de l’alyah (l’émigration en Israël), les assignations identitaires que l’antisémitisme quotidien.

« Le rire est l’outil suprême pour prendre du recul sur les choses, être heureux. Ou moins malheureux », plaide l’actrice et réalisatrice de 59 ans.

Ne parlez pas « d’humour juif » au réalisateur du film, Noé Debré, qui s’était fait remarquer par une série humoristique sur une « autre cause tragique », les institutions européennes (« Parlement »).

« L’humour juif, c’est un grand mystère pour moi, je suis un peu réticent au concept », relève-t-il, expliquant qu’il ne voulait surtout pas faire « un film identitaire ».

« On est tous astreints à choisir un camp. Je crois que le cinéma et l’art en général peuvent servir à faire tomber ces postures-là. Dans un contexte de tension très lourde, c’est exactement à ça que peut servir le cinéma : qu’on rie et qu’on pleure ensemble, et qu’on fasse autre chose que de la politique ».

Cette comédie doit aussi beaucoup à son jeune acteur, Michael Zindel, 30 ans, présence lunaire dans un corps à mi-chemin entre Vincent Lacoste et Louis Garrel. « Un être qu’on ne peut pas ne pas aimer. Complètement singulier, drôle, émouvant », salue Agnès Jaoui. « J’ai vu un jeune acteur devenir un excellent acteur ».

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