Le système de santé israélien souffre de « défaillances systémiques » – rapport
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Le système de santé israélien souffre de « défaillances systémiques » – rapport

Les "failles fondamentales" du système entraînent une pénurie de lits d'hôpitaux, des taux d'occupation élevés et des lacunes dans l'accessibilité des soins, selon le centre Taub

Illustration: Un infirmier de l'hôpital Hadassah Ein Karem à Jérusalem, le 3 septembre 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Illustration: Un infirmier de l'hôpital Hadassah Ein Karem à Jérusalem, le 3 septembre 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le système de santé israélien a connu des défaillances systémiques dans la planification, la budgétisation et la réglementation par le gouvernement, entraînant une grave pénurie de lits, des inefficacités et des lacunes dans l’accès aux traitements, selon un rapport du centre Taub d’études socio-politiques en Israël.

L’étude du professeur Dov Tchernichovsky et de Roi Kfir s’est penchée sur le système hospitalier en Israël. Elle révèle que le pays accuse un retard par rapport aux 36 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en ce qui concerne le nombre de lits d’hôpitaux disponibles, que les séjours hospitaliers sont plus courts et que les taux d’occupation sont particulièrement élevés.

En Israël, le nombre de lits d’hôpitaux pour 1 000 habitants est de 2,2 contre 3,6 dans l’OCDE. Alors que le nombre de lits est en baisse dans la plupart des pays, la baisse est particulièrement marquée en Israël – 22 % contre une moyenne de 15 % dans l’OCDE entre 2002 et 2017.

La durée moyenne d’hospitalisation plus courte en Israël – environ cinq jours par patient contre 6,7 jours en moyenne dans tous les pays de l’OCDE – et le taux d’occupation élevé, environ 94 % contre 75 % en moyenne dans l’OCDE, diminue la capacité des hôpitaux à traiter les urgences et indique un niveau potentiellement inférieur de qualité des soins, selon ce rapport.

Israël est connu dans le monde entier sous le nom de Startup Nation. Elle compte 6 600 start-ups dans sa petite économie connectée, soit 14 fois la concentration de start-ups par habitant en Europe, et occupe le premier rang mondial en termes de dépenses de R&D en pourcentage du produit intérieur brut (PIB). Le pays tente également de devenir un pionnier dans le domaine de la santé numérique, en tirant parti de ses prouesses en matière de logiciels, d’intelligence artificielle et de bases de données pour trouver des solutions novatrices dans le domaine de la santé.

Mais si vous avez besoin de soins hospitaliers en Israël, vous risquez d’attendre des jours dans un couloir ou des heures dans une salle d’urgences.

Ces failles dans le système de soins de santé découlent de l’échec systémique du gouvernement dans la planification, la budgétisation et la réglementation, en raison du fait que l’État est à la fois le bailleur de fonds et le régulateur des hôpitaux, même ceux qu’il ne possède pas. Une « faille fondamentale » du système, a déclaré Chernichovsky dans une interview téléphonique.

Le système de santé expliqué

Il existe 44 établissements hospitaliers généraux en Israël, dont 19 appartiennent au gouvernement, ce qui signifie que les employés sont des fonctionnaires et que leurs budgets sont contrôlés par l’État, comme c’est le cas des hôpitaux Chaim Sheba de Tel Aviv et Rambam de Haïfa. Douze d’entre eux appartiennent à des fonds de santé ; viennent ensuite les hôpitaux indépendants à but non lucratif comme Shaare Zedek à Jérusalem, ceux d’utilité publique, dont le centre médical Hadassah, et ceux appartenant à des sociétés anonymes, comme l’Assuta Ashdod.

Le gouvernement possède environ un quart des lits d’hôpitaux en Israël et environ 47 % des lits de soins intensifs – sans compter les lits psychiatriques, de soins de longue durée et de rééducation. Le service Clalit, le plus grand prestataire de soins de santé d’Israël, possède environ 30 % des lits de soins intensifs ou curatifs.

Israël dispose d’un système d’assurance maladie universel, ce qui signifie que la plus grande partie de son système de soins de santé est financée par les impôts des contribuables, et une très petite partie est couverte par une assurance maladie privée.

Le professeur Dov Tchernichovsky, président du programme de santé du centre Taub d’études socio-politiques en Israël. (Autorisation)

Ainsi, tous les hôpitaux, qu’ils appartiennent ou non à l’État, dépendent de l’État pour leur budget.

Parce que l’obligation de l’État envers les hôpitaux dans le cadre des différents régimes de propriété n’a jamais été définie par la loi nationale sur l’assurance maladie, l’État, en tant que bailleur de fonds et régulateur du système, fait essentiellement concurrence aux autres hôpitaux qui en dépendent pour leur budget et leur réglementation, selon le rapport.

« Ici, l’Etat est un acteur assez malhonnête », car il favorise ses propres hôpitaux par rapport aux autres, a dit Tchernichovski. « Les hôpitaux publics sont dans une position plus favorable parce qu’ils sont mieux protégés s’ils sont déficitaires, car l’État doit alors les soutenir. »

Pour de meilleurs soins, habitez dans le centre du pays

Les personnes qui vivent dans la périphérie géographique d’Israël souffrent de la plus grande pénurie de lits, selon le rapport.

C’est dans le nord et le sud du pays que le nombre de lits pour 1 000 habitants est le plus faible – 1,32 et 1,55 respectivement – alors que dans les hôpitaux de Jérusalem, il est le plus nombreux – 2,36.

En outre, les distances moyennes jusqu’à l’hôpital le plus proche pour des problèmes médicaux relativement simples sont les plus longues dans les régions du nord du pays, où les gens doivent parcourir plus de 19 kilomètres, suivies par les localités de Cisjordanie (plus de 18 km) et celles du sud (environ 16 km).

Ceci contraste avec les distances beaucoup plus courtes à Tel Aviv et à Jérusalem, qui sont d’environ 3 à 4 km.

Photo d’illustration d’un vaccin pour nouveau-né dans un hôpital israélien. (Crédit : Chen Leopold/Flash90)

Cette situation dans les périphéries résulte d’une « planification inefficace » de lits supplémentaires ; les hôpitaux qui ont déjà un ratio optimal de lits par population obtiennent parfois plus de lits, alors que d’autres qui en ont besoin n’en obtiennent pas, d’après le rapport.

Les chercheurs du centre Taub ont souligné qu’il est important de tenir compte de ces questions d’accessibilité et d’efficacité au moment de prendre des décisions concernant l’ouverture de nouveaux hôpitaux ou l’agrandissement des infrastructures existantes.

Plus de lits « est inévitable »

Compte tenu des disparités entre les besoins et les infrastructures hospitalières en Israël, en particulier dans les périphéries, l’ajout de lits d’hôpitaux à la fois efficaces et accessibles « est inévitable dans les prochaines années », selon les chercheurs.

Mais, avant d’investir davantage dans le système, l’intervention du gouvernement dans le secteur devrait être réduite, selon les chercheurs, et une réforme globale s’impose.

D’après le rapport, le simple fait d’ajouter plus d’argent et plus de lits sans s’attaquer aux lacunes structurelles de base du système n’améliorera pas nécessairement ce dernier.

Illustration : Nouveau-nés dans un service hospitalier. (Flash 90)

« Les conversations avec les médecins ont révélé qu’ils estiment que l’ajout de lits ne changera pas la situation de manière significative », a indiqué le centre Taub dans un communiqué. « Ce qu’il faut changer, ce sont les procédures d’hospitalisation afin de réduire la pression sur les hôpitaux et les temps d’attente pour les patients. »

Les médecins interrogés pour le rapport recommandent un certain nombre de mesures, notamment d’éviter les hospitalisations inutiles en faisant sortir les patients des salles d’urgence ; de faire passer les médecins à deux équipes dans certains services hospitaliers, au lieu de travailler sur une seule équipe, et de procéder aux analyses médicales pendant la soirée et le week-end afin de réduire la durée totale des hospitalisations. L’efficacité de l’hospitalisation à domicile et la création de voies de communication entre les services hospitaliers et les médecins de famille devraient également être étudiées, selon les médecins interrogés par les chercheurs.

« La principale conclusion de notre rapport est qu’il y a une énorme pénurie d’hôpitaux et qu’il sera inévitable d’ajouter des lits d’hôpitaux », a déclaré Chernichovsky. « Mais avant cela, on peut faire beaucoup plus pour améliorer l’efficacité, tout le système doit être réformé. »

Le centre Taub est un institut de recherche socio-économique indépendant et apolitique.

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