L’Egypte met en garde le Hamas contre l’escalade des violences avec Israël
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L’Egypte met en garde le Hamas contre l’escalade des violences avec Israël

Une délégation du Caire aurait indiqué au groupe terroriste que provoquer un nouveau conflit reviendrait à "jouer avec le feu" et qu'Israël pourrait "renverser" ses dirigeants

Le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, prononce un discours dans la ville de Gaza le 23 janvier 2018 (AFP Photo/Mahmud Hams)
Le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, prononce un discours dans la ville de Gaza le 23 janvier 2018 (AFP Photo/Mahmud Hams)

Une délégation de membre des renseignements égyptiens qui se trouve actuellement dans la bande de Gaza a déclaré aux gouvernants de l’enclave palestinienne qu’ils « joueraient avec le feu » s’ils devaient chercher une escalade des violences avec Israël, ont fait savoir samedi les médias en hébreu, citant des sources palestiniennes.

Selon ces dernières, la délégation égyptienne a averti le Hamas qu’un autre round de violences pourrait entraîner un « coup dur » de la part d’Israël contre le groupe terroriste palestinien, « de manière si importante qu’il serait même possible qu’Israël renverse le Hamas », a fait savoir la chaîne Hadashot.

« Personne, au sein du leadership du Hamas, ne serait épargné », a ajouté le reportage, reprenant les propos tenus par cette source.

Il n’a pas été précisé si cet avertissement était donné par Israël qui aurait transmis le message via l’Egypte ou si cette mise en garde émanait directement du Caire.

Le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, à droite, avec le ministre égyptien des Renseignements, Khalid Fawzi, dans les bureaux de Haniyeh dans la ville de Gaza, le 3 octobre 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

La délégation se trouve à Gaza depuis plus d’une semaine, selon le reportage, pour évoquer la réconciliation palestinienne.

Cet avertissement survient deux semaines après que quatre soldats ont été blessés en tentant d’enlever une bombe artisanale qui avait été dissimulée sous un drapeau planté sur la barrière de sécurité de Gaza, à proximité de la ville de Khan Younis. Au cours de cet incident, deux soldats avaient été grièvement blessés et deux modérément touchés. Ils avaient été frappés sur tout le corps par des éclats d’obus et notamment aux yeux, avaient expliqué les médecins.

Alors qu’ils ôtaient le dispositif explosif de la barrière, ce dernier avait apparemment été actionné à distance.

En réponse à cette attaque et à un tir de roquette depuis Gaza qui avait frappé une habitation la nuit suivante dans le sud de l’Etat juif, l’armée avait mené une importante série de frappes contre 18 cibles de l’enclave côtière et notamment contre un tunnel dans la ville même de Gaza.

La semaine dernière, le bureau de liaison militaire israélien a averti les résidents de la bande que l’armée pourrait répondre de manière plus agressive aux émeutes fomentées le long de la barrière de sécurité.

« Nous savons que des affrontements violents sur la frontière sont utilisés comme couverture pour des activités terroristes, comme c’est survenu samedi dernier. Et nous ne permettrons pas à un tel événement de se reproduire », a dit le général de division Yoav Mordechai aux Palestiniens dans une vidéo en arabe diffusée sur les réseaux sociaux.

Des soldats israéliens observent des manifestants palestiniens durant des affrontements aux abords de la barrière frontalière à l’est de Gaza, le 23 février 2018 (Crédit : AFP Photo/Mohammed Abed)

Jeudi, les soldats ont indiqué avoir « neutralisé » un dispositif explosif improvisé qui avait été posé sur la barrière de sécurité au sud de la bande de Gaza, similaire à celui de l’incident du 17 février.

Dans la matinée de samedi, le site d’information Walla a fait savoir que le Hamas avait rejeté les demandes soumises par la délégation égyptienne de dévoiler des détails sur le statut des soldats israéliens qui avaient été déclarés tombés au combat durant des affrontements dans la bande il y a plus de trois ans, et dont les dépouilles seraient conservées par le groupe terroriste.

Le Hamas a également refusé de donner des informations aux Egyptiens concernant les autres Israéliens portés-disparus qui se trouveraient à Gaza, selon le reportage.

Le journal libanais Al-Akhbar a annoncé samedi que le Hamas avait informé l’Egypte que ce dossier ne serait pas négocié à moins qu’Israël ne s’engage à mettre en oeuvre toutes les clauses de l’accord de Shalit, en 2011, dans lequel l’Etat juif avait libéré 1 027 terroristes condamnés.

Le mois dernier, l’envoyé spécial au Moyen-Orient Jason Greenblatt avait paru contredire Israël en laissant entendre que le sergent de l’armée israélienne Oron Shaul était encore en vie, même si l’armée israélienne l’a déclaré mort.

Le 20 juillet 2014, durant la guerre à Gaza qui avait eu lieu cette année-là, le transporteur blindé dans lequel se déplaçait l’unité de Shaul avait été attaqué par des terroristes du Hamas à l’aide d’un missile anti-tank dans le quartier de Shejaiya, à Gaza City. L’armée israélienne avait initialement déclaré que six soldats avaient été tués et que Shaul était porté-disparu.

Cinq jours plus tard, des spécialistes militaires en médecine légale avaient déterminé que Shaul avait, comme ses camarades, trouvé la mort lors du combat et que sa dépouille avait été saisie par le Hamas, sur la base d’entretiens avec d’autres soldats impliqués dans l’incident et à partir de preuves trouvées sur les lieux. La famille du militaire n’a jamais accepté cette décision et a clamé de manière répétée que le jeune homme était encore en vie, appelant à ce qu’il figure sur la liste des « portés-disparus ».

Par ailleurs, durant la guerre de 2014, un autre soldat de l’armée israélienne, le lieutenant Hadar Goldin, avait été capturé par des terroristes du Hamas et emmené dans un tunnel à Rafah, une ville du sud de Gaza. Lui aussi avait été considéré comme kidnappé, mais il avait été ultérieurement déterminé qu’il avait été tué – ce que sa famille avait accepté. Dans le cas de Goldin, suffisamment d’éléments émanant de sa dépouille avaient été retrouvés pour organiser des funérailles conformément à la loi juive, qui requiert certaines parties du corps pour l’inhumation.

Même si l’armée leur avait initialement accordé à tous les deux le statut de soldats morts au combat dont le lieu de sépulture est inconnu, les militaires ont modifié plus tard cette désignation, les qualifiant de soldats morts au combat, mais dont les dépouilles ont été retenues.

« Le Hamas doit… permettre le rapatriement de la dépouille de Hadar Goldin et la libération d’Oron Shaul ainsi que celle des civils israéliens – Avraham Abera Mengistu, Hisham al-Sayed et Juma Ibrahim Abu Ghanima », avait écrit le mois dernier Greenblatt dans un tweet dans le cadre d’une série de publications sur le réseau social consacrées à la manière dont le Hamas violait la loi internationale et portait préjudice aux Palestiniens à Gaza.

Le lieutenant Hadar Goldin, 23 ans, de Kfar Saba, a été tué à Gaza le 1er août 2014 (Crédit : capture d’écran Ynet)

Dans son tweet, l’envoyé avait paru également aller à l’encontre de la politique israélienne officielle concernant l’un des trois citoyens israéliens entrés dans la bande de Gaza à l’issue de l’Opération bordure protectrice.

Les responsables israéliens partent en effet généralement du principe qu’uniquement Mengistu et al-Sayed se trouvent entre les mains du Hamas.

Israël estime que Mengistu et al-Sayed se trouvent actuellement détenus par le Hamas et l’Etat juif a demandé régulièrement leur libération. Les deux hommes, qui seraient apparemment atteints d’une pathologie mentale, seraient entrés de leur plein gré dans l’enclave côtière, respectivement en 2014 et 2015. Toutefois, le statut du troisième, Abu Ghanima, est moins clair et les dirigeants israéliens n’ont pas nécessairement considéré qu’il était retenu en otage par le groupe terroriste.

Les responsables israéliens auraient négocié via des parties tierces avec le Hamas pour obtenir la libération des deux soldats tués au combat et des deux civils, en vain jusqu’à présent.

Le Hamas pourrait assurément avoir davantage d’influence dans les pourparlers si les soldats sont encore en vie ou si leur statut reste encore indéterminé.

En 2011, l’Etat juif avait libéré plus de 1 000 terroristes condamnés de ses prisons, notamment le chef actuel du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, en échange d’un soldat de l’armée israélienne, Gilad Shalit. Cet accord a depuis été régulièrement critiqué par certains responsables israéliens, notamment par le ministre de la Défense Avigdor Liberman, qui ont considéré qu’il était déséquilibré d’une manière inacceptable.

Le Hamas, dans une tentative supposée d’atteindre un accord similaire à celui de 2011, n’a cessé d’encourager l’idée que Shaul et Goldin n’ont pas été tués.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

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