L’élection de Mamdani déclenchera-t-elle une alyah massive ? N’y comptez pas trop
De tout temps, des communautés juives florissantes ont été chassées par la haine ; mais Israël n'a pas encore besoin de préparer le tarmac pour accueillir des vagues d'immigrants new-yorkais

Dans les heures qui ont suivi la victoire de Zohran Mamdani, candidat d’extrême gauche et anti-Israël, à l’élection du prochain maire de New York, un faux tract a circulé sur les réseaux sociaux, le présentant comme « l’employé du mois » de Nefesh B’Nefesh.
Selon cette plaisanterie, la victoire de Mamdani serait une aubaine pour l’organisation de promotion de l’alyah, qui se préparerait désormais à un exode massif de Juifs fuyant l’antisémitisme à New York, la ville de Mamdani.
Certains politiciens israéliens inquiets ont justement insisté sur ce point. Le chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a qualifié la victoire de Mamdani de « signal d’alarme pour les Juifs de New York qui souhaitent immigrer là où est leur véritable place, en Terre d’Israël ».
Le ministre des Affaires de la Diaspora, Amichaï Chikli, a publié une invitation à l’intention des Juifs de New York, les invitant à « envisager sérieusement de faire de la Terre d’Israël leur nouveau lieu de vie ».
L’aéroport Ben Gurion devrait-il donc se préparer à accueillir une vague de New-Yorkais Juifs chargés de valises dès le 1ᵉʳ janvier, date à laquelle Mamdani prendra ses fonctions ?
Pas si vite.
THREAD
Meet Zorhan Mamdani, the Employee of the Month for Nefesh B’Nefesh, the organization that helps Jews immigrate to Israel.Why?
Because every time Jews are pushed out, from Spain, Iraq, Poland, or now maybe New York, they go home.History has a pattern.
And Mamdani is… pic.twitter.com/7RRrN4QPWM— Mossad Commentary (@MOSSADil) November 5, 2025
Il a été largement documenté que l’antisémitisme et l’activisme anti-Israël ont connu une recrudescence à New York depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 contre Israël. Les actes antisémites constituent régulièrement la majorité des crimes de haine recensés dans les rapports mensuels de la police new-yorkaise, tandis que les manifestations anti-Israël sont devenues monnaie courante depuis le 7-Octobre, s’ajoutant aux actes de vandalisme, aux agressions, aux alertes à la bombe, etc.
Le nouveau maire s’est engagé à plusieurs reprises à lutter contre l’antisémitisme et à augmenter les fonds alloués à cette lutte. Selon un sondage réalisé à la sortie des urnes, environ un tiers des électeurs juifs ont voté pour lui. Pourtant, pendant la campagne, des centaines de dirigeants et de groupes juifs ont averti que l’activisme anti-juif et anti-Israël pourrait connaître une recrudescence sous Mamdani.
Le maire élu partage en effet bon nombre des opinions des manifestants anti-Israël qui ont envahi les rues de New York, qu’il s’agisse de nier la légitimité d’Israël en tant qu’État juif ou de blâmer l’armée israélienne pour les violences commises par la police locale. Ces manifestations de rue ont parfois donné lieu à des actes antisémites ou débordé sur ce type d’incidents.
Si ces avertissements se confirment et que les promesses de Mamdani de lutter contre l’antisémitisme s’avèrent vides de sens, New York deviendra un endroit moins confortable et plus dangereux pour sa population juive d’un million d’habitants. Cela ne signifie toutefois pas qu’ils quitteront la Grosse Pomme en masse, ni qu’ils feront leur alyah.
L’antisémitisme est en hausse aux États-Unis depuis plus d’une décennie, soit bien avant le 7-Octobre. Presque chaque année, le rapport de l’Anti-Defamation League (ADL) sur les actes antisémites atteint un nouveau seuil. La pire attaque antisémite de l’Histoire des États-Unis a eu lieu en 2018.
Mais pendant tout ce temps, le nombre d’alyot en provenance des États-Unis est resté stable. Avant la recrudescence actuelle de l’antisémitisme, il se situait entre 2 000 et 4 000 par an.
Pour la plupart des Juifs américains, déraciner leur vie et déménager à l’autre bout du monde – un effort exigeant même dans les meilleures circonstances – n’est pas vraiment envisageable pour réagir à la montée de la haine. Une étude réalisée en 2024 par l’American Jewish Committee (AJC) a révélé que la plupart des Juifs estimaient que l’antisémitisme avait « beaucoup » augmenté depuis le 7-Octobre, mais que seuls 7 % d’entre eux avaient envisagé de quitter les États-Unis pour cette raison.
Et malgré toute la haine qui règne à New York, la vie juive y est toujours florissante.
La ville compte de nombreuses écoles, centres communautaires et synagogues, ainsi qu’une scène culinaire juive et israélienne dynamique et des quartiers juifs très soudés répartis dans les cinq arrondissements. Elle reste la ville qui compte le plus grand nombre de Juifs au monde, avec une langue, une gastronomie et une histoire juives profondément ancrées dans son tissu social.
Et même si les deux tiers des Juifs qui ont voté contre Mamdani décident de quitter la ville, ils n’iront sans doute pas jusqu’en Israël. La pandémie, par exemple, a entraîné une vague de déménagements vers les banlieues. De nombreux Juifs orthodoxes ont émigré vers un autre centre de la vie juive au climat tropical : la Floride.
Parallèlement, Israël, avec son cessez-le-feu fragile et sa crise politique perpétuelle, n’est peut-être pas la destination la plus attrayante. Mercredi soir, l’émission satirique israélienne Eretz Nehederet a diffusé un sketch dans lequel un Juif faisant son alyah depuis New York et un Israélien déménageant dans la Grosse Pomme se rencontrent à l’aéroport Ben Gurion. Chacun est incrédule face à la décision de l’autre.
Certes, l’Histoire regorge d’exemples de communautés juives prospères qui ont depuis pratiquement disparu. Varsovie comptait autrefois environ un tiers de Juifs. Il en allait de même pour Odessa et Bagdad. À plus petite échelle, la France a connu en 2015 une forte augmentation de l’immigration vers Israël, à la suite d’attaques antisémites. Ce n’est pas parce que les Juifs sont prospères à New York aujourd’hui qu’ils y resteront éternellement.
Les dirigeants juifs de New York ne se réjouissent pas non plus de la victoire de Mamdani. Dans une déclaration conjointe relativement rare, plusieurs des plus grands groupes juifs de la ville ont réitéré leur méfiance à l’égard du nouveau maire.
Ils ont également promis de rester sur place, « s’engageant à vivre fièrement et ouvertement leur identité juive et à contribuer de manière essentielle à l’avenir de notre ville bien-aimée ».
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