L’émouvante cérémonie commence à relégitimer un petit mot précieux : la paix
Rechercher
Opinion

L’émouvante cérémonie commence à relégitimer un petit mot précieux : la paix

26 ans après le traité israélo-jordanien, toute une génération d'Israéliens et d'Arabes est témoin de quelque chose qu'elle n'avait tout simplement jamais vu auparavant

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

  • Le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif al-Zayani, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump et le ministre des Affaires étrangères des EAU, Abdullah bin Zayed Al-Nahyan, signent les accords de normalisation à la Maison Blanche, le 15 septembre 2020 (Avi Ohayon / Cabinet du Premier ministre)
    Le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif al-Zayani, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump et le ministre des Affaires étrangères des EAU, Abdullah bin Zayed Al-Nahyan, signent les accords de normalisation à la Maison Blanche, le 15 septembre 2020 (Avi Ohayon / Cabinet du Premier ministre)
  • Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif al-Zayani et le ministre des Affaires étrangères des EAU Abdullah bin Zayed Al-Nahyan saluent du balcon Truman de la Maison Blanche après avoir participé à la signature des accords d'Abraham, par lesquels les pays du Bahreïn et les Émirats arabes unis reconnaissent Israël, à Washington DC, le 15 septembre 2020. (SAUL LOEB / AFP)
    Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif al-Zayani et le ministre des Affaires étrangères des EAU Abdullah bin Zayed Al-Nahyan saluent du balcon Truman de la Maison Blanche après avoir participé à la signature des accords d'Abraham, par lesquels les pays du Bahreïn et les Émirats arabes unis reconnaissent Israël, à Washington DC, le 15 septembre 2020. (SAUL LOEB / AFP)
  • Le président américain entouré des acteurs clés de la signature des accords Abraham, à la Maison Blanche le 15 septembre 2020 (Avi Ohayon / Cabinet du Premier ministre)
    Le président américain entouré des acteurs clés de la signature des accords Abraham, à la Maison Blanche le 15 septembre 2020 (Avi Ohayon / Cabinet du Premier ministre)
  • De gauche à droite : le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères des EAU, Abdullah bin Zayed Al-Nahyan, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif al-Zayani, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu discutent à la Maison Blanche à l'occasion de la signature des Accords Abraham, le 15 septembre 2020 (Avi Ohayon / Cabinet du Premier ministre)
    De gauche à droite : le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères des EAU, Abdullah bin Zayed Al-Nahyan, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif al-Zayani, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu discutent à la Maison Blanche à l'occasion de la signature des Accords Abraham, le 15 septembre 2020 (Avi Ohayon / Cabinet du Premier ministre)

« Dans toute l’histoire d’Israël, il n’y a eu auparavant que deux accords de ce type. Maintenant, nous en avons conclu deux en un seul mois. Et il y en a d’autres à venir. » C’est ce qu’a déclaré le président américain Donald Trump au début de son discours devant des centaines de personnes à la Maison Blanche et un nombre incalculable de personnes dans le monde entier, qui regardaient mardi l’établissement simultané de relations officielles entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn.

Notre premier accord de paix bouleversant est intervenu en 1979, lorsque le président égyptien Anouar El-Sadate – qui avait restauré l’amour-propre de son pays lors de la guerre de 1973, après son humiliation de six jours en 1967 – a mis fin à trois décennies d’hostilité arabe intransigeante à l’égard de l’existence même d’Israël et a signé les accords de Camp David avec le Premier ministre Menachem Begin.

Et puis, il n’y a plus rien eu.

Israël avait voulu croire qu’après l’Égypte, les vannes de la normalisation s’ouvriraient. Au lieu de cela, l’Égypte a été boycottée par le reste du monde arabe pour son crime de légitimation d’Israël, et Sadate a été rapidement abattu.

Le Premier ministre Menachem Begin, le président Jimmy Carter et le président Anwar Sadat après la signature du Traité de paix israélo-égyptien en mars 1979. (Crédit : GPO/Tal Shabtai)

Ce n’est que 15 ans plus tard, en 1994, que le roi Hussein de Jordanie a osé devenir notre deuxième partenaire de paix à part entière, reconnaissant publiquement son alliance cachée avec Israël alors que le Premier ministre Yitzhak Rabin s’était engagé à essayer de résoudre le conflit palestinien et avait serré la main de Yasser Arafat avec prudence sur la pelouse de la Maison Blanche.

Et puis… rien. Rien, cette fois-ci, pendant un quart de siècle.

Le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin (à gauche) serre la main du roi Hussein de Jordanie sous les applaudissements du président des Etats-Unis Bill Clinton lors de la signature du traité de paix bilatéral, à Aqaba, Jordanie, en octobre 1994. (Nati Shohat/Flash90)

Jusqu’à la double union de mardi.

Ainsi, lorsque Donald Trump a fait remarquer qu’il supervisait le redoublement de toute l’histoire des alliances de paix d’Israël, il disait également à toute une génération d’Israéliens et d’Arabes – une génération qui n’a tout simplement jamais assisté à une telle cérémonie auparavant – que, oui, la paix israélo-arabe est réellement possible. Elle peut être réalisée ici et maintenant. Ce n’est pas quelque chose qui s’est produit il y a quelque temps et qui s’est ensuite figé, ou une chose dont les rêveurs présentent sans cesse comme étant presque à portée de main.

Et ce n’est pas quelque chose qui, une fois qu’elle est ostensiblement atteinte, se désintègre dans un conflit et un bain de sang, comme ce fut le cas avec le « processus de paix » israélo-palestinien et l’attaque terroriste palestinienne stratégique que constitue la deuxième Intifada.

Pour une fois, « mettons de côté tout cynisme », a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dans ses remarques. Et pendant quelques rares heures, en pleine pandémie, et alors même que le Hamas tentait de gâcher le spectacle avec des tirs de roquettes depuis Gaza, tout ce qui concernait la cérémonie nous a encouragés à faire précisément cela.

Ce que le Premier ministre a appelé « le pouls de l’histoire » était tangible dans la chaleur des interactions séparées entre Trump, les deux ministres des Affaires étrangères du Golfe, et Netanyahu qui ont précédé l’événement principal. Si l’élargissement du cercle de paix de mardi n’a pas été suffisant, Donald Trump a garanti à Netanyahu que « cinq ou six » autres États attendaient dans la file. « Franchement, nous aurions pu les avoir ici aujourd’hui », a-t-il dit, « mais cela aurait été irrespectueux envers les EAU, qui ont montré le courage d’y aller en premier, et envers le Bahreïn, qui a été si déterminé à se joindre aux festivités ».

Cela s’est traduit dans le contenu de tous les discours des dirigeants – leurs engagements individuels déclarés en faveur d’une paix véritable et durable entre nos peuples – ainsi que par la sincérité et la chaleur avec lesquelles ils ont prononcé leurs remarques.

Celle-ci était aussi tangible dans des moments peu remarqués, comme lorsque le chef de la diplomatie émiratie, Abdullah Al Nahyan, après avoir terminé son discours, s’est dirigé vers Benjamin Netanyahu et, l’attention étant concentrée ailleurs, ils se sont souris et ont échangé quelques mots. Ou lorsque tout le monde – et surtout la grande star du spectacle, Al Nahyan – a ri de bon cœur des complexités logistiques qui surgissent inévitablement lorsque plusieurs dirigeants signent et/ou sont témoins de trois accords.

De gauche à droite : Le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn Abdullatif al-Zayani, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed Al-Nahyan brandissent les traités de paix qu’ils ont signés à la Maison Blanche, à Washington, le 15 septembre 2020. (SAUL LOEB / AFP)

Si le traité de paix entre l’Egypte et Israël était le premier pas vital vers l’acceptation de la renaissance de l’Israël moderne dans l’ancienne patrie des Juifs, la cérémonie de mardi pourrait signifier notre acceptation tardive par ceux qui, plus loin, comme l’a noté Trump, ont été nourris pendant des décennies de mensonges et de faussetés sur Israël, et en particulier sur la prétendue intolérance religieuse d’Israël.

Les Palestiniens sont toujours absents, bien sûr, lamentablement conduits en Cisjordanie par le président Mahmoud Abbas dans ce qui semble être une alliance croissante avec les terroristes du Hamas au pouvoir à Gaza. Pourtant, le président américain qui a négocié ces accords reste résolument optimiste et pense, comme il l’a indiqué aux journalistes lors de sa rencontre dans le Bureau ovale avec le Premier ministre israélien, « qu’au bon moment, ils rejoindront aussi [les accords] ».

« Nous sommes ici cet après-midi pour changer le cours de l’histoire », a déclaré M. Trump au début de son discours. « Après des décennies de division et de conflit, nous marquons l’aube d’un nouveau Moyen-Orient », a-t-il poursuivi, et « grâce au grand courage des dirigeants de ces trois pays, nous faisons un grand pas en avant vers un avenir dans lequel les gens de toutes confessions et de tous horizons vivront ensemble dans la paix et la prospérité ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif al-Zayani et le ministre des Affaires étrangères des EAU Abdullah bin Zayed Al-Nahyan saluent du balcon Truman de la Maison Blanche après avoir participé à la signature des accords d’Abraham, par lesquels les pays du Bahreïn et les Émirats arabes unis reconnaissent Israël, à Washington, le 15 septembre 2020. (SAUL LOEB / AFP)

Trump a livré ces affirmations jusqu’ici ahurissantes dans des tons presque évidents. Ces nouveaux alliés pour la paix « vont travailler ensemble ; ils sont amis », a-t-il commenté, comme si c’était la chose la plus normale au monde.

Mais pour toute une génération, 26 ans après que l’un d’entre nous a vu pour la dernière fois quelque chose de semblable, la cérémonie de mardi était tout sauf normale. Elle était plutôt sans précédent, surprenante et encourageante. Pour une fois dans le contexte torturé d’Israël et du conflit arabe, c’était un plaisir de mettre de côté tout cynisme.

Après 26 ans, la cérémonie de mardi a provisoirement relégitimé ce précieux petit mot : la paix.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...