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L’entente entre Saoudiens et Russes, fragile clef de voûte de l’Opep+

"Comme tout cartel, l'Opep+ est instable", souligne Alberto Balboni, économiste chez Xerfi, alors que se tient mercredi un nouveau sommet virtuel du groupe de producteurs d'or noir

Une raffinerie de pétrole. (Crédit : Pixabay)
Une raffinerie de pétrole. (Crédit : Pixabay)

Entre l’Arabie saoudite et la Russie, c’est une union de circonstance devenue indispensable pour maintenir le marché pétrolier à flot face à la pandémie. Mais pertinente par gros temps, elle pourrait se fissurer à mesure que la crise se dissipe.

« Comme tout cartel, l’Opep+ est instable », souligne Alberto Balboni, économiste chez Xerfi, alors que se tient mercredi un nouveau sommet virtuel du groupe de producteurs d’or noir.

Le cartel composé des treize membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), emmené par l’Arabie saoudite, a noué alliance fin 2016 avec dix autres pays, dont la Russie, sous la forme d’un accord appelé Opep+.

La majorité des États (trois sont exemptés) s’astreint par celui-ci à une coupe drastique de sa production de brut, encore plus depuis le début de l’épidémie de COVID-19. Assécher l’offre permet en effet de soutenir artificiellement les prix.

Siège de l’OPEP à Vienne en Autriche. (Domaine public)

Prix à la hausse, source de discorde

« Ce qui a commencé comme un mariage de circonstance s’est transformé en une relation de long terme », explique à l’AFP Tamas Varga, analyste de PVM.

Cette entente opportuniste, née en réaction aux défis posés par la concurrence américaine et à la chute des cours entre 2014 et 2016, se justifie d’autant plus que ceux-ci sont bas, soulignent en chœur les experts.

Mais devant les prix actuels – au-dessus de 60 dollars pour les deux contrats qui font référence de part et d’autre de l’Atlantique, le Brent et le WTI, soit le niveau du début d’année 2020 – « la tentation de déroger aux quotas » est grande, prévient M. Balboni.

Notamment pour la Russie, qui a inscrit dans son budget un prix de vente du baril entre 42 et 45 dollars, contrairement à l’Arabie saoudite qui, malgré un coût de production plus faible, peine à maintenir son équilibre budgétaire en deçà de 70 dollars le baril.

Lasse de ces sacrifices, « la Russie voudrait produire davantage alors que l’Arabie saoudite, à chaque réunion, s’acharne à conserver des quotas plus stricts », explique M. Balboni.

Signe de ces divergences, seuls la Russie et le Kazakhstan ont été autorisés par le cartel élargi à augmenter à la marge leur production d’or noir entre janvier et avril 2021, quand à l’inverse l’Arabie saoudite a volontairement soustrait un million de barils par jour de sa production, en plus de son quota de coupe.

Barils de pétrole. Illustration (Crédit : Wikipédia)

Jeux de domination

L’alliance a jusqu’à présent su résister à ces écarts de vue mais va-t-elle tenir face à la reprise durable de la demande et la stabilisation des cours à un niveau élevé ?

Elle a déjà vacillé une fois le 6 mars 2020, à l’issue de ce qui reste encore aujourd’hui le dernier sommet ministériel de l’Opep+ au siège du cartel à Vienne, en Autriche.

La banderille était partie de Ryad. Après l’échec des négociations, le royaume avait inondé le marché d’or noir, précipitant les cours du brut sous les 50 dollars, une barre qu’ils mettront huit mois à retrouver.

L’Arabie saoudite « a l’habitude d’être la force dominante sur le marché pétrolier », explique Alexeï Gromov, en charge de l’énergie à l’Institut pour l’Energie et les Finances de Moscou.

« Or actuellement les deux pays occupent des positions quasi identiques au sein de l’Opep+, ce qui peut amener périodiquement à des incompréhensions ou à une certaine tension », complète-t-il.

Moscou est même devant Ryad au classement des producteurs de brut : ils sont respectivement sur les deuxième et troisième marches du podium, derrière les États-Unis.

Malgré la trêve de ces derniers mois, Ryad et Moscou « restent des concurrents, notamment sur le marché asiatique », abonde Philippe Sébille-Lopez, analyste indépendant et directeur du cabinet Géopolia.

Si « l’hypothèse d’une rupture n’est jamais à exclure, les éléments ne semblent pas encore réunis », tempère-t-il toutefois.

Ces derniers mois, l’Arabie saoudite a même rendu public une série de déclarations exaltées sur ses relations avec la Russie, suggérant que le royaume avait tourné la page.

Et quand bien même « les chemins des 13 producteurs de l’alliance se sépareraient une fois la crise terminée, un précédent a désormais été établi et il leur sera facile de s’unir de nouveau s’il le faut », conclut M. Varga.

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