La Russie et l’Iran promettent une réponse forte si les Etats-Unis frappent à nouveau en Syrie
Rechercher

La Russie et l’Iran promettent une réponse forte si les Etats-Unis frappent à nouveau en Syrie

Les chefs des armées russe et iranienne ont condamné “l'agression” de Washington contre la Syrie après la réponse à l'attaque chimique présumée du régime

Une affiche géante de Bashar el-Assad et de Vladimir Poutine à Alep, le 9 mars 2017. (Crédit : Joseph Eid/AFP)
Une affiche géante de Bashar el-Assad et de Vladimir Poutine à Alep, le 9 mars 2017. (Crédit : Joseph Eid/AFP)

La Russie et l’Iran ont déclaré dimanche dans un communiqué conjoint que la frappe américaine contre une base aérienne syrienne en Syrie après une attaque aux armes chimiques franchissait une « ligne rouge », et menacé de « répondre avec force » à d’autres opérations militaires américaines dans le pays déchiré par la guerre civile.

« Ce qu’a fait l’Amérique était une agression contre la Syrie et dépassait une ligne rouge. A partir de maintenant, nous répondrons avec force à toute agression ou tout franchissement de ligne rouge, de la part de qui que ce soit, et les Etats-Unis connaissent notre capacité à répondre correctement », a annoncé l’agence de presse Reuters en citant le communiqué publié par le média iranien Ilam al-Harbi.

Samedi, les chefs des armées russe et iranienne ont affirmé leur détermination à poursuivre leur lutte contre les « terroristes » en Syrie, la « première des priorités » également pour les Etats-Unis, selon le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson.

Lors de leur entretien au téléphone, le général Valery Gerasimov et le général Mohammad Bagheri ont exprimé leur volonté de poursuivre leur coopération militaire en soutien au président Bashar el-Assad, « jusqu’à la défaite totale des terroristes et de ceux qui les soutiennent. »

L’Iran et la Russie sont les plus proches alliés du régime de Damas et qualifient tous ses opposants de « terroristes ».

Au lendemain de la frappe punitive américaine contre une base aérienne de l’armée syrienne, en réaction à une attaque chimique présumée imputée au régime syrien qui a fait 87 morts mardi dans la localité rebelle de Khan Cheikhoun, les deux généraux russe et iranien ont également « condamné l’opération américaine », la qualifiant d’ « agression contre un pays indépendant », selon l’agence officielle iranienne Irna.

The USS Porter perform evasive maneuvers during a simulated strait transit exercise in January (US Navy/Mass Communication Specialist 3rd Class Daniel J. Meshel)
Le USS Porter lors d’un exercice. Illustration. (Crédit : US Navy/Mass Communication Specialist 3rd Class Daniel J. Meshel)

Les frappes américaines, les premières contre le régime Assad depuis le début de la guerre civile en Syrie en mars 2011, « visent à ralentir les victoires de l’armée syrienne et de ses alliés, et à renforcer les groupes terroristes », ont-ils accusé dans un communiqué.

Les Etats-Unis ont tiré tôt vendredi 59 missiles de croisière Tomahawk vers la base d’Al-Chaayrate, depuis deux navires américains en Méditerranée.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a réaffirmé la position de la diplomatie russe, qui estime que les accusations selon lesquelles le régime syrien a mené une attaque chimique sur la localité de Khan Cheikhoun « ne sont pas conformes à la réalité ».

Lavrov, lors de sa première conversation avec Tillerson depuis cette attaque, a aussi affirmé que cette frappe contre le régime syrien « fait le jeu du terrorisme ».

Vaincre l’EI, ‘première des priorités’

Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson, dans un entretien avec la chaîne de télévision CBS qui sera diffusé dimanche, a assuré que « la première des priorités [pour les Etats-Unis en Syrie)]est la défaite du groupe Etat islamique (EI) ».

Le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson, à Washington, D.C., le 23 mars 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)
Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson, à Washington, D.C., le 23 mars 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Dans cet extrait diffusé samedi, Tillerson estime que battre l’EI et éradiquer son « califat » auto-proclamé éliminerait une menace non seulement pour les Etats-Unis, mais « pour la stabilité de l’ensemble de la région ».

« Une fois que la menace de l’EI aura été réduite voire éliminée, je pense que nous pourrons alors tourner notre attention directement vers la stabilisation de la situation en Syrie », a-t-il développé, en se déclarant « confiant de pouvoir prévenir une poursuite de la guerre civile [à travers le pays] et amener les différentes parties à la table [des négociations] pour entamer le processus de discussions politiques ».

A ce sujet, le patron de la diplomatie américaine a souligné que de telles discussions nécessiteront la participation du président syrien Bashar el-Assad et de ses alliés.

Encore des civils tués

Le président iranien Hassan Rouhani a pour sa part accusé son homologue américain Donald Trump d’aider les groupes « terroristes ».

Bashar el-Assad, à droite, président syrien, avec le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, à Damas, le 3 septembre 2015. (Crédit : Facebook/page officielle de la présidence syrienne)
Bashar el-Assad, à droite, président syrien, avec le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, à Damas, le 3 septembre 2015. (Crédit : Facebook/page officielle de la présidence syrienne)

« Ce Monsieur qui a pris le pouvoir aux Etats-Unis prétendait vouloir combattre le terrorisme, mais aujourd’hui, tous les groupes terroristes en Syrie ont fait la fête après l’attaque américaine », a-t-il dit lors d’un discours télévisé.

Tillerson est attendu à Moscou les 11 et 12 avril pour une visite prévue de longue date, et la Syrie doit figurer haut dans les discussions.

Le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson a lui annoncé qu’il annulait sa visite en Russie prévue lundi, en raison « des développements en Syrie qui ont changé fondamentalement la situation ».

« Nous déplorons la défense continue par la Russie du régime d’Assad, même après l’attaque aux armes chimiques contre des civils innocents », a indiqué le ministre. Londres a annoncé vendredi « soutenir pleinement l’action des États-Unis » en Syrie.

Sur le plan militaire, les bombardements continuent en Syrie et un nouveau raid aérien sur Khan Cheikhoun a tué samedi une femme, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui n’a pu préciser s’il avait été mené par l’aviation syrienne ou russe.

L’Observatoire a également fait état d’un raid sur Urum al-Joz, une autre localité de la province d’Idleb, ayant tué samedi 18 civils dont cinq enfants. Ce raid a été vraisemblablement mené par l’aviation russe selon l’OSDH.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...