Les cerfs-volants enflammés de Gaza sont un problème, pas une menace stratégique
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À LA FRONTIÈRE, CERFS-VOLANTS, DEVOIR DE MATHS ET INCENDIES

Les cerfs-volants enflammés de Gaza sont un problème, pas une menace stratégique

Au moins 0,8 km² de champs de blé et d’orge ont été détruits par les flammes déclenchées par une nouvelle tactique pyromane, et l’armée essaie de trouver une solution au problème

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des émeutiers palestiniens derrière des cerf-volants qu'ils s'apprêtent à faire voler au dessus de la frontière avec Israël, à Khan Younès, le 4 mai 2018 (Crédit : AFP/Said Khatib)
Des émeutiers palestiniens derrière des cerf-volants qu'ils s'apprêtent à faire voler au dessus de la frontière avec Israël, à Khan Younès, le 4 mai 2018 (Crédit : AFP/Said Khatib)

L’armée israélienne doit encore trouver une solution à ce qui a été surnommé le « terrorisme du cerf-volant », une nouvelle tactique employée par les Palestiniens dans le cadre des récentes manifestations de Gaza, qui consiste à lester un cerf-volant de substances inflammables et de les lancer vers Israël, où ils causent parfois des incendies de grande ampleur dans les pairies et les champs agricoles.

Jeudi, les fermiers israéliens à proximité de la frontière de Gaza ont demandé au autorités fiscales une compensation pour les environ 800 dunams (0,8km²) de blé et d’orge qui ont été détruits dans des incendies, apparemment causés par ces cerfs-volants.

Selon les autorités fiscales, ces demandes sont toujours en cours d’examen, mais, pour l’instant, les dégâts causés ont été estimés à des centaines de milliers de shekels. Alors que les températures sont de plus en plus élevées et le climat de plus en plus sec, le risque de voir se déclencher des incendies de plus grande ampleur augmente.

La difficulté rencontrée par l’armée pour répondre à cette tactique très rudimentaire provient, en partie, du fait que le phénomène est encore relativement nouveau et du fait qu’il n’a pas été jugé comme étant une menace suffisamment importante qui justifierait la mise en oeuvre d’efforts coûteux et à grande échelle afin de développer une réponse spécifique.

Cela ne veut pas dire que l’armée sous-estime la menace, a déclaré un responsable de l’armée vendredi, mais que la réponse doit être « proportionnelle ». Il n’y a tout simplement pas lieu de mettre au point une solution qui coûterait des centaines de millions de dollars – une sorte de batterie de défense anti cerfs-volants – pour traiter un problème à quelques centaines de milliers de dollars.

Un soldat israélien tient un cerf-volant lancé par des manifestants palestiniens depuis la frontière du côté de Gaza, transportant une bombe artisanale pour allumer des incendies en Israël, à proximité du kibboutz Kfar Aza, le 24 avril 2018 (AFP PHOTO / Menahem KAHANA)

« Nous prenons cela très au sérieux parce qu’il y a un risque de causer des dégâts aux propriétés et – que Dieu nous protège – aux gens », a assuré une responsable de l’armée.

« L’armée israélienne trouve des solutions. Il y a eu des roquettes, alors il y a eu le [système de défense de missile] Dôme de Fer. Les cerf-volants sont un nouveau problème que l’armée doit apprendre à gérer », a-t-elle déclaré sous condition d’anonymat, en accord avec les protocoles standards de l’armée israélienne.

Pour l’instant, la première réponse de l’armée à ces cerfs-volants a été de les repérer lorsqu’ils pénètrent dans le territoire israélien et d’éteindre les feux avant qu’ils ne soient hors de contrôle.

Jusqu’à 15 cerfs-volants inflammables sont lancés chaque jour. Vendredi, on se préparait à une recrudescence des incendies déclenchés par des cerfs-volants, alors que les Palestiniens menaçaient de lancer des centaines d’entre eux. Des photographies et des vidéos ont été partagées sur les réseaux sociaux jeudi soir ; elles montraient la préparation de ces jouets transformés en armes.

Les responsables de la sécurité des communautés israéliennes à proximité de la bande de Gaza ont prévenu les résidents de ne pas toucher aux cerfs-volants tombés au sols, même s’ils ne semblent pas dangereux parce qu’ils pourraient être piégés. Ces avertissements n’étaient pas basés sur des instructions spécifiques de l’armée, comme cela a pu être annoncé dans certains médias, mais simplement sur des précautions de bon sens.

« C’est évident, nous n’avons pas besoin de l’armée pour nous le dire », a déclaré Rafi Bavian, le chef de la sécurité de la région de Sdot Hanegev, qui est juste à côté de la bande de Gaza.

Des milliers de Palestiniens se sont rassemblés le long de la frontière de Gaza vendredi pour la dernière démonstration dans la cadre de la « Marche du Retour », une série de manifestations longues de huit semaines qui a commencé le 30 mars et qui doit continuer au moins jusqu’à la mi-mai. Alors qu’elles étaient initialement organisées comme des manifestations non-violentes, les manifestations ont été instrumentalisées par le groupe terroriste du Hamas, qui contrôle la bande de Gaza et dont les dirigeants ont déclaré que leurs objectifs était d’éradiquer la frontière et de « libérer la Palestine ».

Un Palestinien armé d’une fronde jette des pierres aux soldats israéliens près de Khan Younis dans le sud de la bande de Gaza, au cours du cinquième vendredi consécutif d’émeutes massives le long de la frontière entre Gaza et Israël, le 27 avril 2018 (Crédit : AFP Photo/Said Khatib)

Ces manifestations hebdomadaires, parfois quotidiennes, se sont souvent transformées en événements violents, alors que les Palestiniens ont lancé des pierres et des cocktails Molotov en direction des soldats israéliens, de l’autre côté de la frontière, qui ont riposté avec à balles réelles et avec des armes anti-émeutes moins létales, comme du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc.

A l’approche des manifestations de vendredi, l’armée avait publié un communiqué en arabe appelant les Palestiniens à renoncer à leurs projets de lancer ces attaques aux « cerfs-volants » contre Israël.

Des Palestiniens font voler un cerf-volant alors qu’ils se rassemblent à la frontière avec Israël, à l’est de Jabalia, dans le centre de la ville de Gaza, lors d’une manifestation le 13 avril 2018 (Crédit : AFP / Mohammed Abed)

« Nous voyons très bien le phénomène des incendies, et nous le prenons très au sérieux », a tweeté le porte-parole en arabe de l’armée. « Les attaques de cerf-volants ne sont pas de jeux d’enfants et nous ne les voyons pas de cette manière ».

La construction de ces cerfs-volants est rudimentaire. Des morceaux de plastique ou des découpes de journaux sont étendus sur un cadre hexagonal constitué de morceaux de bois. Certains sont laissés vierges, d’autres sont peints aux couleurs du drapeau palestinien, un cerf-volant lancé en avril portait une grande croix gammée. Les conteneurs incendiaires sont attachés avec des câbles en métal et contiennent souvent du sucre ou du charbon pour être sûr qu’ils brûlent lentement, afin de maximiser la possibilité que les feux puissent prendre.

Les Palestiniens tiennent un cerf-volant orné d’une croix gammée portant une bombe près de la frontière avec Israël à l’est de la ville de Gaza, le 20 avril 2018. (AFP Photo / Mohammed Abed)

Jeudi, des médias ont indiqué que l’armée allait peut-être donner des instructions aux soldats, positionnés le long de la frontière, pour qu’ils abattent les cerfs-volants en feu, mais jusqu’à vendredi, aucune directive de ce genre n’a été donnée aux troupes, selon un officiel de l’armée.

« Il n’y a pas eu de modifications dans les ordres », a-t-elle déclaré.

Hadashot et la Dixième chaîne israélienne ont également déclaré que l’armée prenait en considération l’option d’une riposte contre les lancers de cerfs-volants avec des frappes aériennes sur les infrastructures du Hamas, comme elle le fait à chaque fois que des roquettes sont lancées depuis Gaza vers Israël.

La responsable de l’armée a minimisé ces informations, déclarant que l’armée réfléchissait à un certain nombre de ripostes, mais qu’elle mettait en perspective le risque posé par ces menaces de cerfs-volants. Ils sont certainement une source de préoccupations pour les fermiers et les résidents locaux, mais ils ne constituent pas une menace stratégique comme celle des tunnels d’attaque ou des roquettes.

L’armée israélienne maintient que les manifestations de la « Marche du Retour » sont, dans l’ensemble, une opération du Hamas. Pourtant, il ne semble pas que ces cerfs-volants soient fabriqués et pilotés par des cellules terroristes aguerries du Hamas, mais par des adolescents sans affiliation.

Un cerf-volant, imbibé de matériel incendiaire, atterrit dans le centre d’Israël après avoir été lancé depuis la bande de Gaza dans le cadre des manifestations palestiniennes, le 2 mai 2018 (Capture d’écran :Rafi Bavian)

Les morceaux de papiers qui constituaient la queue d’un cerf-volant qui est tombé dans le sud d’Israël mercredi, par exemple, étaient découpés d’un devoir de maths, selon Bavian, la personne qui l’a trouvé. Ce cerf-volant est tombé dans un champ cultivé et irrigué et le feu n’a pas pu se propager, contrairement à ceux qui atterrissent dans des espaces secs.

« Ça ne serait peut-être pas des cellules terroristes, mais je peux vous montrer des photographies et des vidéos de ces mêmes ‘enfants’ avec les devoirs de maths qui lancent des pneus en feu et des pierres », a déclaré la responsable de l’armée.

Pour l’instant, l’incendie le plus grave s’est produit mercredi. Les flammes, à proximité du kibboutz Beeri, ont détruit des dizaines de mètres carré de prairies et des champs agricoles pendant six heures avant que les équipes de pompiers ne parviennent à maîtriser l’incendie.

Des flammes s’élevant d’une prairie du kibboutz de Be’eri dans le sud d’Israël, après que les Palestiniens aient fait voler un cerf-volant équipé d’un cocktail Molotov le 2 mai 2018 (Capture d’écran / Rafi Bavian)
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