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Recettes de PourimPourim était très important pour les Juifs de Majorque

Les crypto-juifs fêtaient le jour d’Esther, héroïne de Pourim, pendant l’Inquisition

La confession d'une juive sous l'Inquisition révèle son respect pour la reine Esther, qui cachait elle aussi ses origines juives, et les plats cuisinés pour la "fête de Ste Esther"

Illustration montrant des Juifs brûlés pendant l'Inquisition (Crédit : Domaine public)
Illustration montrant des Juifs brûlés pendant l'Inquisition (Crédit : Domaine public)

En 1998, le pape Jean-Paul II a ouvert au public les archives de l’Inquisition espagnole, permettant enfin aux chercheurs d’en savoir plus sur tous ceux qui avaient été persécutés par l’Église catholique parce qu’ils étaient Juifs.

Dans ces archives se trouvait un dossier datant de 1688 et portant sur le « procès sur la foi d’Ana Cortés », qui décrit les aveux d’une femme crypto-juive de l’île de Majorque.

Les crypto-juifs formaient un groupe qui s’était converti au christianisme sous la contrainte, mais qui conservait clandestinement ses croyances ancestrales. À Majorque, ils avaient écopé de la désignation péjorative de Xuetes (ce qui signifie « porcs »).

La persécution des crypto-juifs par l’Inquisition espagnole a duré 356 ans. Et si l’Inquisition a été abolie en 1834, ses archives sont restées confidentielles jusqu’en 1998.

Le dossier déclassifié révèle que Cortés avait révélé « volontairement » au tribunal de l’Inquisition espagnole que son père Joseph lui avait enseigné « le respect des trois jeûnes d’Esther ».

Pour éviter d’être repérés par leurs voisins non-juifs, les crypto-juifs appelaient la fête de Pourim « la fête de Sainte Esther » qu’ils commémoraient chaque année au début du Carême, la période de jeûne de 40 jours observée par les chrétiens avant Pâques, qui coïncidait plus ou moins avec la date du calendrier juif du 15e jour du mois d’Adar.

Dani Rotstein, le doigt en l’air, présente à des touristes allemands une église qui était une synagogue dans le passé à Palma de Majorque, le 11 février 2019. (Crédit : Cnaan Liphshiz/JTA)

Inspirés du Livre d’Esther – un livre connu aujourd’hui familièrement sous le nom de Megillah – les trois jeûnes d’Esther et la fête de la Sainte Esther étaient particulièrement significatifs pour les crypto-juifs. Dans la famille de Cortés, ces traditions étaient généralement transmises par les femmes.

Une version longue du livre d’Esther, qui comprend plusieurs versets des Apocryphes, fait partie de la Bible catholique. En conséquence, le texte était disponible comme référence pour les crypto-juifs, pour qui la célèbre héroïne Hadassah était un modèle. Comme eux, elle avait caché sa véritable identité ; elle avait même adopté un nouveau nom, Esther.

Des membres du groupe militant Women of the Wall célèbrent la fête de Pourim avec une lecture du rouleau d’Esther au mur Occidental, le site le plus sacré du judaïsme, à Jérusalem, le 23 février 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)

Particulièrement marquant pour eux, le fait que même si Esther, qui s’était élevée au rang de reine, avait dissimulé son identité pour survivre, elle n’avait jamais oublié qui elle était vraiment et qu’elle avait pu, au bout du compte, révéler ses véritables convictions et ainsi sauver son peuple.

Dans les années 1680, les crypto-juifs de Majorque ont connu un nouvel essor de leur pratique religieuse de par le retour de certains de leurs membres, des commerçants, qui avaient découvert des villes où la tolérance religieuse régnait. Après avoir eu l’occasion d’interagir avec des Juifs pratiquants et de lire de la littérature juive, ils ont fait profiter la communauté de Majorque de leurs nouvelles connaissances.

Des membres de la communauté juive de Majorque en Espagne participent à un picnic pour Tou Bichvat, le 10 février 2019. (Crédit : Cnaan Liphshiz)

Pedro Onofro Cortés, un parent d’Ana Cortés, était l’un de ces commerçants qui avait voyagé à Smyrne, Livourne et Argelia, où il avait fréquenté la synagogue et étudié avec les Juifs locaux. Il avait acheté des livres juifs qui étaient interdits par l’Inquisition espagnole et il les avait fait entrer clandestinement à Majorque.

Dans son témoignage, Cortés avoue avoir rendu visite à Pedro Onofro Cortés dans son jardin et avoir lu les livres interdits qu’il lui avait montré tout en lui apprenant quelques bénédictions juives.

Cortés a déclaré avoir appris autant qu’elle le pouvait sur le judaïsme pour enseigner ces traditions aux autres membres de sa famille. Bien que née dans une famille de crypto-juifs, la jeune femme de 36 ans dit croire en « la loi de Moïse ». Comme les autres membres de la famille Cortés, elle connaissait les rites, les prières et les cérémonies juives. Elle se considérait comme faisant partie de la « nation hébraïque » et souhaitait un avenir dans lequel le peuple juif retournerait sur la terre d’Israël.

L’intérieur d’une prison de l’Inquisition espagnole, avec un prêtre surveillant son scribe pendant que des hommes et des femmes sont suspendus à des poulies, torturés sur la claie ou brûlés à la torche. Gravure. (Crédit : Wellcome Library, Londres. Licence Creative Commons CC BY 4.0 via Wikicommons)

L’une des manières dont Cortés a rendu hommage à sa foi juive était à travers des plats spéciaux cuisinés pour Pourim.

Selon le Talmud, la reine Esther suivait un régime végétarien lorsqu’elle vivait à la cour du roi Assuérus, ce qui lui permettait de respecter les lois diététiques casher sans révéler qu’elle était Juive. Les aveux de Cortés à l’Inquisition montrent que les crypto-juifs majorquins ont maintenu ces coutumes lors de leur célébration secrète de Pourim.

Cortés a avoué aux inquisiteurs que les deux premiers jours du jeûne d’Esther, elle mangeait du poisson le soir. Le troisième jour, elle célébrait la fin du jeûne par un repas spécial, « garbanzos con espinacas, cazuela de broçats y garvellones« . La signification de la première partie de ce plat n’a pas changé en espagnol moderne : « pois chiches avec épinards. »

La deuxième partie a été traduite du catalan original par l’historien majorquin, le Dr. Antoni Contreras qui a précisé que les garvellones étaient des cœurs de palmier. Dans les îles Baléares à la fin du XVIIe siècle, les cœurs de palmier étaient les artichauts du pauvre, explique Contreras Mas. Leur saveur et leur texture sont très similaires à celles des artichauts, et ils sont aussi généralement assaisonnés d’huile d’olive et de vinaigre. Les pois chiches étaient considérés comme un aliment maure, généralement évité par les chrétiens les plus riches.

Le repas de Pourim de Cortés consistait donc en un ragoût de pois chiches, d’épinards et de cœurs de palmiers. Ce plat était également consommé par les chrétiens les plus pauvres pendant le Carême.

Pois chiches, épinards et cœurs de palmier, ainsi que gâteau au fromage en pot d’argile, recettes préparées à Pourim par les crypto-juifs de Majorque. (Crédit : Ronit Treatman)

Le dessert était sans doute à base de produits laitiers : le broçat ou brossat est un fromage frais catalan, similaire au fromage blanc, explique Contreras Mas. Il existe une longue tradition de fabrication de gâteaux au fromage sucrés à Majorque, qui remonte au Savillum des anciens Romains. Selon Contreras Mas le dessert était très probablement un gâteau au fromage majorquin, cuit dans un pot en argile, ou cazuela en espagnol. (La cazuela est appelée greixonera à Majorque.)

Les crypto-juifs de Majorque ont payé un lourd tribut pour s’être accrochés à leur foi juive. Pedro Onofro Cortés a été brûlé sur le bûcher. Ana Cortés a été condamnée deux fois pour le crime de « judaïsation » ou de pratique et d’enseignement secrets du judaïsme, une fois en 1677 et une autre en 1688.

Elle a été excommuniée, tous ses biens ont été confisqués et elle a été forcée de défiler dans les rues de Palma de Majorque lors d’un auto-da-fé, ou acte de foi, un rituel public de pénitence.

Suite à l’abolition de l’Inquisition espagnole en 1834, les crypto-juifs de Majorque ont continué à observer leur version du judaïsme du mieux qu’ils le pouvaient. En 2011, le rabbinat israélien les a reconnus comme Juifs et, fait significatif, a noté que Pourim était très significatif pour la communauté juive majorquine.

Vous trouverez ici les recettes des plats décrits par Ana Cortés et consommés par sa communauté lors de la fête de Pourim.

Garbanzos con Espinacas y Garvellones : Pois chiches avec épinards et coeurs de palmier

(Adapté de El Aderezo)

Pois chiches, épinards et cœurs de palmier, traditionnellement préparés pour Pourim par les crypto-juifs de Majorque. (Crédit : Ronit Treatman)

Ingrédients

1 ½ tasse de pois chiches secs

4 ½ tasses d’eau

450 g de feuilles de jeunes épinards frais

2 gousses d’ail

2 oignons

1 feuille de laurier sèche

1 œuf

Huile d’olive extra vierge

Sel, selon le goût

Bicarbonate de soude

1 cuillère à café de paprika doux

1 boîte de cœurs de palmier

Instructions

Le soir avant la cuisson, placez les pois chiches secs dans un grand bol contenant assez d’eau pour les couvrir. Ajoutez un peu de sel et une pincée de bicarbonate de soude. Laissez tremper toute la nuit.

Faites bouillir 4 ½ tasses d’eau dans une grande casserole. Égouttez les pois chiches et ajoutez-les à l’eau bouillante. Ajoutez un oignon entier épluché, les gousses d’ail épluchées, la feuille de laurier et un peu de sel. Couvrez la casserole et laissez mijoter pendant 90 minutes.

Retirez l’oignon et incorporez les épinards.

Coupez l’oignon restant, faites chauffer de l’huile d’olive dans une poêle et faites-le sauter à feu moyen. Ajoutez le paprika doux et versez le mélange dans la marmite.

Fermez le couvercle et laissez mijoter pendant environ 10 minutes. Coupez les cœurs de palmier en tranches et ajoutez-les à la casserole.

Goûtez l’assaisonnement et retirez la casserole du feu. Battre l’œuf et l’ajouter lentement au ragoût en remuant.

Cazuela de Broçats : Gâteau au fromage au pot d’argile

(Adapté de Fet i menjat)

Gâteau au fromage en pot d’argile, traditionnellement préparé pour Pourim par les crypto-juifs de Majorque. (Crédit : Ronit Treatman)

Ingrédients

450 g de cottage cheese

2/3 tasse de sucre

¾ tasse de lait

1 œuf

3 jaunes d’œufs

Zeste de citron de ½ citron

½ cuillère à café de cannelle moulue

Beurre pour enduire le pot d’argile

Instructions

Préchauffez le four à 175 degrés Celsius.

Placez tous les ingrédients, sauf le beurre, dans un bol et mélangez bien.

Beurrez le pot d’argile et versez-y le mélange de fromage.

Faites cuire pendant 50 à 60 minutes.

Retirez du four et laissez refroidir.

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