Les divergences sur l’attitude à adopter quand des soldats israéliens se font enlever
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Les divergences sur l’attitude à adopter quand des soldats israéliens se font enlever

Lors d’une conférence qui marque les 30 ans du kidnapping de Ron Arad, le débat sur l’échange des prisonniers refait surface

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le major-général Hagai Topolanski, directeur des ressources humaines de l'armée, prononce un discours lors d'une conférence de l’Institut de la Démocratie pour la commémoration des 30 ans de la disparition de Ron Arad,, le 29 Novembre 2016. (Crédit : Institut de la Démocratie israélienne)
Le major-général Hagai Topolanski, directeur des ressources humaines de l'armée, prononce un discours lors d'une conférence de l’Institut de la Démocratie pour la commémoration des 30 ans de la disparition de Ron Arad,, le 29 Novembre 2016. (Crédit : Institut de la Démocratie israélienne)

Le directeur des ressources humaines de l’armée israélienne a déclaré qu’aucun progrès ne se profilait quant au retour des deux dépouilles des soldats retenus à Gaza.

« Ce problème a atteint une phase de stagnation », a déclaré le directeur des ressources humaines de l’armée israélienne, le major général Hagai Topolanski, mardi, lors d’une cérémonie qui commémore le 30e anniversaire de la disparition du pilote Ron Arad.

Durant la guerre entre Israël et le Hamas, les dépouilles de deux soldats, le sergent Oron Shaul et le lieutenant Hadar Goldin, ont été saisies par le groupe terroriste, qui, de toute évidence, les détient depuis.

Au cours des deux années qui ont suivi, les efforts pour récupérer les corps est un sujet sensible pour la société israélienne.

Les familles des soldats ont lancé plusieurs appels au gouvernement pour qu’il endurcisse sa position face au groupe terroriste de Gaza.

« J’espère que cela arrivera bientôt, à notre époque », affirme Topolanski, faisant écho à une formulation biblique bien connue. « Mai pour l’instant, je ne vois aucune progression. »

Goldin et Shaul font partie de la centaine de soldats que l’armée considère comme ayant une sépulture inconnue, dont Ron Arad. Son avion s’était écrasé au Liban en 1986 après l’explosion prématurée d’une de ses bombes.

Les soldats israéliens Oron Shaul (à gauche) et Hadar Goldin (Crédit : Flash90)
Les soldats israéliens Oron Shaul (à gauche) et Hadar Goldin (Crédit : Flash90)

Après 20 années durant lesquelles il a été considéré comme porté disparu, Arad a été officiellement considéré comme « tué au combat » en 2005 par le grand rabbin de l’armée.

Israël a souvent déployé des efforts colossaux pour récupérer les corps des soldats. Une unité au sein des ressources humaines est chargée de les localiser, et dans certains cas, d’entreprendre des missions de recherche.

« Nous devons tout faire pour ramener les gens que nous envoyons en mission », a expliqué Topolanski à la conférence.

Pour les soldat vivants, comme Gilad Shalit, capturé par le Hamas en 2006, comme pour les dépouilles, Israël a souvent accepté de procéder à des échanges pour le moins disproportionnés avec les groupes terroristes.

Le soldat israélien Gilad Shalit libéré (deuxième à droite), avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu (deuxième à gauche), le ministre de la Défense de l'époque Ehud Barak (à gauche), et l'ex-chef d'état major, le lieutenant général Benny Gantz (à droite), à la base aérienne de Tel Nof dans le sud d'Israël, le 18 octobre 2011 (Crédit : Ariel Hermoni / Ministère de la Défense / Flash90)
Le soldat israélien Gilad Shalit libéré (deuxième à droite), avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu (deuxième à gauche), le ministre de la Défense de l’époque Ehud Barak (à gauche), et l’ex-chef d’état major, le lieutenant général Benny Gantz (à droite), à la base aérienne de Tel Nof dans le sud d’Israël, le 18 octobre 2011 (Crédit : Ariel Hermoni / Ministère de la Défense / Flash90)

Pour garantir la libération de Gilad Shalit par exemple, Israël a relâché 1 027 terroristes de ses prisons.

Cette politique fait débat, dans l’opinion publique, mais également au sein des services de sécurité du pays. Les uns font valoir le devoir d’Israël à faire tout ce qui est en son pouvoir pour ramener chaque soldat tombé entre les mains ennemies.

Les autres soutiennent qu’une approche tellement sentimentale, à l’égard des individus mais également des dépouilles, peut être perçue comme une faiblesse, que les ennemis d’Israël n’hésite(ro)nt pas à exploiter.

Lors de la conférence Ron Arad, organisée par l’Institut de la Démocratie israélienne, Ami Ayalon, ancien ministre et directeur des services de sécurité de Shin Bet, s’est opposé à Amos Yadlin, chef des Renseignements de 2006 à 2010.

Ils ont tous deux souligné le prix qu’Israël paye pour cette politique, mais Yadlin a estimé que le prix était trop élevé, alors le juge positif.

« Celui qui tue doit savoir qu’il mourra en prison. Relâcher des centaines ou des milliers de prisonniers avec du sang sur les mains, ça n’est pas moral », explique Yadlin.

Amos Yadlin, former director of military intelligence, Jan 2012. (photo credit: Gideon Markowicz/FLASH90)
Amos Yadlin, ancien dirigeant des Renseignements militaires de l’armée israélienne, en 2012. (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90)

Ayalon a reconnu le problème et a admis qu’Israël se met parfois en danger en poussant ces accords un peu trop loin, mais que c’était nécessaire pour la résilience.

Après un accord en 1998, dans lequel Israël a négocié la libération des parties des dépouilles d’autres militaires, les terroristes ont réalisé qu’il pouvait extorquer Israël, simplement en échange de quelques membres, précise Ayalon.

Ami Ayalon, ancien commandant de la Marine israélienne et chef du Shin Bet, en 2008 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Ami Ayalon, ancien commandant de la Marine israélienne et chef du Shin Bet, en 2008 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Six mois après l’échange, deux terroristes à vélo ont tenté de faire un attentat en Cisjordanie. Ils sont venus avec « des sacs pour récupérer les morceaux de corps, parce qu’ils savent contre quoi nous les échangerons. »

Mais si certains aspects de cette politique doivent être revus et corrigés, dit-il, elle est vitale pour la société israélienne.

« Ce qui fait notre force, c’est qu’un de nos soldats vivants vaut plus que 1 000, 2 000 ou 3 000 terroristes en prison », affirme Ayalon à la conférence.

Le professeur Yedidia Stern, vice-président de la recherche à l’institut démocratique d’Israël, a approuvé les propos d’Ayalon, appuyant qu’Israël devait tout faire pour récupérer ses soldats, mais il demande au peuple israélien de modérer son outrage et son implication émotionnelle dans ces situations.

« Quand quelqu’un est kidnappé, tout le pays se sent kidnappé. Cela doit cesser », exhorte Stern.

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