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Les États-Unis furieux après la révélation de la rencontre Israël-Libye

Washington s'attendait à ce que la réunion entre les chefs de la diplomatie reste secret et craint que les autres pays soient dorénavant réticents à l'idée de normaliser les liens

Le ministre des Affaires étrangères Eli Cohen participe à un événement au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 17 mai 2023. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)
Le ministre des Affaires étrangères Eli Cohen participe à un événement au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 17 mai 2023. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

L’administration du président américain Joe Biden serait en colère contre Jérusalem, qui a révélé publiquement l’entretien qui a eu lieu, la semaine dernière, entre les ministres des Affaires étrangères israélien et libyen.

Le chef de la diplomatie israélienne, Eli Cohen, avait ainsi fait part de sa réunion avec son homologue libyenne, Najla Mangoush, suscitant une vive indignation en Libye – et un torrent de critiques au sein de l’État juif. La population de ce pays du Maghreb s’était insurgée contre cette rencontre sans précédent et les politiciens israéliens avaient dénoncé une erreur diplomatique dans cette révélation.

Mangoush a été renvoyée lundi pour sa rencontre avec Cohen dans le cadre des répercussions politiques, à Jérusalem et à Tripoli, qui ont été provoquées par la décision prise par le ministre israélien des Affaires étranger de rendre publique l’information de cet entretien « historique » qui a eu lieu à Rome.

Les responsables américains ont indiqué à Israël que cet épisode malheureux risquait de dissuader d’autres pays d’entreprendre un processus de normalisation avec l’État juif, ont fait savoir plusieurs médias israéliens, lundi.

Un officiel américain a aussi déclaré que le canal de communication avec la Libye sur une potentielle reconnaissance d’Israël avait été « tué ».

L’ambassade américaine en Israël a refusé tout commentaire sur ces informations – comme l’a fait également le ministère des Affaires étrangères.

La Douzième et la Treizième chaîne ont fait savoir que l’ambassadrice américaine par intérim, Stephanie Hallett, avait dit à Cohen, lundi soir, que sa médiatisation de cet entretien sans précédent était une erreur qui devait être corrigée. Cohen, en réponse, a dit que Jérusalem n’évoquerait plus ouvertement cette rencontre.

Une rencontre dont Biden avait connaissance, selon le site Walla. Le président américain avait encouragé Tripoli à s’y rendre mais il avait eu l’impression que cette réunion, organisée volontairement à l’écart des projecteurs, resterait secrète.

Les officiels américains n’ont pas semblé convaincu par l’explication donnée par le ministère des Affaires étrangères – qui avait fait savoir qu’il avait révélé l’information sur l’entretien en réaction à une fuite – en affirmant qu’Israël aurait pu choisir de ne pas commenter la fuite, minimisant ainsi les dégâts.

Le site d’information Walla et la Douzième chaîne ont tous les deux cité des responsables du bureau de Cohen qui ont affirmé qu’il n’y avait pas de colère à Washington contre Israël et que la Maison Blanche avait seulement demandé à Jérusalem « d’apaiser » la situation. Les deux médias ont par ailleurs cité les propos d’officiels américains contredisant cette affirmation en confiant que l’administration Biden était furieuse.

Une source au sein de l’agence du Mossad, qui n’a pas été identifiée, a par ailleurs été citée par la Douzième chaîne disant que le comportement de Cohen « a entraîné des dégâts immenses dans les liens tissés ces dernières années », ajoutant qu’il a « brûlé le pont. C’est irréparable ».

La ministre libyenne des Affaires étrangères Najla al-Mangoush et le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu lors d’une conférence de presse à Tripoli, le 3 octobre 2022. (Crédit : Hosam Ahmad/AFPTV/AFP)

Suite à l’annonce faite par Cohen, le Premier ministre libyen Abdul Hamid al-Dbeibeh avait suspendu Mangoush de ses fonctions et indiqué qu’une commission d’enquête serait formée pour examiner cette rencontre. Le ministère des Affaires étrangères libyen avait démenti tout entretien officiel avec Cohen alors que des manifestations spontanées avaient lieu à Tripoli et dans d’autres villes de l’Ouest de la Libye.

Lundi, Dbeibeh a renvoyé Mangoush et un responsable du ministère des Affaires étrangères libyen a précisé qu’elle avait fui vers la Turquie pour des raisons de sécurité.

Après avoir renvoyé Mangoush, Dbeibeh s’est rendu à l’ambassade palestinienne de Tripoli, jurant qu’il n’y aurait pas de normalisation des relations avec l’État juif, a expliqué le site d’information Libya Observer.

Pendant cette visite, Dbeibeh a répété une nouvelle fois qu’il n’avait pas eu connaissance de l’entretien entre Mangoush et Cohen et il a confirmé avoir renvoyé sa cheffe de la diplomatie.

Dbeibeh a ajouté qu’il voulait « réaffirmer le refus opposé par la Libye à toute perspective de normalisation des relations avec l’entité sioniste », a continué le site d’information.

La décision prise par le Premier ministre libyen de renvoyer sa ministre a pu laissé penser qu’il ignorait tout de la réunion. Deux officiels du gouvernement libyen ont toutefois affirmé que le Premier ministre était au courant de la discussion entre les deux homologues.

Le Premier ministre libyen Abdul Hamid al-Dbeibeh à Rome, le 31mai 2021. (Crédit : AP Photo/Gregorio Borgia, Pool, File)

L’un des responsables a indiqué que Dbeibeh avait donné le feu vert à la rencontre le mois dernier, alors qu’il se trouvait en déplacement à Rome. Ce serait le bureau du Premier ministre qui aurait organisé l’entretien en coordination avec Mangoush, a-t-il dit.

Le second responsable a précisé que les échanges entre Mangoush et Cohen avaient duré pendant environ deux heures et que la cheffe de la diplomatie libyenne avait fait un compte-rendu de la réunion au Premier ministre dès son arrivée à Tripoli. Il a confié que la conversation était entrée dans le cadre des efforts livrés par les États-Unis pour convaincre la Libye, et d’autres pays arabes, de nouer des liens diplomatiques avec l’État juif.

Il a noté que la normalisation des relations entre la Libye et Israël avait été évoquée pour la première fois lors d’une réunion entre Dbeibeh et le directeur de la CIA, William Burns, qui s’était rendu en Libye au mois de janvier dernier.

Le Premier ministre libyen avait donné son approbation initiale quant à une adhésion aux Accords d’Abraham, négociés par les États-Unis, tout en restant toutefois inquiet face à l’éventuelle réaction de la population dans un pays connu pour son soutien apporté à la cause palestinienne, a continué le responsable.

Les deux officiels se sont exprimés sous couvert d’anonymat pour des raisons de sécurité.

La Première ministre italienne Giorgia Meloni, au centre, pose avec le président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed al-Menfi, à gauche, et le Premier ministre libyen, Abdul Hamid al-Dbeibeh, à leur arrivée à une conférence internationale sur les migrations à Rome, le 23 juillet 2023. (Crédit : AP Photo/Gregorio Borgia)

Lundi dans la journée, le ministère des Affaires étrangères avait émis sa première réaction officielle après les critiques qui s’étaient multipliées après l’indélicate révélation, par Cohen, de la teneur de son entretien avec Mangoush – une tentative apparente d’attribuer la responsabilité de cette annonce à la « fuite » de détails sur cet entretien, une « fuite » ni non lui, ni son ministère n’étaient à l’origine.

« Le ministre des Affaires étrangères et le ministère des Affaires étrangères sont engagés en faveur de l’élargissement des relations étrangères d’Israël… Contrairement aux publications, la fuite concernant la rencontre avec la ministre des Affaires étrangères de Libye ne provient pas du ministère des Affaires étrangères ou du cabinet du ministre des Affaires étrangères », a affirme un communiqué.

Dans la journée, un diplomate israélien avait confié au Times of Israel que Jérusalem avait révélé l’existence de cette réunion quelques jours plus tôt que prévu, dans la mesure où des fuites avaient déjà eu lieu.

D’éminents responsables du gouvernement, qui ont été cités par les médias israéliens, ont estimé que Cohen avait causé de graves dégâts dans les relations étrangères du pays, avertissant que les leaders arabes pourraient dorénavant être réticents à l’idée de se rapprocher de l’État juif.

Des sources diplomatiques, à Jérusalem, ont annoncé que l’entretien aurait été médiatisé quoi qu’il arrive – mais que la révélation avait été avancée dans la mesure où les journalistes posaient des questions à ce sujet. Une source du ministère des Affaires étrangères a indiqué à la Douzième chaîne que le ministère avait appelé le bureau de Mangoush pour l’informer de l’annonce imminente.

Les politiciens israéliens ont également réagi.

Ainsi, le leader de l’opposition, Yair Lapid, a déclaré que « les pays observent, ce matin, la fuite irresponsable sur la rencontre entre les ministres des Affaires étrangères d’Israël et de la Libye et ils s’interrogent : Est-il possible de gérer des relations diplomatiques avec un tel pays ? Ce pays est-il véritablement fiable ? »

« L’incident survenu avec la cheffe de la diplomatie israélienne est irresponsable, c’est une grave erreur de jugement et c’est le fait d’un amateur », a ajouté Lapid. « C’est une matinée de honte nationale, de mise en danger de la vie d’autrui pour le plaisir d’un simple gros titre ».

Merav Michaeli, la cheffe d’Avoda, a estimé que Cohen « doit démissionner », ajoutant que « les dégâts qu’il a commis sont sans précédent. Une publication irréfléchie a détruit la vie de la ministre libyenne qui s’est trouvée dans l’obligation de fuir vers la Turquie et elle a entraîné des dommages pour Israël à l’international ».

« Aucun acteur international sérieux, discret, ne sera disposé à rencontrer un ministre des Affaires étrangères dont le seul objectif est de gagner du capital politique et des J’aime’ sur Twitter », a-t-elle poursuivi.

Dans des propos improvisés tenus lors d’une cérémonie pour les volontaires au service national, jeudi, Cohen avait expliqué au public être heureux de voir Israël explorer des liens possibles avec une nation musulmane. Il n’avait pas mentionné explicitement la Libye mais ses conseillers avaient cherché à l’interrompre.

Dans son communiqué émis dimanche, le ministère avait fait savoir que Cohen et Mangoush avaient échangé en Italie, la semaine dernière – c’était le tout premier entretien entre les chefs de la diplomatie des deux pays dans l’Histoire – évoquant la possibilité d’une coopération et la préservation des sites de patrimoine juif en Lybie. L’aide humanitaire israélienne et l’assistance du pays dans la gestion de l’eau, dans l’agriculture et autres sujets avaient aussi été abordés lors de cette rencontre, avait annoncé le ministère.

Cohen avait qualifié cet entretien « d’historique », disant qu’il était « un premier pas » dans la création de liens entre les deux pays.

Le ministre des Affaires étrangères Eli Cohen participe à un événement au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 17 mai 2023. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Mais dans un démenti cinglant qui avait semblé mettre à mal l’idée de progrès significatifs dans la relation, le gouvernement libyen avait nié tout caractère officiel de cette rencontre et il avait cherché à minimiser son importance.

« Ce qui s’est passé à Rome a été une rencontre fortuite et non officielle, au cours d’une rencontre avec son homologue italien (Antonio Tajani), qui n’a comporté aucune discussion, ni accord, ni consultation », avait fait savoir le ministère des Affaires étrangères libyen dans un communiqué.

Ainsi, avait-il précisé, la ministre a rappelé « de manière claire et sans ambiguïté la position de la Libye à l’égard de la cause palestinienne », assurant que Mangoush avait « refusé de s’entretenir avec une quelconque partie représentant l’entité israélienne » et qu’elle était « restée catégoriquement ferme sur cette position.

Le communiqué avait, de plus, dénoncé une « exploitation par les médias israéliens et internationaux » de cet « incident » qu’ils tentent de présenter comme « une réunion ou des pourparlers ».

Il avait réaffirmé « le rejet complet et absolu de la normalisation avec l’entité sioniste », répétant « un engagement total en faveur des constantes nationales sur les questions liées aux nations arabes et islamiques, avec à leur tête la cause palestinienne ». Il a par ailleurs rappelé qu’il considérait que Jérusalem était « la capitale éternelle de la Palestine ».

La Libye avait plongé dans le chaos après un soulèvement, soutenu par l’OTAN, qui avait entraîné la chute et la mort du dictateur de longue date du pays, Mouammar Kadhafi, en 2011. Des administrations rivales s’étaient hissées au pouvoir dans l’Est et dans l’Ouest du territoire, appuyées par des milices et par des gouvernements étrangers.

Mangoush représentait le gouvernement de Tripoli qui est soutenu par les Nations unies.

Si Israël et la Libye n’ont jamais officiellement entretenu de liens diplomatiques, il y avait eu, semble-t-il, des contacts établis entre le fils de Kadhafi, Saif al-Islam, et les responsables israéliens. Kadhafi lui-même se serait apparemment tourné vers Israël à un certain nombre d’occasions, notamment pour faire avancer sa proposition d’un pays qui aurait réuni à la fois les Israéliens et les Palestiniens sur le même territoire et qui se serait appelé l’Isratine.

En 2021, le fils du seigneur de guerre libyen Khalifa Haftar se serait rendu au sein de l’État juif pour une rencontre secrète avec les autorités israéliennes. Il aurait offert l’établissement de relations diplomatiques entre les deux pays en échange du soutien israélien.

Une loi de 1957, en Libye, précise qu’il est illégal de normaliser les liens avec Israël.

L’AFP a contribué à cet article.

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