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Les Insoumis en pleine confusion sur l’antisémitisme et le Proche-Orient

Si les accusations d'ambiguïté sur la question de l'antisémitisme et de complaisance sur l'islamisme reviennent régulièrement ces dernières années contre LFI, elles sont récurrentes depuis le 7 octobre

Jean-Luc Mélenchon dans l'émission "Questions politiques" (France Inter/Le Monde/Franceinfo), le 6 juin 2021. (Capture d’écran France Inter/Le Monde/Franceinfo)
Jean-Luc Mélenchon dans l'émission "Questions politiques" (France Inter/Le Monde/Franceinfo), le 6 juin 2021. (Capture d’écran France Inter/Le Monde/Franceinfo)

Pour les Insoumis, la période qui s’est ouverte avec les massacres du 7 octobre perpétrés en Israël par le groupe terroriste palestinien du Hamas est rythmée par les polémiques incessantes sur la qualification du Hamas ou les tweets de Jean-Luc Mélenchon. Une controverse qui culmine avec l’absence du mouvement à la grande marche contre l’antisémitisme dimanche dernier, et avec la polémique autour du député David Guiraud.

Celui-ci a déclenché une tempête politique samedi, après avoir semblé établir un parallèle entre les massacres du Hamas du 7 octobre et les massacres de Sabra et Chatila, au Liban en 1982, dont il a attribué à tort la responsabilité directe à l’État hébreu. Il est aussi accusé d’avoir minimisé l’attaque du 7 octobre. Le tout est survenu lors d’une conférence à Tunis, et le député s’est depuis excusé et a admis sa méconnaissance historique au sujet des massacres de Sabra et Chatila – mais le mal a été fait, amplifiant toujours un peu plus les tensions en France autour du conflit entre Israël et Gaza.

Les accusations d’ambiguïté sur la question de l’antisémitisme et de complaisance sur l’islamisme reviennent régulièrement ces dernières années contre Jean-Luc Mélenchon et son mouvement d’extrême gauche, bien que rejetées fermement par les intéressés.

Dès le 7 octobre, quelques heures après le début de l’attaque sanglante du Hamas, La France insoumise avait publié un communiqué mentionnant une « offensive armée de forces palestiniennes », semblant renvoyer dos-à-dos le mouvement terroriste islamiste et l’État israélien.

Rapidement, l’indignation monte et le malaise se fait sentir au sein du groupe.

« Il manque d’empathie ce communiqué », souffle quelques semaines plus tard un député LFI.

Selon L’Express, le texte en question a été écrit par la députée Danièle Obono, ancienne du NPA, autrement dit elle aussi très anti-Israël. LFI assure que ce n’est pas elle, mais celle-ci sème le trouble en qualifiant quelques jours plus tard le Hamas de « mouvement de résistance ».

« Ses propos ne sont pas acceptables, ils n’ont rien à voir avec la position de LFI », fulmine le même député.

Manuel Bompard, député français et coordinateur du parti La France Insoumise (LFI), avant une réunion avec le président français au palais de l’Élysée à Paris, le 12 octobre 2023. (Crédit : Ludovic MARIN / AFP)

« Il y a eu plusieurs moments où on a fait des fautes, des maladresses », reconnaît son collègue Hendrik Davi. Mais Manuel Bompard, coordinateur de LFI, « a condamné très clairement l’attaque du Hamas », estime-t-il.

Le 9 octobre, ce dernier dénonce des « crimes de guerre », mais refuse, comme l’ensemble de la direction du mouvement, de qualifier le Hamas de « terroriste ». Une attitude qui n’évoluera pas, ou à la marge.

« J’aimerais qu’on nous reconnaisse le mérite de la cohérence », tente le député Louis Boyard, même si plusieurs voix au sein de LFI, le présidentiable François Ruffin en tête, n’hésitent pas dans leur propre communication à dénoncer une organisation « terroriste ».

La députée Ersilia Soudais, très anti-Israël, s’est elle aussi fait régulièrement remarquer par ses outrances et saillies antisémites depuis le 7 octobre (et avant), la dernière en ayant soutenu la militante palestinienne Ahed Tamimi après que celle-ci ait été arrêtée par les forces israéliennes suite à la publication d’un message appelant au meurtre contre les Israéliens).

En retrait ?

Le 9 octobre, LFI est la seule force politique à ne pas envoyer de représentant à un rassemblement parisien en solidarité avec les victimes israéliennes, à l’appel du Crif, principale organisation juive de France mais jugée trop à droite par les Insoumis.

Quelques heures à peine après ce rendez-vous, le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon accuse même sur X (ex-Twitter) le Crif d’ « empêcher la solidarité des Français avec la volonté de paix ».

Les prises de parole du fondateur du mouvement, pourtant censé être « en retrait », brouillent le message qu’essaye de faire entendre La France insoumise, traditionnellement très impliquée sur la cause de la lutte palestinienne.

« Est-ce que j’aimerais que Jean-Luc tweete moins ? Oui c’est sûr », lâche un cadre du mouvement après un message du triple candidat à la présidentielle accusant la présidente de l’Assemblée nationale, qui s’est rendue fin octobre en Israël, de « camper à Tel Aviv pour encourager le massacre » à Gaza. Des propos qui ont aussi soulevé une nouvelle vague d’indignation.

« Esprit de contradiction »

« Je ne pense pas que Jean-Luc Mélenchon soit antisémite », jugeait récemment l’ex-président François Hollande. « Mais ses propos, sa manière de faire, encouragent au nom de l’antisionisme, l’antisémitisme. »

Un député LFI, qui connaît le tribun de longue date, pointe son « esprit de contradiction ». « Une fois qu’on lui demande de sauter à la corde vous pouvez être sûrs qu’il ne va pas le faire. »

Dernier exemple, son tweet où il qualifie la « marche civique » contre l’antisémitisme de dimanche, à l’appel des présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, de « rendez-vous » des « amis du soutien inconditionnel au massacre », en référence à Gaza.

« Le tweet de Jean-Luc était hallucinant », s’étouffe un frondeur insoumis. Par ailleurs, le timing n’était « clairement pas un hasard », selon lui : le message est tombé au tout début de la réunion du groupe, qui devait décider de la participation ou non à cette manifestation.

Surtout, l’argument de Jean-Luc Mélenchon diffère de celui mis en avant par le mouvement pour justifier son absence dimanche : la présence à ce rassemblement du RN, dont l’histoire est marquée par l’antisémitisme.

« Une attitude nauséabonde », réagit l’Union des étudiants juifs de France.

Les partis socialiste, communiste et écologiste ont participé à l’évènement, mais en mettant en place un « cordon républicain » pour ne pas se mêler à l’extrême droite.

« On est évidemment préoccupés par la montée de l’antisémitisme et si ce n’est pas entendu il faut qu’on le redise plus fortement », a insisté le député Matthias Tavel. « Il faut d’abord réaffirmer notre solidarité avec les juifs de France », a ajouté sa collègue Danielle Simonnet.

À défaut de marche commune, de nombreux Insoumis se sont rangés derrière plusieurs initiatives pour tenter de rendre audible leur rejet de l’antisémitisme.

Des membres de la direction, dont Manuel Bompard, ont ainsi participé à un rassemblement distinct à Paris « contre l’antisémitisme, les racismes et l’extrême droite ». François Ruffin, Alexis Corbière et Raquel Garrido se sont réunis à Strasbourg à l’appel de la Licra.

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