Les loups de Tel Aviv sentent la fin approcher mais profitent de la fête « tant qu’elle dure »
Rechercher

Les loups de Tel Aviv sentent la fin approcher mais profitent de la fête « tant qu’elle dure »

Les dirigeants de compagnies de Forex d'Israël sont inquiets que les régulateurs ferment leur industrie, mais en attendant, il y a de l'argent à faire et des verres à boire

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Boissons gratuites à la soirée organisée pour les cadres d'options binaires au Clara Club, à Tel Aviv, le 12 août 2016 (Crédit : Raoul Wootliff/Times of Israel)
Boissons gratuites à la soirée organisée pour les cadres d'options binaires au Clara Club, à Tel Aviv, le 12 août 2016 (Crédit : Raoul Wootliff/Times of Israel)

TEL AVIV – Alors que coulaient le champagne Moët, le whisky Glenlivet single-malt et la vodka Beluga, les principales entreprises d’options binaires d’Israël ont fait la fête jeudi soir dans un spectacle gratuit d’opulence et d’excès, célébrant les quantités énormes d’argent comptant que les entreprises parviennent à engranger, alors que les victimes escroquées par l’industrie frauduleuse dans le monde entier continuent à perdre leur argent.

Au club du Dolphinarium Clara de Tel-Aviv, des dizaines de dirigeants de grandes entreprises d’options binaires ont dansé et bu toute la nuit lors d’un événement exclusif organisé par l’un des meilleurs spécialistes du marketing en ligne de l’industrie, ClickSure.

Alors que les basses de la musique retentissaient à travers toute la baie méditerranéenne sur laquelle s’ouvre la piste de danse, c’est le tube 2010 de DJ Khaled, « All I do is win » (tout ce que je fais c’est gagner), qui a fourni le thème musical de la nuit, provoquant des chants spontanés pendant que les traders joyeux levaient leurs verres et scandaient ces quelques mots.

« Tout ce que je fais c’est gagner, gagner, gagner, peu importe quoi. J’ai de l’argent dans la tête, je n’en ai jamais assez », dit la chanson.

Mais derrière l’ambiance festive, dans des conversations privées avec votre journaliste du Times of Israel, qui se présentait comme un nouveau venu dans l’industrie, les gens qui gèrent les enfers financiers multimillionnaires ont exprimé un profond sentiment d’inquiétude sur le fait que la partie allait se terminer.

« C’est difficile pour tout le monde à l’heure actuelle », a affirmé un gestionnaire d’affiliation de 24Option, se référant à l’intensification des initiatives par les régulateurs internationaux en France, au Canada et aux États-Unis pour interdire aux sociétés israéliennes d’opérer dans leurs pays et traquer les traders frauduleux basés en Israël ainsi que les entreprises qui rançonnent leurs citoyens.

Une publicité en ligne pour recruter de nouveaux clients d'options binaires pour l'entreprise BetaMedia, dont le nom opérationnel israélien est 24Option. (Crédit : capture d'écran Facebook)
Une publicité en ligne pour recruter de nouveaux clients d’options binaires pour l’entreprise BetaMedia, dont le nom opérationnel israélien est 24Option. (Crédit : capture d’écran Facebook)

Le mois dernier, l’Autorité des Marchés Financiers (AMF), l’autorité en valeurs mobilières française, a interdit à 24Option, une grande entreprise ayant des bureaux à Ramat Gan, d’opérer en France. La société, qui est réglementée à Chypre sous le nom Rodeler Ltd et opère à partir d’Israël sous le nom Betamedia, a désormais interdiction de solliciter des clients sur le territoire français.

L’AMF a dit qu’elle avait pris cette décision parce que Rodeler Limited avait omis de fournir des informations précises aux clients, n’avait pas agi honnêtement et équitablement, et avait omis d’agir dans les meilleurs intérêts des clients français, leur causant un préjudice.

Cette décision pourrait faire du mal à 24Option à hauteur de 2 millions de dollars par mois, a estimé le gestionnaire d’affiliation, disant que la compagnie avait perdu près de 1 000 clients en France.

Une autre employée d’options binaires à laquelle le Times of Israel a parlé séparément jeudi soir est restée vague sur son lieu de travail actuel, mais a déclaré que, dans le passé, elle avait travaillé pour Glenridge Capital. « L’industrie est morte de trouille quant à l’exposition médiatique », a-t-elle dit. « Nous avons l’impressions de vivre en sursis ».

« Au bout du compte, ils nous feront tous fermer. Mais nous allons en profiter tant que ça dure. Nous organiserons quelques fêtes de plus avant que ce soit fini »

Ces derniers mois, le Times of Israel a détaillé la fraude massive par des entreprises d’options binaires israéliennes, à partir de mars avec un article intitulé « Les loups de Tel-Aviv ». Les entreprises frauduleuses sont censées guider leurs clients pour qu’ils fassent des investissements lucratifs à court terme, mais en fait en utilisant diverses ruses, y compris la manipulation de plate-formes de négociation truquées, elles volent simplement l’argent de leurs clients.

Il y a plus de 200 marques opérant depuis Israël, employant des milliers d’Israéliens, fraudant leurs clients à hauteur d’une estimation d’un milliard de dollars par an. Bien que l’Autorité des valeurs mobilières israélienne ait interdit aux entreprises locales d’options binaires de cibler les Israéliens, elles sont toujours libres de cibler les personnes à l’étranger.

« Nous sommes partout », a déclaré un directeur du marketing de Opteck, une entreprise avec de grands bureaux à Herzliya qui a dans le passé fait l’objet d’alertes et de mises en garde par les organismes de réglementation canadiens. « L’Ukraine, la Roumanie, la France, l’Italie », a-t-il énuméré, « et une petite opération à Chypre, vous savez, juste pour la régulation », a-t-il ajouté, se référant à la surveillance financière fournie par la Cyprus Securities and Exchange Commission, ou CySEC.

Selon une enquête secrète réalisée par l’AMF et publiée en avril 2015, le pourcentage de clients des entreprises réglementées à Chypre qui perdent tout ou partie de leur argent se rapproche de 100 %. Cependant, un porte-parole de la CySEC a déclaré au Times of Israel que depuis 2015, le régulateur a intensifié sa surveillance des sociétés d’options binaires et a émis environ 2,2 millions de dollars d’amendes.

Une soirée organisée pour les cadres d'options binaires au Clara club, à Tel Aviv, le 12 août 2016 (Crédit : Raoul Wootliff/Times of Israel)
Une soirée organisée pour les cadres d’options binaires au Clara club, à Tel Aviv, le 12 août 2016 (Crédit : Raoul Wootliff/Times of Israel)

Alors que la nuit avançait, des bouteilles surdimensionnées de spiritueux coûteux étaient régulièrement amenées sur la piste de danse qui sentait la marijuana à plein nez, accompagnées de danseuses agitant des cierges magiques en l’air. A la gestion des boissons et des divertissements on trouvait les gestionnaires de ClickSure, les hôtes de l’événement, soucieux de faire en sorte que leurs clients passent une nuit aussi agréable que ce que l’argent peut acheter.

ClickSure est un réseau de marketing d’affiliation qui permet de générer du trafic aux sites d’options binaires. Les réseaux d’affiliation fonctionnent en fournissant des pistes pour les entreprises grâce à des campagnes de publicité en ligne.

Dans le cas des options binaires, ces campagnes vantent souvent des combines pour devenir riche rapidement par le biais de vidéos habiles et bien produites. Les téléspectateurs des vidéos qui sont intéressés peuvent laisser leurs coordonnées et ces données sont ensuite vendues aux courtiers d’options binaires. Un agent de conversion dans la maison de courtage prend le téléphone, et si le tuyau fonctionne – c’est-à-dire qu’un dépôt initial de 250 dollars ou plus est réalisé – la filiale perçoit des frais.

L’un des cadres d’options binaires a expliqué le modèle financier de base : « Nous donnons à Clicksure des dizaines de milliers de dollars par mois pour les clients qu’ils nous obtiennent », a-t-il expliqué. « Nous rentrons dans nos frais, bien sûr. Tout le monde fait de l’argent dans cette entreprise. Ils gagnent. Nous gagnons ».

Un homme se présentant comme le PDG de Clicksure a engagé la conversation avec votre journaliste dans les toilettes. Il a raconté être basé en Afrique du Sud et que la majorité du personnel de la société opère à partir de Nottingham, au Royaume-Uni.

Mais alors que les boissons continuaient à circuler, tout comme l’argent le fait encore, il était clair que certains craignaient que l’augmentation de l’exposition aux médias et une réglementation plus stricte puissent tarir la source dans un avenir pas trop lointain.

« Au bout du compte, ils nous feront tous fermer », a déclaré le directeur d’affiliation de 24Option, se référant à l’Autorité israélienne des valeurs mobilières.

« Mais nous allons en profiter tant que ça dure. Nous organiserons quelques fêtes de plus avant que ce soit fini », a-t-il lancé, levant un verre de Moët à l’air légèrement moins pétillant.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...