Les menaces de Netanyahu contre l’Iran à l’origine de l’accord sur le nucléaire?
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Les menaces de Netanyahu contre l’Iran à l’origine de l’accord sur le nucléaire?

Ronen Bergman, auteur d'un nouveau livre sur les assassinats cibles d'Israël, dit que le Premier ministre a aidé à précipiter l'accord auquel il était opposé

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Barack Obama à New York, le 21 septembre 2016 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Barack Obama à New York, le 21 septembre 2016 (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Les promesses répétées du Premier ministre Benjamin Netanyahu d’attaquer les installations nucléaires iraniennes ont causé une telle « panique » aux Etats-Unis que l’administration Obama s’est hâtée d’accepter une proposition iranienne d’ouvrir des négociations sur un accord nucléaire en 2012 avant même que ne soit établi un véritable bilan des sanctions économiques contre le régime, selon l’auteur d’un nouveau livre consacré aux agences d’espionnage et de sécurité d’Israël.

La rhétorique belliqueuse adoptée par le Premier ministre israélien, ses préparations en vue d’une attaque et son approbation de l’assassinat continu par le Mossad de scientifiques iraniens spécialisés dans le secteur du nucléaire auraient ainsi précipité l’accord auquel il s’opposait si âprement, dit Ronen Bergman, auteur du livre Rise and Kill First: The Secret History of Israel’s Targeted Assassinations.

Dans un entretien accordé au Times of Israel, Bergman, écrivain à succès, vétéran de l’armée et correspondant sur les questions liées aux Renseignements, a indiqué que « les menaces de Netanyahu de passer à l’attaque ont eu l’effet contraire. Au lieu de faire venir les Iraniens à la table des négociations, totalement effondrés (sous le poids des sanctions économiques), en 2014 par exemple, elles ont précipité les débats, à moitié bloqués, en 2012 ».

Et ceci a eu pour effet, selon lui, l’accord sur le nucléaire que Netanyahu a depuis dénoncé amèrement et sans relâche.

Meir Dagan, ex-Mossad chief, at a meeting of the Knesset's Foreign Affairs and Defense Committee in 2010. (photo credit: Yossi Zamir/Flash90)
Meir Dagan, ex-chef du Mossad, lors d’une réunion de la commission des Affaires étrangères et de la Défense en 2010. (Crédit: Yossi Zamir/Flash90)

Dans sa tentative de déjouer le programme sur le nucléaire de l’Iran, le Mossad, alors présidé par Meir Dagan, avait conçu un programme en plusieurs points.

Selon Bergman, il comprenait : La pression politique, les sanctions, la prévention des exportations des équipements à usage double en direction de l’Iran, l’encouragement de l’opposition au régime et d’autres mesures secrètes – notamment le sabotage, comme avec le virus informatique Stuxnet – « et la mission attribuée au Mossad de l’assassinat des scientifiques spécialisés dans le nucléaire ».

Bergman a indiqué que l’ancien directeur de la CIA et de la NSA, Michael Hayden, lui avait dit que : « Ce qui a été le plus efficace, c’est que quelqu’un allait commencer à tuer les scientifiques » – même si Hayden, a-t-il souligné, a pris le soin de ne pas attribuer ces meurtres à Israël ou à qui que ce soit d’autre.

Ces mesures n’auront pas suffi à arrêter le programme, écrit Bergman dans le livre. Et Israël, sous Netanyahu, a dépensé deux milliards de dollars pour préparer une « attaque aérienne en règle, soutenue par des forces de commando, dans le coeur de l’Iran » et en vue de « la guerre anticipée qui aurait suivi contre le front radical » – la Syrie, l’Iran, le Hamas, le Hezbollah et le Jihad islamique palestinien. Au mois de septembre 2012, écrit-il encore, Netanyahu avait placé l’armée israélienne et le Mossad à « zéro plus trente » – comme à trente jours d’une attaque d’ampleur contre l’Iran.

Rétrospectivement, il est loin d’être clairement établi que Netanyahu ait eu l’intention de mener une telle attaque. Bergman, qui a dit avoir interviewé près de 1 000 personnes pour le livre, a indiqué au Times of Israel que le ministre de la Défense de Netanyahu, Ehud Barak, qui ne voulait pas procéder à l’attaque aérienne, estime encore aujourd’hui que Netanyahu n’a jamais eu véritablement l’intention d’attaquer.

D’autres sources, écrit Bergman, pensent que Netanyahu voulait seulement faire croire à Obama qu’il avait l’intention de passer à l’action afin de forcer la main du président américain, de le faire arriver à la conclusion que l’Amérique se retrouverait inévitablement impliqué dans le conflit, et « qu’il était donc préférable que les Etats-Unis mènent l’attaque eux-mêmes pour en contrôler au moins le calendrier ».

Si tel a été le cas, a dit Bergman, ce mauvais calcul a été colossal. « Ce qui est réellement arrivé, en fait, c’est que les Américains étaient complètement paniqués. Bien sûr, Obama n’a jamais seulement pensé à attaquer », a déclaré Bergman lors de notre entretien.

Le président américain a donc commencé à négocier avec les Iraniens. Bergman a ajouté que le successeur de Dagan à la tête du Mossad, Tamir Pardo, avait dit à Netanyahu qu’il risquait de pousser les Américains à agir – mais pas forcément dans la direction qu’il souhaitait.

Et c’est très précisément ce qui est arrivé.

Tamir Pardo (Crédit : Yehoshua Yosef/Flash90)

Dans le livre, Bergman écrit que Pardo, qui revenait d’un voyage aux Etats-Unis au printemps 2012 « avait averti Netanyahu qu’une pression continue exercée sur les Etats-Unis entraînerait une mesure spectaculaire et pas nécessairement celle que Netanyahu espérait ».

Pardo lui-même pensait que deux années de pressions économiques et politiques entraîneraient la reddition de l’Iran sous des conditions favorables et pousseraient la République islamique à abandonner entièrement son programme sur le nucléaire. Mais Netanyahu avait refusé d’écouter, « ordonnant à Pardo de continuer les assassinats et à l’armée israélienne de continuer à se préparer pour une attaque ».

Au mois de décembre 2012, écrit Bergman, « le Mossad était prêt à éliminer un autre scientifique mais juste avant que cela ne se produise, Obama, craignant l’action israélienne, a accepté la proposition de l’Iran de mener des négociations secrètes… Il est raisonnable de supposer que si les pourparlers avaient eu lieu deux ans plus tard, l’Iran serait arrivé dans un état considérablement plus faible ».

Ronen Bergman (Crédit : Dana Kopel)

A la fin de l’année 2012, a continué Bergman au cours de l’interview, « le Mossad a établi que les Américains, dans le dos d’Israël, avaient commencé des négociations secrètes avec l’Iran. A cause de cela, Netanyahu a accepté la recommandation de Pardo de cesser toute activité agressive contre la République islamique. Pardo pensait, et Netanyahu a accepté son point de vue en ce sens, qu’Israël ne pouvait pas se montrer agressif contre l’Iran, même clandestinement, lorsque les Américains tenaient un discours politique ».

Si Netanyahu n’avait pas fait paniqué les Américains, les sanctions auraient été mises en place plus longtemps et le régime se serait effondré ou, tout du moins, aurait été significativement bloqué », a estimé Bergman.

« Vers la fin de l’année 2012, j’ai eu une réunion avec le chef de Tsiltsal, l’unité du Mossad qui a la responsabilité entre autres choses du blocage de l’économie iranienne », s’est souvenu Bergman.

Ce responsable, a-t-il ajouté, avait détaillé une série de sanctions économiques qui, si elles avaient été approuvées par les Etats-Unis, auraient démonté l’économie iranienne au cours de l’année 2013 et « semé la pagaille en Iran ». Mais, a poursuivi Bergman, « tout cela s’est arrêté parce que les Etats-Unis étaient entrés dans des négociations ».

Rise and Kill First, par Ronen Bergman

Bergman, qui a emprunté le nom de son livre au conseil talmudique – si quelqu’un veut vous tuer, levez-vous et tuez-le en premier » – retrace la politique israélienne « d’assassinats ciblés » du Mossad et des autres bras du gouvernement « en temps de paix comme en temps de guerre » et établit le calcul qu’Israël « a assassiné plus de gens que n’importe quel autre pays du monde occidental » depuis la Seconde Guerre mondiale, avec au moins 2 700 opérations de ce type.

Politique créée en grande partie pour échapper aux guerres d’ampleur, Bergman a affirmé lors de l’interview que la puissance octroyée par les meurtres avait amené certains leaders politiques israéliens « à penser qu’ils pouvaient atteindre leurs objectifs par le biais d’opérations spéciales et des renseignement, et à ne pas se tourner vers le discours politique et vers les qualités intrinsèques qui définissent un homme d’Etat ».

A de nombreux égards, a-t-il écrit, le livre fait la chronique « d’une longue série de réussites tactiques impressionnantes mais également d’échecs stratégiques désastreux ».

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