Les musées allemands ont distribué après la guerre des œuvres d’art à d’importantes familles nazies
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Les musées allemands ont distribué après la guerre des œuvres d’art à d’importantes familles nazies

Selon une association de restitution, des objets pris à des juifs ont été vendus à bas prix à la veuve de Göring et à l’épouse du gouverneur de district d’Hitler

La façade de l'Alte Pinakothek à Munich, l'une des Galeries d'état bavaroises. (Crédit : Wikimedia Commons via JTA)
La façade de l'Alte Pinakothek à Munich, l'une des Galeries d'état bavaroises. (Crédit : Wikimedia Commons via JTA)

Après la Seconde Guerre mondiale, des musées allemands ont distribué des œuvres d’art pillées à des juifs aux familles d’importants nazis responsables de ces vols, souvent sans demander aucune preuve de propriété, a accusé lundi une association de restitution britannique.

« Il semble que la Bavière ait pensé que restitution signifiait restitution aux nazis plutôt qu’à leurs victimes », pouvait-on lire dans un communiqué de la Commission pour l’art pillé en Europe.

La supercherie a commencé dès que les autorités américaines ont chargé l’administration bavaroise du travail de restitution en 1949, selon l’article. Des milliers d’œuvre d’art ont été concernées.

Selon ces informations, les autorités allemandes ont gardé des œuvres et en ont vendu d’autres à des prix réduits, notamment à des membres de familles nazies importantes, comme la veuve d’Hermann Göring et à Henriette von Schirach (née Hoffmann), l’épouse du gouverneur de district d’Hitler, ou « Gauleiter », à Vienne.

Adolf Hitler et Hermann Göring au balcon de la Chancellerie, à Berlin, le 16 mars 1938. (Crédit : Bundesarchiv, Bild/Wikipedia)
Adolf Hitler et Hermann Göring au balcon de la Chancellerie, à Berlin, le 16 mars 1938. (Crédit : Bundesarchiv, Bild/Wikipedia)

« Von Schirach a été condamné à Nuremberg pour crimes contre l’humanité pour la déportation de 60 000 juifs autrichiens », a déclaré l’organisation londonienne.

L’association raconte comment von Schirach a obtenu une petite peinture, « Tableau d’une place hollandaise » de Johannes van der Heyden, qui appartenait initialement à un couple juif tchèque, le consul général de Vienne, Gottlieb Krause, et son épouse Mathilde. La famille Krause a fui aux Etats-Unis en avril 1938, en plaçant tous ses biens dans un lieu de stockage.

Mais leurs possessions ont plus tard été confisquées par la Gestapo, et les œuvres d’art ont été vendues, entre autres, au Führermuseul prévu à Linz, en Autriche, et au père de von Schirach, Heinrich Hoffmann, photographe officiel d’Hitler et collectionneur d’art.

Après la guerre, le tableau faisait partie des milliers d’œuvres qui devaient être rendues à leurs propriétaires légitimes. Mais les Galeries d’état bavaroises l’ont revendue à von Schirach pour 300 Deutschemarks, et elle l’a rapidement revendue à l’association de la cathédrale Xanten pour 16 000 Deutschemarks. Le tableau était exposé à la cathédrale jusqu’en 2011.

Parallèlement, l’arrière-petit-fils des Krause, John Graykowski, cherchait en vain la restitution de la collection de sa famille.

« Alors que les demandes [des familles nazies] ont été traitées rapidement et efficacement, et avec peu d’exigence pour prouver leurs affirmations de propriété, les familles pillées ont vu leurs revendications rejetées, ou la création d’obstacles impossibles [à surmonter] pour les empêcher de récupérer leurs œuvres d’art. Les familles connaissent toujours les mêmes barrières pour retrouver leurs œuvres d’art pillées aujourd’hui », a déclaré l’association dans un communiqué.

Dans une enquête commune, le quotidien munichois Süddeutsche Zeitung et la Commission britannique pour l’art pillé en Europe ont également découvert que les Galeries d’état bavaroises et beaucoup d’autres institutions similaires se sont assises sur des travaux d’art qui avaient été « achetés » de force à des collectionneurs juifs sous le régime nazi.

Les musées ont essayé de camoufler l’origine des œuvres, et ont même vendu certaines d’entre elles sans chercher leurs propriétaires légitimes ou leurs héritiers, selon l’enquête.

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